Génération no stress ? Pas vraiment

Le tableau ci-dessus issu d’une étude de la DRESS met en évidence une forte évolution des troubles dépressifs particulièrement élevée chez les 15-24 ans, beaucoup plus que dans les autres catégories d’âge, même si toutes ont été fortement marquées par les deux années de pandémie. De son côté, les résultats d’une récente enquête de l’association SynLab menée auprès de 1056 enseignants de la maternelle au lycée, indique que 18% des élèves de maternelle, 26% des collégien.ne.s, 31% des lycéen.ne.s et 35% en lycéen.ne.s professionnel.le.s « laissent transparaître dans leurs mots, attitudes et interventions des signes de stress ou d’anxiété ».

Agitation, inattention, comportements perturbateurs et perte d’insouciance sont dans le premier degré, des « signes forts de l’évolution de la santé mentale des élèves ». Dans le second degré, ce sont « la crise sanitaire, l’incertitude sur leur avenir et les actualités internationales et climatiques à fort contenu émotionnel [qui] constituent […] un facteur de stress important ». Cette angoisse peut conduire à des comportements difficiles comme des addictions ou des troubles de l’alimentation : ainsi la DRESS relève que près de 8 % des femmes de 16 à 24 ans déclarent des comportements boulimiques. Elle peut aussi mener à des situations de retrait social ou de décrochage scolaire, et à plus long terme peut limiter « la capacité des jeunes à s’insérer dans la société en tant que citoyens autonomes et responsables ».

La pandémie de Covid-19 est vraisemblablement la cause première de « la détresse psychologique vécue par une minorité importante d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes » (Santé publique France, 2021). Si cette population semblait globalement protégée dans les données mesurées en 2014, une aggravation est visible dès 2019 mais se situe toujours dans la moyenne nationale : les taux de syndromes dépressifs ayant plutôt tendance à croître au fil des âges. En 2020, comme le montre le graphique, « les taux de syndromes dépressifs […]étaient de fait deux fois plus élevés que ceux mesurés en 2019 chez les 15-24 ans ». Et malgré une baisse de 5 points en juillet 2021 par rapport à novembre 2020 , « les syndromes dépressifs concernent encore 14 % des 16-24 ans (18 % des jeunes femmes et 11 % des jeunes hommes), soit 4 points au-dessus de 2019. Les syndromes majeurs sont, pour leur part, en recul de 4 points parmi les femmes de 16 à 24 ans, dont 9 % demeurent affectées contre 4 % en 2019 ».

En classe, cette situation psychologique se traduit par « la difficulté à persévérer » et par un « désengagement », repéré par les enseignants, quel que soit le niveau scolaire, mais cependant plus important chez les élèves plus âgés selon l’enquête Synlab : « 26% en maternelle, 33% en élémentaire, 44% au collège, 39% au lycée et 47% en lycée pro ». Désengagement accru depuis la crise sanitaire : « +38% au lycée, +37% au collège, +31% en lycée pro, +23% en élémentaire et +20% en maternelle ». Or rappelle Fernando Núñez-Reguiero, chercheur en post-doctorat en sciences de l’éducation à l’Université de Grenoble “pour qu’un élève apprenne bien, il faut qu’il soit engagé émotionnellement (dans ses valeurs, ses envies) dans un processus d’apprentissage régulier. Or, l’élève qui présente un mal-être scolaire aura des difficultés à s’engager émotionnellement. Le stress va donc affecter sa capacité à apprendre et à réussir à l’école“.

Les enseignant.e.s sont également touché.e.s par des difficultés psychologiques. « Ainsi, 38% des enseignants interrogés se sentent émotionnellement vidés par leur travail une fois par semaine. Plus de 80% des enseignants présentent un score faisant référence à un épuisement émotionnel moyen ou fort. Les enseignants les plus exposés au stress et à l’épuisement émotionnel sont les plus expérimentés (plus de 10 ans d’ancienneté) ». Contextes familiaux, évaluations et les orientations scolaires constituant pour elles et eux, « un facteur de stress supplémentaire ».

Si l’accompagnement et la formation des personnels éducatifs apparaît comme indispensable au vue de ses résultats, ils sont encore rendus plus nécessaire que les données de la recherche (en particulier une étude américaine) semblent montrer que « les plus jeunes générations tendraient à moins stigmatiser la dépression que leurs aînés (Pescosolido, et al., 2021), ce qui pourrait entraîner une meilleure déclaration des symptômes du mal-être psychologique chez ces générations ». Un aspect positif car pour reprendre le titre d’une campagne de sensibilisation et de déstigmatisation des troubles anxio-dépressifs menée au printemps 2021 et dont les jeunes étaient un public cible : « En parler, c’est déjà se soigner ».

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Pour aller plus loin

L’étude de la DRESS : Santé mentale : une amélioration chez les jeunes en juillet 2021 par rapport à 2020 mais des inégalités sociales persistantes | Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (solidarites-sante.gouv.fr)

L’enquête de l’association Synlab : Résultats_EnquêteStress_Communication (syn-lab.fr)

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