Jeunes des « quartiers » : le bac et après…?

« À niveau de compétences comparables, les jeunes des catégories sociales les plus défavorisées – surreprésentées dans les QPV [Quartiers prioritaires de la politique de la ville] – sont en effet plus facilement orientés vers des filières professionnelles, moins prisées, s’ils ne font pas partie des « bons élèves »

L’information n’est pas nouvelle. Le lien entre territoire, conditions sociales et réussite et orientation scolaires n’est hélas plus à démontrer. Il est une fois de plus confirmé par l’étude du CEREQ « Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires de la ville après leur bac ? » (Bref n° 391 de juin 2020 :

http://www.datapressepremium.com/rmdiff/2007716/Bref391sousembargopresse.pdf).

« Pour une part, le devenir de ces jeunes résidant en QPV au moment de leurs années lycée va s’inscrire dans la logique de leurs appartenances sociales. Massivement issus de milieux familiaux immigrés (pour la moitié d’entre eux) ou populaires (plus de la moitié bénéficie d’une bourse sur critères sociaux), plus souvent scolarisés dans des lycées « défavorisés » caractérisés par une faible mixité sociale, leurs parcours d’études et d’insertion vont porter la marque de cet environnement social », affirme l’étude qui s’interroge sur la poursuite ou non en études supérieures.

Tout d’abord ces jeunes, indépendamment de leurs caractéristiques individuelles, subissent un « effet quartier » qui peut revêtir diverses dimensions :

– « pâtir de conditions de vie défavorables à leurs études (logement sur-occupé, équipements insuffisants) »,

– être victime « d’une ségrégation sociale qui nuit aux apprentissages (effets de pairs, affectation dans des établissements scolaires accueillant des publics défavorisés, rotation et jeunesse plus marquées du personnel enseignant, infrastructures défaillantes) »

manquer « d’informations tout au long de leur parcours (dans leurs orientations scolaires, sur les opportunités d’emploi…) »

– souffrir de «  pratiques empreintes de préjugés à leur égard, dans les phases d’orientation comme plus tard sur le marché du travail ».

Si l’on ajoute à ces éléments, le fait que les lycéen.ne.s des QPV sont massivement inscrit.e.s dans la voie professionnelle, ont comprend facilement que leur poursuite dans l’enseignement supérieur est plus réduite (70 % contre 77 % pour les jeunes issus d’autres quartiers), qu’elle se fait davantage pour des formations de proximité (les STS, 45 % de bacheliers des QPV contre 32 % des bacheliers des autres quartiers) ou non sélectives (l’université) ; « les jeunes des QPV postulent moins souvent aux filières les plus élitistes (IUT, écoles d’ingénieurs, de commerce, d’art…) ». Orientation qui « peut résulter à la fois du niveau scolaire en moyenne plus faible de ces jeunes scolarisés dans des établissements « défavorisés » ou, comme pour les jeunes issus de l’immigration, d’une forme d’autocensure, d’une information partielle sur la palette des formations possibles, pouvant relever de l’influence exercée par les lycées dans la « canalisation » des choix d’orientation de leurs élèves, ou encore d’un effet de coût des mobilités pour ces jeunes (les formations les plus sélectives, plus concentrées sur le territoire, étant globalement moins accessibles géographiquement) ».

Au-delà de ce choix de formation supérieure, le constat négatif est patent « à sexe, origines sociales ou migratoires égales comme à filières de bac identiques, les jeunes issus de QPV échouent systématiquement davantage dans le supérieur que les autres bacheliers des unités urbaines, en particulier les femmes et les bacheliers professionnels ». Ainsi « au total, les jeunes diplômés du supérieur originaires des QPV atteignent en moyenne un niveau d’étude moins élevé que ceux des AQUUE. Ils sont ainsi moins nombreux à atteindre les diplômes des niveaux les plus élevés (1 % contre 5 % le doctorat, 38 % contre 41 % un master 2 ou un autre bac +5, 18 % contre 22 % un bac +3/4 hors santé social et 6 % contre 9 % un bac +2/3 de santé social). Mais 37 % d’entre eux sortent de formation initiale avec un diplôme de niveau bac +2, soit 14 points de plus que leurs homologues des quartiers voisins ».

Des échecs qui ont des répercutions sur leur avenir professionnel.

Compte tenu du rôle du diplôme au moment de l’entrée sur le marché du travail, les jeunes des QPV font « face à des conditions d’insertion plus difficiles. Ainsi, 37 % d’entre eux sont dépourvus d’emploi trois ans après leur sortie de formation initiale, contre 22 % pour leurs voisins de l’époque des autres quartiers. Leurs trajectoires professionnelles sont plus erratiques »  avec un accès moins rapide à leur premier emploi et moins de temps passé en emploi au cours des trois années qui suivent leur sortie de l’enseignement supérieur. « En revanche, parmi ceux ayant accédé à l’emploi, les contrats de travail obtenus sont assez comparables : en 2016, 59 % des jeunes en QPV au moment du bac occupent un CDI ou sont fonctionnaires (emploi « durable »), contre 60 % pour ceux des autres quartiers ».

La différence se fait aussi sur les types d’emploi. « Les jeunes a minima bacheliers issus des QPV occupent des emplois globalement moins qualifiés. Trois ans après leur sortie de formation initiale, 53 % sont ainsi cadres ou professions intermédiaires, contre 63 % de ceux résidant dans un AQUUE au moment de leur bac. À l’inverse, ils sont plus souvent employés ou ouvriers (45 %, contre 35 %) ».

Si les enseignements de cette étude du Cereq ne sont pas nouveaux, les données chiffrées permettent d’actualiser une réalité dont l’École et l’Enseignement supérieur devraient plus largement s’emparer pour agir contre mais qui, au-delà, pose la questions des inégalités entre les territoires et interroge donc la cohésion sociale en France.

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