Inégalités, encore et encore …

La lutte contre les inégalités est un objectif largement partagé dans le monde éducatif. Il sert de justification à de nombreuses réformes (comme celle de l’éducation spécialisée), mesures (comme la non fermeture des école durant la pandémie) ou dispositifs visant à « l’égalité des chances ». Il est aussi plus largement et officiellement l’explication du fameux « quoi qu’il en coûte » présidentiel sensé lutter contre les effet négatifs de la COVID-19.

Mais tel l’horizon pour le marin, cette égalité semble s’éloigner chaque jour un peu plus. En éducation, déjà les évaluations internationales (PISA en tête) ont montré combien les inégalités sociales, culturelles et économiques deviennent des inégalités scolaires en France plus qu’ailleurs.

Le rapport d’Oxfam sur les inégalités mondiales sous le titre « Le virus des inégalités » met en évidence que les plus pauvres sont les premières victimes des conséquences de la pandémie. Et ce qui est vrai dans le monde l’est également en France. Ainsi « les milliardaires français-e [43 milliardaires, soit 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008. dont seulement 5 femmes, héritié.es pour plus de la moitié et dont la richesse cumulée s’élève à 510 milliards de dollars, 8 fois plus qu’après la crise financière] ont retrouvé leur niveau de richesse pré-pandémie en à peine 9 mois, alors que dans le même temps l’économie française est à terre et qu’un million de personnes pourraient tomber dans la pauvreté selon les associations caritatives ». Dans ce même temps, « les rapports du Secours catholique et de l’Observatoire des inégalités publiés à l’automne 2020 ont tiré la sonnette d’alarme et montré que les personnes en situation de pauvreté (monétaire mais pas seulement) ont été les premières victimes de la crise, des personnes qui s’en sortaient jusqu’alors mais qui se trouvaient déjà en situation de vulnérabilité: les travailleur-se-s précaires (contrats courts, intérim, temps partiel), les jeunes, mais aussi les personnes migrantes ». Les sollicitations d’aide alimentaire explosent (8 millions de bénéficiaires estimé à l’automne 2020 contre 5,5 millions en temps normal). Le nombre d’allocataires du revenu de solidarité active (RSA) est lui aussi en forte hausse de 150 000 nouveaux bénéficiaires, « pour atteindre 2,1 millions en octobre 2020, soit une augmentation de 8,5 % par rapport à octobre 2019 ».

Les plus vulnérables, les femmes, les migrants, les personnes vivants d’emplois précaires et les jeunes, sont les victimes de cet appauvrissement qui les fragilisent encore davantage. Double peine de l’inégalité.

Quant est-il alors du côté de « l’égalité des chances » et du « mérite républicain » prôné par l’État, le ministre de l’Éducation nationale en tête ? Dans son rapport « Quelle démocratisation des grandes écoles depuis le milieu des années 2000 ? », l’Institut des politiques publiques (IPP) est formel, les mêmes inégalités se retrouvent dans le public des grandes écoles destiné à devenir l’élite du pays. Ainsi, « en 2016-2017, les étudiants issus de catégories socio-professionnelles (PCS) très favorisées (cadres et assimilés, chefs d’entreprise, professions intellectuelles et professions libérales) représentaient 64 % des effectifs des grandes écoles, alors que seuls 23 % des jeunes de 20 à 24 ans et 47 % des étudiants inscrits dans des formations d’enseignement supérieur de niveau bac+3 à bac+5 étaient issus de ces catégories sociales. À l’inverse, les étudiants des grandes écoles n’étaient que 9 % à être issus de PCS défavorisées (ouvriers et personnes sans activité professionnelle), alors que c’était le cas de 36 % des jeunes de 20 à 24 ans et de 20 % des étudiants de niveau bac+3 à bac+5. Cette sous-représentation concerne également les étudiants issus de PCS favorisées (professions intermédiaires) ou moyennes (employés, agriculteurs, artisans, commerçants) : ces catégories sociales ne constituaient respectivement que 10 % et 18 % des effectifs des grandes écoles en 2016-2017 contre 14 % et 27 % des jeunes de 20 à 24 ans (11 % et 22 % des étudiants de niveau bac+3 à bac+5) ».

A cette discrimination économique et sociale s’ajoute une sous représentation des filles : « alors qu’en 2016-2017, les filles représentaient 55 % des effectifs des formations d’enseignement supérieur de niveau bac+3 à bac+5, elles ne constituaient que 42 % des effectifs des grandes écoles ».

Ainsi, miroir de notre société, et malgré les dispositifs censés les corriger, les inégalités sociales, économiques, de genres auxquelles il faut ajouter les inégalités géographiques, s’imposent à chacun.e de l’école à la vie professionnelle, de la vie culturelle aux relations sociales.

La lutte contre les inégalités apparaît donc comme une priorité et mériterait de devenir la boussole à laquelle le gouvernement devrait se guider dans l’élaboration de ses prochaines réformes.

Le rapport d’Oxfam est disponible sur le site de l’ONG : https://www.oxfamfrance.org/rapports/le-virus-des-inegalites/

On retrouvera ici la rapport de l’IPP : https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2021/01/democratisation-grandes-ecoles-depuis-milieu-annees-2000-ipp-janvier-2021.pdf

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