La décision est importante et pourtant elle est presque passée inaperçue : la France a officiellement décidé de promouvoir une nouvelle représentation cartographique du Monde. Dans un souci de promouvoir une représentation plus équilibrée, les cartes mondiales adopterons dorénavant le modèle Eckert IV au détriment de la projection Mercator qui a forgé l’imaginaire de générations d’élèves.
Il faut dire que la projection Mercator, qui tient son appellation d’un pionnier de la cartographie au XVIe siècle, n’est pas fidèle aux superficies réelles. Cela entraîne une déformation en faveur des territoires situés dans la partie nord du globe, au détriment par exemple du continent africain. La nouvelle représentation choisie se base sur la projection Eckert IV, élaborée au début du XXe siècle par le géographe Max Eckert. Le continent africain, tout comme l’Amérique du Sud, sont ainsi représentées avec davantage d’exactitude. Cette modification s’inscrit dans une volonté plus large de plusieurs autres pays et de l’ONU de choisir des représentations plus fidèles à la réalité pour représenter le Monde. L’organisme international valorise ainsi le modèle « equal earth » qui adopte une représentation plus fidèle des superficies.
Ce nouveau regard sur le Monde n’est pas anodin : on sait depuis les débuts de la géographie comme science, que les représentations cartographiques induisent des connaissances et des représentations qui déforment parfois la réalité[1]. Depuis plusieurs années dans l’enseignement scolaire, les représentations du monde ont utilisé de nouvelles projections, ce qui oblige bien souvent les élèves à interroger leurs représentations mentales. Comme le souligne le géographe Christian Grataloup dans son livre Vision(s) du monde, le regard sur le monde a souvent été très européanocentré au risque d’entrainer des perceptions inégalitaires à l’échelle mondiale[2].
Dans un monde qui change si rapidement, et où les enjeux géostratégiques sont de plus en plus présents, ce changement de regard sur le monde est une bonne nouvelle. C’est l’occasion par ailleurs de rendre hommage à un grand géographe qui a disparu il y a quelques mois, Yves Lacoste. Il s’était spécialisé dans le domaine de la géopolitique lui redonnant ses lettres de noblesse à partir des années 1960. Son livre La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, datant de 1976[3], est devenu un classique pour tous les étudiants et étudiantes en géographie. La revue Hérodote qu’il a créé lui rend un hommage dans son dernier numéro que l’on peut retrouver en ligne
La nouvelle représentation adoptée par la France exercera une influence positive sur notre vision de la Terre. Cela n’entraînera pas automatiquement de changement dans la mondialisation actuelle qui accentue les inégalités dans bien des domaines, mais cela créé déjà les conditions d’une meilleure compréhension des nouveaux enjeux en rendant l’image du monde plus fidèle à la réalité.
NB : l’illustration provient du site du ministère des Affaires étrangères , en ligne
[1] À propos de l’imaginaire des cartes, voir notre précédent article https://centrehenriaigueperse.com/2026/06/12/la-carte-geographique-voyage-dans-limaginaire/
[2] Christian Grataloup, Vision(s) du monde. Histoire critique des représentations de l’Humanité, Dunod, 2025, présentation en ligne https://www.dunod.com/histoire-geographie-et-sciences-politiques/visions-du-monde-histoire-critique-representations-0
[3] Yves Lacoste, La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, La Découverte, nouvelle édition,2014.
En savoir plus sur Centre de Recherche, de Formation et d'Histoire sociale
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire