Les 19 et 20 septembre prochains ont lieu les 42èmes journées du patrimoine. Créées en 1984, cet événement vise à rendre accessibles des lieux historiques, culturels, industriels au plus grand nombre, lieux parfois non visitables le reste du temps.
Cette valorisation du patrimoine auprès du grand public connait un engouement indéniable. Devenues un évènement européen, ces journées rassemblent désormais quelques 30 millions de visiteurs, elles sont l’une des plus grandes manifestations culturelles à l’international et l’une des plus populaires.
Signe des temps, sa dénomination connait une évolution dans certaines régions qui n’est pas neutre : adjoint au « patrimoine » apparaît de plus en plus le terme de « matrimoine ». Celui-ci n’est pas un néologisme construit sur son homologue masculin, au contraire, ce terme est aussi ancien que ce dernier mais il demeure méconnu. Désignant alors les biens culturels et matériels, transmis par la mère, il a progressivement été réduit à la simple sphère du mariage. Ce délaissement au profit du terme « patrimoine » correspond à la fois à une certaine volonté de minimiser le rôle des femmes dans la société et dans l’histoire, autant qu’à une évolution avérée de la langue française : par l’effacement progressif de termes féminins construire une mémoire collective choisie et éminemment politique.

À ce sujet, nous vous invitons à lire l’excellent essai Matrimoine – Un héritage culturel empêché de Delphine Peresan-Roudil. Tout juste édité aux Éditions de l’Atelier, cet ouvrage analyse dans une première partie comment dans l’histoire, « gommer le mot matrimoine revient à nier la possibilité que des femmes puissent posséder et transmettre »[1] et quels processus sont à l’œuvre de cet effacement. Historienne de l’art spécialisée dans l’histoire des femmes et des genres, l’autrice retrace ensuite le long parcours des femmes pour se réapproprier leur place légitime dans l’histoire et dans la sphère publique. Enfin, dans le dernier chapitre, Delphine Peresan-Roudil propose des pistes d’actions pour permettre au matrimoine de « Prendre place à la table de l’histoire »[2]. Citant les parcours d’artistes féminines parfois oubliées et s’appuyant sur les travaux de ses consœurs chercheuses, l’autrice nous invite à une prise de conscience : souhaiter un monde plus juste, inclusif et dégenré nécessite une vigilance de tous les instants car « après les travaux post#metoo qui ont vu éclore dans de travaux, d’expositions et de livres consacrés à la question des femmes et du matrimoine (…) force est de constater que nous sommes au début d’un autre backlash et que ces avancées ne sont, décidément, jamais acquises »[3].
Redonner de la visibilité à l’héritage historique, culturel et matrimonial des femmes témoigne d’une volonté militante de leur rendre toute leur place dans notre histoire commune. Cela témoigne aussi de la nécessité de comprendre pourquoi et comment cet héritage a pu être « oublié ». À ce titre de très nombreuses programmations proposent des conférences et des visites guidées en ce sens, nous en avons sélectionnées quelques unes :
- Inauguration de l’exposition « OBJETS DE CHOIX » au futur musée des féminismes à Angers – https://www.afemuse.fr/
- Conférence : « Pourquoi le matrimoine refait-il surface ? » par Eliane Viennot, aux Archives départementales de l’Aude à Carcassonne – https://www.cnrseditions.fr/actualites/eliane-viennot-aux-journees-du-patrimoine-de-carcassonne/
- Conférence et théâtre « Le matrimoine au musée ! » au musée de l’Histoire vivante à Montreuil – https://www.museehistoirevivante.fr/le-matrimoine-au-musee
- Jeu et Quiz « Le matrimoine, c’est quoi ? » au Château des Ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes – https://journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr/w/391796/evenement/19963413/le-matrimoine-cest-quoi-
Elles, et bien d’autres, sont à retrouver en indiquant « matrimoine » dans la barre de recherche sur le site des Journées du patrimoine : https://journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr/
Pour poursuivre la lecture :
Delphine Peresan-Roudil, Matrimoine – Un héritage empêché, Éditions de l’Atelier, septembre 2026
[1] Delphine Peresan-Roudil, Matrimoine – Un héritage empêché, Éditions de l’Atelier, septembre 2026, p38
[2] Delphine Peresan-Roudil, Matrimoine – Un héritage empêché, Éditions de l’Atelier, septembre 2026, p131
[3] Delphine Peresan-Roudil, Matrimoine – Un héritage empêché, Éditions de l’Atelier, septembre 2026, p261
En savoir plus sur Centre de Recherche, de Formation et d'Histoire sociale
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire