Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

La mixité sociale scolaire profiterait d’abord aux garçons d’origine populaire

Les 40 ans de la politique de la ville sont l’occasion de s’interroger sur les disparités territoriales. Dans son n° 193 de septembre 2018, la revue Diversité propose de montrer le chemin parcouru en quatre décennies, ses réussites et ses écueils, avec la volonté de montrer que les territoires de la périphérie sont aussi des territoires comme les autres, ou aspirent à le devenir.

Elle interroge ainsi la question scolaire et la mixité sociale à l’école en donnant la parole à Marco Oberti, sociologue et professeur à Sciences-Po. Ce directeur de l’Observatoire sociologique du changement (OSC) met en évidence un des paradoxes des inégalités territoriales dans l’éducation en montrant que « le verdict social et scolaire est plus dur pour certains collèges très populaires des parties chics » de certains départements « favorisés » que dans des départements globalement défavorisés (comme la Seine-Saint-Denis, par exemple). Dans ces derniers, en effet, « les logiques d’évitement entre collèges publics ne sont pas si importantes. »

Si ces éléments relativisent « les effets locaux et les logiques de compétition des établissements pour attirer les élèves », il n’en demeure pas moins que, « une fois contrôlés l’origine sociale, le sexe et le profil social d’un élève, être scolarisé dans un collège populaire de Seine-Saint-Denis divise par 1,4 à 1,8 les chances pour cet élève d’obtenir la mention bien ou très bien au brevet des collèges. »

Lire la suite de « La mixité sociale scolaire profiterait d’abord aux garçons d’origine populaire »

Publié dans Formation, Recherches, vu, lu pour vous

Toujours trop d’inégalités sociales et territoriales

Cette semaine est marquée par la publication de plusieurs études qui confirment le fait que le système scolaire français est largement inégalitaire.

L’équité sociale ne progresse pas en France

Un nouveau volume d’étude de l’enquête PISA 2015 « Regard sur l’éducation » place la France au deuxième rang des pays de l’OCDE, juste derrière le Japon pour les écarts de résultats entre les enfants issus des classes favorisés et ceux des familles défavorisées.

L’information n’est certes pas nouvelle. Elle est même générale. Partout dans le monde, « les enfants issus d’un milieu défavorisé sont d’autre part moins susceptibles de faire des études poussées. Au second cycle du secondaire, ceux dont les parents n’ont pas suivi d’études supérieures tendront à privilégier les cursus de l’enseignement professionnel à ceux de l’enseignement général, et la probabilité d’un abandon en cours de route est chez eux relativement élevée. Leur présence dans l’enseignement supérieur s’en ressent logiquement : la part de nouveaux étudiants qui n’ont pas un parent ayant lui-même atteint ce niveau d’instruction est faible. »

Mais si cette inégalité est généralisée, les écarts sont différemment importants selon les pays et donc les systèmes éducatifs. La moyenne pour les pays de l’OCDE en science par exemple correspond à 3 années d’école. En France, il est de 4 années d’école.

Si cette variation de la performance en sciences est caractérisée par les différences sociales pour 13% en moyenne dans les pays de l’OCDE, elles atteignent environ 20% en France alors qu’elles ne comptent que pour 8% en Norvège ou en Estonie (pays qui sont au-dessus de la moyenne des évaluations PISA).

Alors que plusieurs pays ont fait progresser de manière significative l’équité sociale dans les performances en sciences comme l’Allemagne et les États-Unis, faisant ainsi remonter légèrement la moyenne des pays de l’OCDE, la France stagne entre 2006 et 2015. Globalement ce ne sont que en France que 9% des enfants défavorisés qui parviennent « à briser ce plafond de verre social : contre 11% en moyenne dans l’Ocde (14% en Finlande). »

Les inégalités sont aussi territoriales

Alors même que PISA publie ce complément d’analyse, le CNESCO diffuse deux études (l’une consacrée à l’Ile de France et l’autre à l’ensemble du territoire national) qui mettent en évidence que « dans des contextes socio-spatiaux et démographiques inégaux, l’Éducation nationale et les collectivités territoriales déploient des ressources (humaines, budgétaires, offres de formation…) qui s’avèrent très variables selon les territoires. Ces inégalités fortes de ressources éducatives se développent aux côtés de disparités importantes dans l’orientation et la réussite scolaire. »

Lire la suite de « Toujours trop d’inégalités sociales et territoriales »

Publié dans Formation, Recherches

50 ans de réforme dans l’enseignement supérieur

En 2018, 79 % d’une génération sont bacheliers. Ils étaient 20 % en 1968 (28 % en 1984, 63 % en 1995, 63 % en 2007).

Au début des années 1960, il y 310 000 inscrits dans l’enseignement supérieur dont 215 000 à l’université. Les prévisions pour 2020 annoncent de 2 766 000 inscrits dans l’enseignement supérieur dont 1 619 000 à l’université.

Ces seuls chiffres suffisent à dire la massification de l’enseignement supérieur en 50 ans, son accélération ces dix dernières années et donc la nécessité pour les structures du supérieur dont les universités de s’adapter, voire de se réformer.

Or c’est justement ce qu’elles ne cessent de faire.

Le dernier Edubref de l’IFé (octobre 2018) revient ainsi sur « 1968-2018 : 50 de réforme à l’université » et nous invite à suivre les différentes étapes de ces transformations : https://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/464/files/2018/10/Edubref-octobre-2018.pdf

Lire la suite de « 50 ans de réforme dans l’enseignement supérieur »

Publié dans Formation, Recherches

Enfants allophones : une diversité à accueillir par l’ensemble de la communauté éducative

Nul besoin d’être grand clerc ou lecteur dans une boule de cristal pour envisager le fort développement des migrations dans les années qui viennent, pour des raisons économiques, écologiques, guerrières… Cet afflux de migrants apportera une augmentation des enfants allophones dans les écoles et établissements scolaires.

Mais l’allophonie, n’est pas uniquement une question de migration, ni seulement une difficulté scolaire.

C’est ce que nous apprend le recherche en cours commanditée par le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation et qui vient de permettre trois jours de formation et d’échange sur le territoire de la Guyane, à Maripasoula, Saint-Laurent du Maroni et Cayenne.

Sans anticiper sur les résultats finaux de la recherche, ces rencontres guyanaises avec environ 200 collègues et l’intervention de le chercheuse Alexandra Vié, ont permis de mettre en lumière plusieurs éléments.

Lire la suite de « Enfants allophones : une diversité à accueillir par l’ensemble de la communauté éducative »

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale, Recherches

« La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ?

Le jeunesse a dorénavant un ministre et un secrétaire d’État.

En effet à l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, se voit chargé de la Jeunesse. Ce qu’il était déjà en fait, mais cette fois la dimension jeunesse est inscrite dans le titre de son ministère. Affichage complété par la nomination de Gabriel ATTAL, en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et dont on comprend qu’il sera plus spécifiquement en charge de la jeunesse et de la mise en place du service national universel.

Si elle n’est pas inédite, cette configuration n’est pas si fréquente. Tant il est remarquable que le champ de la jeunesse est souvent difficilement à réduire à un seul portefeuille ministériel.

Lire la suite de « « La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ? »

Publié dans Recherches

De l’influence de l’ « informel » sur le « formel » en éducation (et inversement)

Une précédente étude conduite par le Centre Henri Aigueperse, « Loisirs et éducation des enfants : une confusion entretenue » par Denis ADAM du SEP et de Nathalie ROUCOUS de l’Université Paris XII en partenariat avec le centre de recherche EXPERICE de l’Université Paris 13 (mai 2015), avait mis en évidence à partir de la pratique des animateurs, la tendance à la « scolarisation des loisirs » des enfants. La lutte contre l’échec scolaire s’imposant, l’animation socioculturelle est de plus en plus convoquée en effet pour y participer. Et même lorsque les activités sont éloignées des programmes scolaires, la formes d’une pédagogie « formelle » se retrouve fréquemment utilisée par des animateurs, alors même que ceux-ci s’en défendent, évoquant des démarches de liberté, de non contrainte, de choix des enfants.

Nous évoquions aussi dans ce travail, mais sans l’approfondir, le fait que l’éducation dite non-formelle, voire informelle, était également rentrée dans l’École et que nombre d’enseignants avaient par ces pratiques fait évoluer leur approches pédagogiques.

Ce sujet est repris et travaillé en profondeur par la revue Carrefours de l’éducation qui consacre le dossier son numéro 2018/1 (n° 45) à « L’éducation informelle contre la forme scolaire ? » s’appuyant sur les travaux du colloque international de l’Association transdisciplinaire pour les recherches historiques sur l’éducation (ATRHE), intitulé « Histoire des éducations dans et hors l’école », qui s’est tenu du 9 au 11 octobre 2014 à l’Université de Corse Pasquale Paoli.

Lire la suite de « De l’influence de l’ « informel » sur le « formel » en éducation (et inversement) »

Publié dans Formation, Recherches, vu, lu pour vous

Erasmus + ou les diversités de l' »aventure  » européenne

Une « aventure », un « voyage »… si les étudiants qui ont bénéficié du programme de mobilité Erasmus emploient volontiers ces termes ils sont pourtant « loin de ressembler tous aux personnages bohèmes dépeints par écrivains ou cinéastes », met en garde Magali Ballatore, Maîtresse de Conférences en sociologie, chercheuse au Laboratoire méditerranéen de sociologie, à l’université d’Aix-Marseille dans The Conversation du 23 août 2018 (à retrouver dans Universités et territoires de septembre 2018 http://www.universites-territoires.fr/wp-content/uploads/2018/09/UT125.pdf.) En effet la chercheuse constate que « souvent évoqué comme raison principale pour partir à l’étranger, l’apprentissage d’une langue étrangère est en général vécu comme un moyen d’augmenter ses chances d’accès aux filières sélectives ou de mieux s’insérer sur un marché du travail qualifié très compétitif, en raison de la massification scolaire. » Ainsi, selon elle « pour un grand nombre d’étudiants, le désir de mobilité est souvent directement lié à la construction de projets académiques ou professionnels ambitieux, et quelquefois bien arrêtés. »

Le constat conduit donc de considérer que derrière un « désir de réussite scolaire et/ou professionnelle, il existe différentes manières de vivre l’expérience Erasmus. » Ce que la chercheuse a identifier une typologie liée en grande partie aux « ré-investissements » espérés des compétences acquises, aux aspirations professionnelles, mais aussi « aux situations socio-économiques dans lesquelles se trouvent les étudiants Erasmus avant leur séjour. »

Lire la suite de « Erasmus + ou les diversités de l’ »aventure  » européenne »

Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Éducation à la citoyenneté : encore beaucoup à faire

Que sait-on de l’éducation à la citoyenneté, un des piliers de notre système éducatif ? En fait pas grand-chose constate le CNESCO qui a décidé de mener un dispositif d’investigation scientifique ambitieux, d’ampleur nationale sur ce sujet sensible des attitudes et engagements civiques des élèves au travers d’une enquête statistique menée auprès de 16 000 collégiens et lycéens répartis sur l’ensemble du territoire national : https://www.cnesco.fr/fr/engagements-citoyens/

Les résultats ainsi mis en évidence quant à la réalité des attitudes, représentations et engagements civiques des élèves ne peuvent pas être imputés exclusivement à l’école. Mais comme le précise Nathalie Mons, présidente du CNESCO, « plus que pour les autres évaluations scolaires en français ou en mathématiques, la famille, les médias, les pairs, façonnent aussi ces attitudes et engagements civiques. Mais l’école, premier lieu de socialisation, ne peut s’exonérer de toute responsabilité et porte une mission centrale d’éducation à la citoyenneté des jeunes. »

Lire la suite de « Éducation à la citoyenneté : encore beaucoup à faire »

Publié dans Aujourd'hui, Recherches

L’orientation : clé de la réussite scolaire

Notre système d’orientation cristallise les inégalités” affirme Marie Duru-Bellat. Et la chercheuse explique son affirmation par deux éléments forts du système scolaire français.

D’une part la réussite scolaire est essentiellement évaluée par les notes, « or dans notre pays, la réussite des élèves est particulièrement marquée par leur milieu social d’origine ». Ainsi les « bons élèves » vont être orientés vers « les « meilleures filières » (celles qui donnent accès aux emplois les plus attractifs) […] alors que ceux qui ont plus de difficultés sont relégués dans les voies (et les métiers) dont personne ne veut (et où il y a de la place). »

D’autre part les vœux des élèves et de leurs familles ont un poids important, officiellement du moins, dans l’orientation, « or ces vœux sont très inégalement ambitieux et informés. »

Deux éléments conjugués qui qui disent autant de notre système éducatif que plus globalement de notre vision de la société.

Lire la suite de « L’orientation : clé de la réussite scolaire »

Publié dans Formation, Recherches, vu, lu pour vous

Paradoxes de notre École Républicaine

Le système scolaire français est très performant pour faire émerger une élite. Tel est le constat d’Agnès van Zanten dans le Journal du CNRS. Elle affirme que « comparé à d’autres modèles éducatifs, y compris ceux de nos proches voisins européens, le système français se montre particulièrement efficace pour dégager une élite, écrémer progressivement les meilleurs ou supposés tels, repérer les pépites qui occuperont les postes les plus en vue dans l’administration, la politique, l’économie, la recherche… »

Ne faut-il donc pas de se réjouir d’un tel résultat ? Après tout, la mission confiée à l’École est également celle-ci, fabriquer une élite, des « premiers de cordée » dirait l’actuel Président de la République.

Certes ! En cela l’ambition n’est pas condamnable. Ce qui pose davantage problème c’est que la « fabrication de cette élite » se fait au détriment de l’autre mission essentielle de l’École : celle de faire réussir tous les élèves.

Lire la suite de « Paradoxes de notre École Républicaine »