Les nouveaux mythes adolescents pour les accompagner à vaincre leur peur d’apprendre (la vie)

Confronté à « l’attirance massive que nous éprouvons globalement envers les fictions, objets dits de « divertissement » omniprésents dans nos vies » et plus encore par « la puissance de fascination que les objets de la culture qu’on peut dire « populaire » exercent sur les adolescents et les adolescentes : pour beaucoup d’entre eux, voir et lire des fictions occupe une partie très importante de leur vie, jusqu’à inspirer, chez un nombre non négligeable de lycéens en mal d’orientation, des projets professionnels directement liés à cette passion », Julien Cueille s’interroge sur notre besoin, à tout âge, d’histoires.

Si « regarder des séries ou des animes, lire des mangas, jouer à des jeux, a une place il est vrai centrale » dans la vie des adolescent.e.s, celle-ci est bien entendu variable selon de nombreux critère dont le genre , le milieu sociale et culturel, l’âge et côtoie d’autres activités comme  « écouter de la musique, faire du sport, passer du temps avec sa famille ou ses amis… et, accessoirement, étudier ». Pour autant, dans l’étude menée auprès de ces élèves de lycée, l’enseignant et chercheur décèle que « le goût des récits joue un rôle particulier : bien plus que la musique ou le sport, il permet de se confronter à une histoire, une narration ; il convoque un imaginaire ». Imaginaire qui « ne veut pas dire fantastique, et ne se confond pas avec les genres que l’on regroupe parfois sous l’appellation de « littératures de l’imaginaire » » mais qui se rattache « au mythe, à la soif des mythes ».

Ces mythes qui fascinent les adolescent.e.s sont Julien Cueille autant les mythologies traditionnelles ou les œuvres qui les revisitent avec plus ou moins de bonheur, mais aussi les œuvres les plus populaires lorsqu’elles génèrent un engouement collectif ou « quand les lecteurs et lectrices, spectateurs et spectatrices en parlent avec l’effusion, la passion, l’enthousiasme qui justement déclenchent la frénésie partagée, et la transmission de ce qui semble bien, désormais, former une nouvelle culture commune, largement liée à l’adolescence, à quelques réserves près ».

Pourquoi donc ce besoin ? A quoi servent ces mythes ?

Éventuellement aux apprentissages, dans l’accompagnement des adolescents, garçons et filles, en proie à la «peur d’apprendre » (Boimare, 2014), grâce à leur apport « des ressources tout à fait essentielles, et une nourriture vitale pour le psychisme ». Mais pour l’auteur, cela va plus loin. Dans les possibilités qu’offre le mythe de s’identifier, de vivre (par procuration?) les défis et les périls de l’existence, ces histoire permette selon lui de dépasser cette « peur d’apprendre » devant être comprise bien au-delà du contexte de l’apprentissage scolaire, comme liée aussi à l’apprentissage de la vie. 

Lire, écouter, voir des histoire n’est donc pas un aboutissement, mais contribue à une mise en marche intime, « un cheminement intérieur », un « processus de symbolisation qui n’est rien d’autre que l’engendrement de soi dans un cadre partagé, une culture ».

Étudier l’importance de ses histoires, de ses mythes dans la construction adolescente, revient donc à analyser « leur appropriation, à la fois singulière et collective, sur fond de quête de soi ».

————–

Cueille, Julien. Mangas, sagas, séries, les nouveaux mythes adolescents. Devenir soi-même par la fiction. Érès, 2022

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :