Politique(s) culturelle(s) : à re-faire !

Le 14 décembre dernier, publiant une série de documents relatifs à ce qu’elle qualifie de « grands enjeux structurels pour la France », la Cour des Comptes a proposé une note visant à « recentrer les missions du ministère de la culture ». En introduction à ce travail se voulant une contribution « à objectiver le débat public, à un moment crucial de réflexion citoyenne, en veillant à concilier l’efficacité des politiques publiques et le soutien à une croissance durable », la Cour écrit :

« La politique menée par le ministère de la culture depuis sa création s’est traduite par une formidable expansion de l’activité culturelle dans notre pays. Celle-ci a en outre bénéficié de l’intervention croissante des collectivités territoriales qui se sont appuyées sur les lois de décentralisation pour investir dans le champ de la culture et représentent aujourd’hui une source de financement trois fois supérieure à celle du ministère. Elle a également été marquée par la multiplication d’opérateurs du ministère qui ont tiré profit de leur autonomie pour se développer de façon remarquable. Conséquence de cette évolution, le rôle central d’initiateur longtemps joué par le ministère de la culture a perdu de son importance, d’autant que celui-ci semble s’être insuffisamment adapté, dans son organisation et ses modes de fonctionnement, à la nouvelle donne dont il a été l’instigateur ».

Autrement dit, la Cour des Comptes attribue à la politique menée par le ministère de la Culture une réussite telle qu’elle en interroge dorénavant la raison d’être, hésitant entre sa suppression pure et simple et -ce qu’elle retient finalement – un recentrage de ses missions accompagné d’une réduction de ses moyens. Considérant que « la possibilité pour l’État de retrouver un nouvel élan en matière de politique culturelle n’est pas envisageable sans une réforme préalable du ministère qui le conduise à se recentrer sur un nombre limité de missions et à les exercer de façon plus stratégique ».

Il y aurait beaucoup à dire sur le contenu de cette note, tant sur l’analyse des politiques culturelles sur laquelle elle s’appuie que sur les priorités qu’elle assigne à l’État et au ministère en charge de sa politique culturelle. Nous ne retenons ici, pour l’instant, que l’idée d’une « politique culturelle de l’État en quête d’un nouveau souffle ». Une piste particulièrement intéressante à rapprocher d’une autre publication, à peine un mois plus tôt dirigée par Pierre Brini et Emmanuel Vergès : « Faire culture. De pères en pairs » qui s’appuye « sur une génération de professionnels de la culture et des arts [qui] constatent que les institutions qui les ont formés continuent à se penser comme des intermédiaires dans une pyramide de valeurs, d’ordres et de disciplines, alors qu’elles deviennent une partie d’un écosystème beaucoup plus vaste ». Dans la conclusion de cet ouvrage, Vincent Guillon fait lui aussi le constat d’« une économie politique de la culture à bout de souffle » et de la nécessité d’ « entrevoir un nouveau « style » d’action publique en la matière ». Les proximités entre les deux textes semblent s’arrêter là. Car en effet, alors que la Cour des Compte envisage comment mieux prolonger la politique de démocratisation culturelle, le nouveau co-directeur de l’Observatoire des politiques culturelles appelle lui, non pas à « maintenir le cap », mais à « changer de modèle » en proposant « les quatre piliers d’une politique de facilitation culturelle ».

Il s’agit d’« une conception différentialiste des politiques de la culture fondée sur la délibération démocratique et la coopération communautaire au sein d’un milieu de vie » et dont l’objectif principal n’est « plus centré sur les œuvres et l’égalité de leur accès, mais sur les personnes – quelles qu’elles soient – et leurs capacités d’échange, d’expression, de coopération et d’affirmation de leurs propres pratiques culturelles ». Elle s’appuie sur la délibération démocratique « afin de faciliter et d’intégrer l’expression des attentes, des besoins sociaux, des usages et des demandes » , sur la coopération dont l’objectif « est de fédérer des groupes, d’engager des actions collectives et in fine de rendre les gens capables de participer au processus démocratique » et sur le milieu de vie pour que les politiques culturelles et leurs acteurs contribuent « à d’autres manières d’habiter le monde que celles qui ont conduit une petite partie de l’humanité à s’approprier la Terre pour assurer ce qu’elle considère comme son bien-être, au détriment d’une multitude d’autres humains et de non-humains qui en paient un lourd tribut ».

Deux manières d’aborder l’indispensable redéfinition des politiques culturelles, deux conceptions de la place de la culture dans la société et dans son apport à la vie démocratique. Une réflexion qui aurait toute sa place dans les campagnes électorales à venir. Quelques doutes pour que cela soit le cas…

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La note de la Cour des Compte : https://www.ccomptes.fr/fr/documents/58111

L’article de Vincent Guillon. « Refaire des politiques culturelles locales : vulnérabilités et mutations d’un système en souffrance », in Pierre Brini et Emmanuel Vergès. De pères à pairs. Re-faire des politiques culturelles, Presses Universitaires de Grenoble, novembre 2021

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