Environnement, pandémie… et après ?

« Cette crise sanitaire est révélatrice de la vulnérabilité d’un système économique qui ne met pas suffisamment l’accent sur la préservation de la santé humaine et la préservation de l’environnement » affirme Serge Planton, climatologue, ex-responsable de l’Unité de recherche climatique au centre de Recherche de Météo-France et membre de l’Association Météo et Climat.

S’il en fallait une preuve, au-delà de tout ce que les scientifiques ont déjà pu démontré, la pandémie et le confinement qui en a découlé l’apporte de manière indiscutable : si les pollutions de l’air et de bruit ont largement diminuées dans le monde, il en est de même pour la production de gaz à effet de serre dont le premier d’entre eux, le CO2. Ainsi, « les 4 premiers mois de l’année 2020 ont vu les émissions mondiales de CO2 issues de la combustion de combustibles fossiles et de la production de ciment diminuer de 1 048 millions de tonnes de CO2 (MtCO2), c’est 8,6 % de moins qu’à la même période en 2019 » selon la dernière analyse du site web anglais Carbon Brief. Résulats confirmés par l’étude de Le Queré (*), publiée dans Nature mi-mai 2020 qui table sur une baisse de 2 729 MtCO2 (- 7,5 %) en 2020 au niveau mondial. Les émissions mondiales quotidiennes de CO2 sont tombées à 83 MtCO2 (- 17 %, avec une fourchette de -11 à -25 %) le 7 avril, ce qui équivaut aux émissions enregistrées en 2006.Les émissions provenant des transports (terrestres) représentent près de la moitié (43 %) de cette baisse, tandis que la production d’électricité a représenté 19 %, l’industrie 25 % et l’aviation 10 %.

La relation entre l’activité humaine et la dégradation de l’environnement ne fait plus aucun doute. Surtout si l’on corrèle les variation du PIB mondial avec la production de CO2 comme le suggère un article du site notre-planete.info reprenant les données de Carbon Brief, « le PIB mondial pourrait diminuer jusqu’à 9 % en 2020. En se basant uniquement sur la relation historique entre le PIB et le CO2, cela se traduirait par une réduction de près de 10 % des émissions de CO2 en 2020 – une baisse de plus de 3,6 Gt CO2 ».

Une bonne nouvelle suffisante ?

L’effet du confinement est donc positif pour l’environnement et donc pour la santé de la planète et de ses habitant.e.s. D’autant plus d’ailleurs qu’elle s’inscrit dans des baisses déjà enregistrées les années précédentes. Ainsi, l’intensité carbone moyenne de la production électrique a baissé de 15 % depuis 2010. Paradoxalement, le réchauffement climatique produisant des hiver plus doux est une des causes de cette baisse, qui, même historique, est encore loin d’être assez rapide au regard des objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Celui-ci limite l’augmentation des températures à 1,5°C entre 2020 et 2030 ce qui signifie une diminution des émissions mondiales de gaz à effet de serre de 7,6 % par an. Autrement dit, il faudrait des conséquences équivalentes à une pandémie de COVID-19 tous les ans pour atteindre cet objectif. Pas sûr que ce soit la meilleure des solutions.

Et maintenant ?

La pandémie aura-t-elle un effet durable ?

Certes, on ne peut faire un lien direct de cause à effet entre le changement climatique et la propagation du virus. Pour autant des chercheurs comme le biologiste Gilles Boeuf, ex-président du Musée d’Histoire Naturelle, Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité ou l’écologue Serge Morand, mettent en évidence les risques de la déforestation sur l’augmentation de transmission de maladies de l’animal à l’Homme. Une mise en garde indispensable mais qui risque de peu de poids fasse à l’ampleur de la crise économique et la volonté de faire repartir la consommation et la croissance.

Corinne Le Quéré, auteur principale de l’étude publiée dans Nature et spécialiste du changement climatique au Tyndall Center de l’Université d’East Anglia ne se fait guère d’illusion : « Le confinement de la population a entraîné des changements drastiques dans la consommation d’énergie et les émissions de CO2. Ces baisses extrêmes sont toutefois probablement temporaires, car elles ne reflètent pas les changements structurels dans les systèmes économiques, de transport ou énergétiques. »

Ce sont donc des changements profonds qui s’imposent. Pour Serge Planton, « cette crise permet de tester en grandeur réelle les changements de comportements ou sociaux qui peuvent avoir des effets positifs dans la lutte contre les conséquences du changement climatique. Le télétravail pour éviter les déplacements ou encore le développement de nouvelles chaînes de solidarité sont des exemples à méditer sur ce qui doit aujourd’hui être considéré comme possible de faire pour lutter contre les effets du changement climatique. »

Les décisions sont évidemment dans les mains des dirigeant.e.s du monde et la prochaine COP 26 (pour l’instant reportée) sera essentielle. Déjà les orientations fortes données par la commission européenne sont plutôt encourageante même si beaucoup reste à faire.

Nul doute que les mobilisations citoyennes et l’éducation à l’environnement demeurent des leviers indispensables pour faire progresser la cause environnementale et bâtir la société de demain.

(*) Le Quéré, C., Jackson, R.B., Jones, M.W. et al. Temporary reduction in daily global CO2 emissions during the COVID-19 forced confinement. Nat. Clim. Chang. (2020). https://doi.org/10.1038/s41558-020-0797-x

Rapport à lire ici : s41558-020-0797-x

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