Du loisir éducatif aux vacances apprenantes : le risque de scolarisation des loisirs des enfants

Après plusieurs semaines d’Écoles fermées puis d’accueil partiel, le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse propose le développement de dispositifs de « vacances apprenantes ».

Plusieurs paradoxes sont contenus dans cette appellation. Celui, évidemment, entre la notion de loisir et celle d’éducation. Mais surtout celui autour des notions d’éducation, d’apprentissage, d’enseignement.

Il faut rappeler une fois de plus, que l’éducation ne se limite pas à l’école et que les apprentissages ne sont pas uniquement scolaires. Pour autant, les évolutions montrent une forte prégnance du modèle d’enseignement scolaire et des objectifs de réussite scolaire dans les temps de loisirs des enfants, particulièrement dans les temps de loisirs collectifs. Ce constat n’est pas nouveau, même si les choix de Jean-Michel Blanquer le renforce. Ainsi, le travail du recherche mené pour le Centre Henri Aigueperse en 2015 et intitulé « Loisirs et éducation des enfants : une confusion entretenue » le mettait déjà en évidence. Page 92, il était noté, à partir des études de terrains menées, les éléments suivants :

« Nous constatons donc assez facilement -puisque les affirmations sont nombreuses- que le discours qui porte la dimension éducative des loisirs des enfants et des jeunes et au-delà sa dimension de complémentarité à l’action de l’école est déjà ancien, inscrit dans une évolution et surtout un renforcement. Il se révèle indifféremment porté par les pouvoirs publics (ministère en charge de la jeunesse en tête) et par les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. Nul doute que les liens forts qui lient depuis 1945 ces deux institutions -d’abord dans une démarche de cogestion puis dans une forme de partenariat- ne sont pas étrangers à cette unité de conception tout comme y contribuent certainement les relations historiques entre d’une part le ministère de la jeunesse et des sports et celui de l’éducation nationale et d’autre part certains mouvements de jeunesse et d’éducation populaire et l’école.

Mais, la tension entre proximité et distance traverse toujours ces complémentarités et les partenariats qui peuvent en émerger. En effet à y regarder de plus près, on comprend que les activités mises en œuvre durant le temps libre des enfants et des jeunes ont pour objectif de contribuer à la réussite scolaire de ce public. Au-delà des louables intentions de travail en partenariat, c’est souvent le projet des établissements scolaires qui s’imposent comme cadre. Les activités sont pensées comme complémentaires aux programmes et les temps intitulés dans leur rapport à l’école (temps extrascolaire, temps périscolaire…). Cette même logique de prégnance de l’école est présente dans les objectifs des projets. Ainsi la lutte contre l’échec scolaire, la réussite scolaire, la réussite éducative sont autant de dénominations qui considèrent l’ensemble des actions éducatives comme « au service » de la réussite des « apprenants » considérés d’avantage comme des élèves que comme des enfants ou des jeunes. Si dans ces approches, il est encore possible de déceler des notions de développement personnel, d’épanouissement, d’estime de soi… qui peuvent être au service d’une réussite à l’école, le passage se fait assez rapidement vers des services plus utilitaires comme l’accompagnement scolaire, l’aide aux devoirs, le soutien scolaire, les ateliers relais qui sont eux exclusivement centrés sur la compréhension des programmes, l’acquisition des savoirs normés, la réponse à la commande scolaire. Ainsi, il est fait une relation directe et explicite entre l’apport des activités de loisirs et les résultats scolaires, soumettant hiérarchiquement les premières au service de la qualité des seconds, dans une conception d’un « tout éducatif » ».

Les dispositifs proposés sous l’étiquette « vacances apprenantes » s’inscrivent dans cette hiérarchie du modèle scolaire, au risque d’oublier ou de faire passer au second plan le besoin des enfants de détente, de loisir, de rupture avec les contraintes scolaires. Mais aussi, l’indispensable nécessité de proposer des modes d’apprentissage diversifiés, particulièrement pour les enfants les plus éloignés de la culture scolaire.

Un réflexion, certes qui n’est pas nouvelle, mais qui mérite d’être au cœur de la construction d’une éducation partagée entre les différents temps, acteurs et activités éducatifs.

La recherche « Loisirs et éducation des enfants : une confusion entretenue » est disponible ici : EtudeUnsa_ducation_loisir_et_ducation_des_enfants_2015

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