La liberté pédagogique, éclairée par la recherche : principe structurant de l’École de la République

Alors que le monde est en pleine mutation, il va de soi que le domaine de l’Éducation a un grand besoin que la science se penche sur lui, l’étudie, l’analyse. Il est même indispensable que la recherche confronte les pratiques pédagogiques avec les apports des autres domaines scientifiques. La chose n’est d’ailleurs pas nouvelle, il suffit de relire l’article de Gaston Mialaret, « Les origines et l’évolution des sciences de l’éducation en pays francophones », publié dans la revue « Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle » (https://www.cairn.info/revue-les-sciences-de-l-education-pour-l-ere-nouvelle-2018-1-page-15.htm) en 2016 pour s’en convaincre. L’universitaire propose pour bien comprendre le sens des démarches de chacun de distinguer le « praticien »que l’on pourra également nommé « le pédagogue » et le « chercheur » s’appuyant sur un célèbre passage d’ « Éducation et Sociologie », de Durkheim dans lequel il précise la distinction à faire entre deux domaines : celui de la science et celui de la pédagogie. Si pour la première, « il s’agit simplement ou de décrire des choses présentes ou passées, ou d’en rechercher les causes, ou d’en déterminer les effets […] les théories que l’on appelle pédagogiques sont des spéculations d’une tout autre sorte. En effet, ni elles ne poursuivent le même but, ni elles n’emploient les mêmes méthodes. Leur objectif n’est pas de décrire ou d’expliquer ce qui est ou ce qui a été, mais de déterminer ce qui doit être. Elles ne sont orientées ni vers le présent, ni vers le passé, mais vers l’avenir. Elles ne proposent pas d’exprimer fidèlement des réalités données, mais d’édicter des préceptes de conduite. Elles ne nous disent pas : voilà ce qui existe et quel en est le pourquoi, mais voilà ce qu’il faut faire ».

Gaston Mialaret précise qu’ « il ne s’agit pas d’établir une relation hiérarchique entre les deux formes de savoir ; elles sont d’ordre différent, elles ne sont pas contradictoires mais doivent collaborer à la constitution du savoir en éducation. Le praticien reste toujours le responsable de son action éducative, aussi bien dans le choix de ses finalités que dans celui de ses méthodes et techniques d’application ». Il s’inscrit ainsi dans la tradition de l’école républicaine ouverte par Ferdinand Buisson et Jules Ferry que rappelle dans son récent billet Claude Lelièvre (https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/301120/blanquer-vers-un-autoritarisme-pedagogique-ante-republicain ). Ainsi, comme le montre l’historien de l’Éducation, faisant suite une note que lui avait adressée le 6 novembre 1879 le Directeur de l’Enseignement primaire Ferdinand Buisson qui précisait qu’« il y aurait de graves inconvénients à imposer aux maîtres leurs instruments d’enseignement » et qu’ « il n’y en a aucun à leur laisser librement indiquer ce qu’ils préfèrent », « le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry signe le 16 juin 1880 un arrêté qui fait largement appel au concours des enseignants. « Art 2 : Les instituteurs et institutrices titulaires de chaque canton réunis en conférence spéciale, établissent une liste des livres qu’ils jugent propres à être mis en usage dans les écoles primaires publiques ». Claude Lelièvre ajoute que « dans sa circulaire du 7 octobre suivant, Jules Ferry ne fait pas mystère de ce qu’il a en vue en indiquant que « cet examen en commun deviendra un des moyens les plus efficaces pour former l’esprit pédagogique des enseignants, pour développer leur jugement, pour les façonner à la discussion sérieuse, pour les accoutumer, surtout, à prendre eux-mêmes l’initiative, la responsabilité et la direction des réformes dont leur enseignement est susceptible ».

A l’heure où doivent se conclure les travaux du « Grenelle de l’Éducation » voulu par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et animé largement par des chercheurs éloignés des pratiques pédagogiques, il est bon de rappeler avec Gaston Mialaret que « les actions déterminantes de l’éducation font par ailleurs intervenir, dans des sphères plus ou moins proches, le milieu familial et les communautés de voisinage, l’environnement social et le monde du travail, l’expérience personnelle et de façon interne les recherches pédagogiques et théoriques sur les questions d’éducation et de formation. [Et que] tous les travaux actuels, et cela dans toutes les disciplines scientifiques, ont mis en évidence la complexité du déterminisme des situations d’éducation, de l’éducation elle-même ».

La science se doit donc de renseigner la pratique qui ainsi éclairée relève de la liberté pédagogique, principe structurant de l’École de la République.

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