Continuité pédagogique en situation de crise : une forte implication des acteurs mais des manques institutionnels

« Le numérique ne peut, en tant que tel, constituer une solution miracle aux contraintes émergeant de situations de crise inattendues, mais la meilleure préparation et la meilleure coordination possible des acteurs de l’école peuvent contribuer à garantir le bénéfice de ses effets » .

Ainsi concluent Brigitte HAZARD et Jean Aristide CAVAILLÈS la synthèse de leur rapport consacré aux « usages pédagogiques du numérique en situation pandémique durant la période de mars à juin 2020 « , avant de proposer « à ce titre les huit recommandations qui suivent :

Au niveau de l’école ou de l’établissement

1- Organiser la coordination des équipes pédagogiques engagées dans les enseignements à distance, en ce qui concerne les plateformes, applications et services utilisés, la quantité de travail donné aux élèves, ou encore l’organisation des emplois du temps. Favoriser des temps de réflexion commune consacrée aux modalités d’enseignement à distance au sein des différentes instances disponibles (conseil des maîtres, conseils pédagogiques ou encore conseils d’enseignement) afin de mutualiser les pratiques mises en œuvre et de formaliser un plan d’action dans le cadre du projet d’établissement.

2- Organiser la concertation entre les équipes de direction, les enseignants et les parents. Amplifier le dialogue entre les directeurs et les enseignants dans le premier degré ; systématiser les échanges entre l’équipe administrative et les enseignants dans le second degré ; poursuivre les actions mises en place en direction des parents d’élèves, afin de les associer à l’organisation de la continuité pédagogique, mais aussi à la vie de la classe, de l’école et de l’établissement ainsi qu’à l’accompagnement pédagogique à domicile de leurs enfants.

3- Procéder à un état des lieux systématique et régulier sur la capacité à mener ou suivre des actions d’enseignement à distance. Réaliser annuellement une enquête exhaustive auprès des enseignants et des élèves permettant de déterminer de façon précise le niveau d’équipement et la qualité d’accès à l’internet de chacun et d’adopter, le cas échéant, des mesures de compensation impliquant les services de l’État, les collectivités territoriales ou encore le tissu associatif.

4- S’entraîner en vraie grandeur. Procéder, selon des modalités analogues aux exercices annuels prévus dans le plan particulier de mise en sûreté, à des entraînements de périodicité annuelle ou bisannuelle permettant de vérifier la bonne préparation des acteurs (services académiques, établissements, équipes administratives et pédagogiques) et l’adaptation des équipements au passage imprévu à une situation d’enseignement à distance dit « de crise ».

Au niveau de l’institution

5- Former les enseignants à l’enseignement à distance. Dans le cadre de la formation initiale et de la formation continue, préparer les enseignants aux spécificités pédagogiques et didactiques de l’enseignement à distance (de crise mais aussi hors crise), notamment à l’accompagnement personnalisé des élèves ou encore à l’utilisation d’outils d’évaluation permettant un retour rapide et individualisé aux élèves. Maintenir un effort de formation, selon des modalités nouvelles faisant elles-mêmes appel à des outils de formation à distance mais aussi à l’interne, dans les écoles et dans les établissements, afin de ne pas perdre les compétences acquises et de les aider dans un processus autoréflexif.

6- Adapter l’offre institutionnelle de ressources éducatives. Proposer aux enseignants un catalogue de ressources validées pédagogiquement, conformes au règlement général sur la protection des données (RGPD), facilement accessibles et adaptées à une montée en charge soudaine des usages. Identifier de façon motivée les ressources mises à disposition par l’institution qui peuvent être mobilisées avec profit dans une situation d’enseignement à distance. Encourager la production de capsules vidéo et de logiciels de simulation dans les disciplines expérimentales et professionnelles ; négocier des accords avec les sociétés proposant des outils informatiques professionnels (dans les domaines des services comme de la production) permettant une utilisation didactique de ces logiciels depuis le domicile des élèves.

7- Former les corps d’inspection aux spécificités pédagogiques et didactiques de l’enseignement à distance et encourager les observations directes. Les rendre mieux aptes à conseiller les enseignants sur les modalités à mettre en place, les ressources pertinentes ou l’identification de notions se prêtant plus ou moins bien à cet enseignement. Dans ce contexte, encourager l’observation par les corps d’inspection de séances d’enseignement à distance dans le cadre de visites d’accompagnement s’appuyant sur des critères d’observation définis et adaptés aux disciplines.

8- Développer la recherche sur les déterminants de l’efficacité de l’enseignement à distance dans le champ scolaire. Promouvoir des actions de recherche analysant les effets de l’enseignement à distance sur les apprentissages et sur l’acquisition de compétences transversales dans l’ensemble du champ scolaire, de la maternelle à la terminale, dans toutes les voies d’enseignement, générale, technologique et professionnelle ».

Ces préconisations s’appuient sur un triple constat.

Celui d’un réel investissement des personnels mais aussi des élèves et des parents afin de permettre -autant que faire ce peut avec les moyens, supports, aides et connaissances disponibles- une continuité pédagogique, tout particulièrement durant la période de confinement et de fermetures des écoles et établissements scolaires.

Celui d’un déficit institutionnel dans l’équipement matériel, l’accompagnement et l’usage de l’enseignement à distance, des outils numériques, des compétences à élaborer des supports audio ou vidéo, à mener des classes virtuelles et un manque de coordination dans les établissements, entre établissements et au sein des disciplines.

Enfin celui « qu’un enseignement à distance reproduisant à l’identique les méthodes du modèle d’enseignement en présence était une impasse ».

S’il est vrai que de nombreuses spécificités caractérisent l’enseignement à distance, qu’elles doivent être prises en compte dans la construction d’une démarche adaptée et qu’elles nécessitent donc d’y être formé, il conviendrait d’interroger les « pratiques traditionnelles ». Les études internationales ont mis en effet en évidence que les systèmes scolaires davantage familiers des approches coopératives, participatives, implicatives des élèves en présentiel, réussissaient globalement mieux à proposer une continuité pédagogique efficace en distanciel.

Pour retrouver le rapport de l’inspection générale : https://www.education.gouv.fr/les-usages-pedagogiques-du-numerique-en-situation-pandemique-durant-la-periode-de-mars-juin-2020-308421

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