Égalité, laïcité et confiance : des principes toujours en débat dans l’Éducation

1861 – 1881 – 1971, sont quelques dates qui ont marquées, il y a 160 ans, 140 ans et 50 ans, l’histoire de l’éducation en France et qui, au-delà de leur « anniversaire », peuvent éclairer des réflexions sur son évolution et son avenir.

La première bachelière a été effectivement diplômée en 1861. Cette réussite de la journaliste vosgienne et militante des droits des femmes, Julie-Victoire Daubié est certes symbolique. Trois ans après Emma Chenu, première femme à obtenir une licence en France -elle est licenciée en sciences en 1868- Julie-Victoire Daubié devient également la première licenciée ès lettres le 28 octobre 1871, alors que les cours de la Sorbonne ne sont pas ouverts aux femmes. Ces pionnières ne peuvent pour autant pas faire oublier que l’égalité filles-garçons en éducation reste un combat à mener. En 1870, Jules Ferry alors député républicain déclarait lors d’une conférence :

« Réclamer l’égalité d’éducation pour toutes les classes, ce n’est faire que la moitié de l’œuvre, que la moitié du nécessaire, que la moitié de ce qui est dû ; cette égalité, je la réclame, je la revendique pour les deux sexes… La difficulté, l’obstacle ici n’est pas dans la dépense, il est dans les mœurs. »

Ses « lois scolaires » de 1881-1882 puis le décret de 1924 instituent le même enseignement secondaire pour les filles que les garçons afin de leur inculquer les bases du calcul, de l’écriture et de la lecture.

Ces lois scolaires de 1881-1882 instaurent la gratuité mais aussi la suppression de l’enseignement religieux dans les écoles publiques, première marche de l’imposition d’une école laïque. Elles seront complétées par l’interdiction d’enseigner et de travailler dans les établissements scolaires aux religieux en 1886, les renvoyant vers les écoles privées dont le développement est favorisé par la loi Falloux de 1850.

Le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » qui arrive en première lecture à l’Assemblée nationale le 1er février, contient plusieurs articles qui concernent directement les questions scolaires et la laïcité à l’École. C’est le cas de l’article 1 qui interroge l’obligation de laïcité pour les personnes privées en charge d’une mission publique et pourrait concerner les parents accompagnant les sorties scolaires. Si l’article 4 concerne la possibilité d’instaurer un délit de menace sur fonctionnaire et d’entrave au travail des enseignant.e.s, l’article 21 et les suivants s’attachent à l’instruction en famille et aux écoles privées, particulièrement à celles « hors contrat ». Il prévoit également, non plus l’instruction, mais la scolarisation obligatoire dès 3 ans avec quelques dérogations.

Cette question de l’âge de la scolarisation ou de l’instruction obligatoire est aussi un vieux débat. L’obligation jusqu’à 16 ans est instituée en 1971. Mais déjà en 1936, en l’étendant de 13 à 14 ans, le ministre Jean Zay en faisait bien plus qu’une augmentation du contenu des enseignements scolaires obligatoires. Faisant échos au collectif « Jean Zay » qui revendique la construction d’une réelle démocratie scolaire, l’historien de l’Éducation Claude Lelièvre rappelle (https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/010221/une-democratie-scolaire-pour-une-democratisation-scolaire-jean-zay-reviens) que la circulaire aux inspecteurs d’académie du 30 octobre 1936, ne mentionnait que « trois objectifs fort généraux pour la  »classe de fin d’études » ajoutée au cursus de l’enseignement primaire (renforcer les notions déjà acquises ; donner le goût de continuer la culture humaine et professionnelle ; rechercher la place qui conviendrait le mieux à chaque élève dans l’activité économique de la France) », Jean Zay affirmant : « C’est à vous-même, aux inspecteurs, aux instituteurs et aux institutrices, que je confie la charge, connaissant le but, d’y atteindre par des voies aussi variées que les conditions locales et les aptitudes des enfants. L’année scolaire 1936-1937 sera pour tous une année d’initiatives, de documentation. C’est au vu des difficultés à surmonter, des solutions apportées et des résultats obtenus que je pourrai établir les programmes, les horaires et les instructions à soumettre au Conseil supérieur de l’Instruction publique ».

Une marque de confiance dans le professionnalisme des personnels qu’il serait bon, au-delà des slogans, d’entendre encore aujourd’hui.

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