Né en 1914 à Mayenne dans le département du même nom, Clément Durand (1914-1998) est l’une des figures majeures du syndicalisme de l’éducation et de la défense de la laïcité, mais connaissez-vous son parcours ?
Un enfant de la République
Pupille de l’État confié à un couple d’ouvriers agricoles, Clément Durand est l’incarnation du principe émancipateur voulu par le système scolaire public de la IIIe République, pourtant marqué par d’importantes inégalités : bénéficiant d’une bourse d’études il accède au primaire supérieur puis, à seize ans, il entre à l’école normale de Laval pour devenir instituteur. Enseignant dès 1933 en primaire, il s’engage très tôt dans la section départementale du syndicat national des instituteurs (SNI) ainsi qu’à la section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), le parti socialiste de l’époque.
Un militant engagé sur tous les fronts
Secrétaire adjoint puis secrétaire en titre de la section fédérale de la SFIO, Clément Durand est également un ardent défenseur de la paix, influencé notamment par André Delmas alors secrétaire national du SNI[1]. Mobilisé puis rendu à la vie civile en août 1940, il retourne enseigner en Mayenne, d’abord comme adjoint ensuite comme directeur de son école. Surveillé du fait de son parcours de militant syndical et politique, pendant les années de guerre, il met à profit son réseau pour fournir des faux papiers et des cartes de rationnement aux jeunes résistants locaux.
Un ardent défenseur de la laïcité
A l’issue de la guerre, il reprend ses activités syndicales en réactivant la section mayennaise du SNI et engage son action dans la défense de l’école publique laïque avec l’écriture d’un rapport sur l’état de celle-ci dans son département. C’est dans le cadre de cette activité de secrétaire national du SNI qu’il rédige la brochure Laïcité et Liberté en 1946, disponible en accès libre à la fin de cet article. Il devient aussi secrétaire du cartel départemental d’action laïque[2] qui regroupe toutes les formations laïques, politiques, syndicales, philosophiques et culturelles engagées en faveur de la défense de la laïcité ; et en mai de la même année, il est également élu secrétaire général du tout récent comité départemental de vigilance des parents des élèves des écoles publiques (CDVPEEP)[3]. Élu membre du bureau national du SNI en décembre 1945, il fut entre-autre chargé des questions relatives à la laïcité : pour lui, la laïcité et la morale laïque incarnées par le SNI étaient les bases nécessaires et non négociables de tout projet social, syndical et politique.
Un rayonnement hors l’école
Parallèlement à ses engagements syndicaux et politiques, Clément Durand milite activement pour l’éducation populaire : en 1947 il est ainsi « mis à la disposition » de la Ligue de l’enseignement avant d’être élu au bureau de celle-ci en 1951. Poursuivant également au sein de la Fédération nationale des Conseils de Parents d’Elèves des écoles laïques (FCPE)[4], du CNAL[5] ou bien encore auprès de l’association « Jeunesse au plein air » (JPA)[6], il milite sans relâche pour l’école publique laïque. A ce titre, il est aux premières loges des luttes contre la Loi Debré dès 1959 et est un des instigateurs de la pétition contre celle-ci en 1960, pétition restant à ce jour celle ayant obtenu le plus de suffrage avec 10 831 697 signatures exactement[7].
Retraité, il continue son engagement syndical, notamment en participant aux travaux de recherches et de réflexion du Centre fédéral de la FEN, devenu centre Henri Aigueperse, ainsi qu’au prix Maitron en tant que membre du jury. Son parcours militant tout comme son engagement en faveur de la laïcité et de l’école publique sont aujourd’hui encore des exemples inspirants pour notre fédération de l’UNSA Éducation. Une salle porte son nom dans les locaux de la fédération à Ivry rendant hommage à ce parcours de militant de la cause laïque.
Pour en savoir plus, la notice Maitron sur Clément Durand : https://maitron.fr/durand-clement-joseph/, notice DURAND Clément, Joseph par Jacques Cousin, Jacques Girault, Jacques Omnès, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 juin 2024.
Pour aller plus loin : Clément Durand, Laïcité et Liberté, éditions du Syndicat national des instituteurs et institutrices, 1946 à lire ci-dessous
« La pétition du Comité national d’action laïque. Témoignage de Clément Durand » FEN hebdo spécial, n°261 bis, 17 décembre 1987, à lire ci-dessous
[1] Cf : https://maitron.fr/delmas-andre-pierre-emile/
[2] Le Cartel D’Action Laïque fut créé en 1947 par le SNI, la FCPE et la Ligue de l’enseignement, il deviendra en 1953 le CNAL, Comité National d’Action Laïque
[3] Le CDVPEEP était présent dans plusieurs départements et dépendait de la Ligue de l’enseignement.
[4] La FCPE fut créée en 1947 par le SNI et la Ligue de l’Enseignement.
[5] Comité national d’action laïque, cf note 1
[6] Anciennement dénommée FNOLVEA (Fédération Nationale des Œuvres Laïques de Vacances d’Enfants et d’Adolescents créée en 1938 et dissoute par Vichy). Elle renaît en 1945 et prend le nom de « Jeunesse au Plein Air » en 1949. C’est Georges Lapierre, autre grand dirigeant du SNI, qui a créé cette structure.
[7] A ce propos, lire notre article sur l’histoire des pétitions en France : https://centrehenriaigueperse.com/2025/09/07/la-force-du-nombre-le-role-des-petitions-dans-lhistoire/
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