L’école maternelle : une éducation à l’épanouissement

Longtemps la France s’est targuée d’avoir la meilleure école maternelle du monde, voire la seule puisque souvent les systèmes d’accueil des enfants avant 6 ans ne sont pas comparables dans les autres pays.

Aujourd’hui, avec l’obligation de scolarisation dès 3 ans, l’avenir de l’école maternelle se joue entre sa transformation en un premier cycle d’entrée dans les apprentissages scolaires ou l’affirmation de sa spécificité comme lieu de formation et de socialisation du jeune enfant.

Pauline Kergomard, nommée inspectrice générale de l’école maternelle par Jules Ferry en 1881, il y a 140 ans et initiatrice de l’école maternelle moderne (en remplacement des « salles d’asile ») faisait déjà en constat à la fin du XIXe siècle, analysant que « la grande faille de notre éducation maternelle était qu’on y confondait le développement intellectuel avec l’instruction ».

La note rendue en décembre dernier par le Conseil supérieur des programmes (https://www.education.gouv.fr/note-d-analyse-et-de-propositions-du-csp-sur-le-programme-d-enseignement-de-l-ecole-maternelle-307861) en affichant comme premier objectif de l’école maternelle « permettre une entrée en CP réussie », semble relancer un débat qui semblait trancher par les programmes de 2015 qui faisaient consensus.

Pour Claude Lelièvre, « le principal danger (et la principale régression historique possible) qui menace l’école maternelle selon Pauline Kergomard est à nouveau  »en marche » : « la  confusion du développement intellectuel avec l’instruction » (https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/171220/esprit-montessori-es-tu-la-la-girouette-blanquer-encore-tourne) »

L’historien de l’éducation rappelle en effet, l’arrêté du 28 juillet 1882, « écrit sous son influence décisive » et qui marque « la naissance originale de « l’école maternelle » française » :
« L’école maternelle n’est pas une école au sens ordinaire du mot : elle forme le passage de la famille à l’école ; elle garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille […]. Tous les exercices de l’école maternelle doivent aider au développement des diverses facultés de l’enfant sans fatigue, sans contrainte ; ils sont destinés à lui faire aimer l’école et à lui donner de bonne heure le goût du travail, en ne lui imposant jamais un genre de travail incompatible avec la faiblesse et la mobilité du premier âge ».

« Inutile de bourrer le crâne des jeunes enfants, il faut passer par le jeu ! »

Ainsi Pauline Kergomard considère que la période de la petite enfance doit permettre une approche éducative centrée sur le développement de l’enfant et non sur l’instruction de connaissances. Pascale Garnier dans sa « Sociologie de l’école maternelle » (Presses Universitaires de France, 2016) conclut d’ailleurs sur cette nécessité de « déscolariser » l’école maternelle et de rechercher un « compromis » entre la préparation à la scolarité ultérieure et la fonction éducative et de soin qui doit guider l’action de l’école maternelle et qui lui semble avoir été oubliée dans le modèle français. Cette ambition se retrouve dans les textes des derniers programmes pour l’école maternelle de 2015. Le Conseil supérieur des programmes le constate également, puisqu’il relève qu’ « en 2014 et en 2015, l’élaboration de ce programme était guidée par une vision générale de l’enfant mettant l’accent sur son développement comportemental et psycho-cognitif », mais considère que « la loi rendant obligatoire l’instruction dès l’âge de 3 ans invite à reconsidérer ses priorités et ses finalités, et à veiller à la construction progressive, mais effective des apprentissages... ». Il en déduit que « les trois années de scolarité préélémentaire doivent assurer à tous les enfants des acquisitions qui leur seront nécessaires pour aborder avec confiance le cours préparatoire. Sans pour autant être l’antichambre de l’école élémentaire, l’école maternelle doit permettre à tous les enfants d’accéder sans difficulté préalable aux apprentissages fondamentaux ». Une « primarisation » de l’école maternelle qui ne dit pas son nom, mais s’éloigne de la volonté d’en faire un « lieu d’épanouissement de l’enfant » comme le souhaitait son initiatrice.

En 1886, la candidature de Pauline Kergomard au Conseil supérieur de l’instruction est portée par plusieurs membres. Elle devient ainsi la première femme dans cette instance jusqu’alors exclusivement masculine. Elle y apporte sa vision originale, novatrice et pertinente de la scolarisation des jeunes enfants. Un apport à ne pas oublier pour conserver, en France, une école maternelle digne de son ambition.

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