Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale, Recherches

« La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ?

Le jeunesse a dorénavant un ministre et un secrétaire d’État.

En effet à l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, se voit chargé de la Jeunesse. Ce qu’il était déjà en fait, mais cette fois la dimension jeunesse est inscrite dans le titre de son ministère. Affichage complété par la nomination de Gabriel ATTAL, en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et dont on comprend qu’il sera plus spécifiquement en charge de la jeunesse et de la mise en place du service national universel.

Si elle n’est pas inédite, cette configuration n’est pas si fréquente.Tant il est remarquable que le champ de la jeunesse est souvent difficilement à réduire à un seul portefeuille ministériel.

Cette jeunesse n’apparaît d’ailleurs qu’en 1940 sous le gouvernement de PÉTAIN, Georges RIPERT étant secrétaire d’État à l’Instruction publique et à la Jeunesse avec le Général D’HARCOURT en tant que secrétaire général à la Famille et à la Jeunesse jusqu’au 27 septembre, puis Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse. Cette situation, avec des appellations diverses perdurera durant toute la période de collaboration. Ainsi, du 23 février 1941 – 18 avril 1942 c’est Jérôme CARCOPINO qui en tant que secrétaire d’État réunit l’Éducation nationale la Jeunesse avec encore Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse.

A la libération ce sont les mouvements de jeunesse et non plus la jeunesse qui apparaît dans les titres ministériels. C’est le cas dès le 10 septembre 1944 date à laquelle Jean GUEHENNO devient directeur des Mouvements de Jeunesse et d’Éducation populaire dans le ministère l’Éducation nationale dont René CAPITANT est le ministre.

A partir de 1946, de manière général, c’est le regroupement de la jeunesse et des sports, sous la tutelle de l’Éducation nationale qui domine tout au long de l’histoire (de la 3ème à la 5ème République). On relève ainsi plus d’une trentaine de ministres ou secrétaires d’État ou encore haut-commissaires, ayant été en charge de la jeunesse et des sports.

Les exceptions à cette dénominations sont donc assez rares et méritent d’être signalées.

12 novembre 1954 – 1er février 1956 dans le gouvernement de Pierre MENDES-FRANCE, André MOYNET est « secrétaire d’État à la Présidence du Conseil », chargé de la « coordination des activités gouvernementales relatives aux problèmes intéressant la jeunesse ».

Il faut attendre le premier gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN en mai 2002 (du 7 mai 2002 au 30 mars 2004) pour que Luc FERRY, ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche ne soit pas en charge du sport (confié lui à Jean-François LAMOUR).

Les gouvernements FILLON auront également innové dans la matière puisque le 12 janvier 2009 Martin HIRSCH, est nommé à la fois Haut commissaire à la Jeunesse et Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Marc-Philippe DAUBRESSE lui succède le 22 mars 2010 mais avec le titre de ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives

Puis, 15 novembre 2010, Luc CHATEL, devient ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative avec Jeannette BOUGRAB comme secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative.

Si jeunesse et sports ont été de nouveau réunis sous le quinquennat de François HOLLANDE, ils l’étaient dans un ministère de plein exercice sans lien avec celui de l’Éducation nationale.

A l’inverse, dans les gouvernements successifs d’Édouard PHILIPPE, c’est l’Éducation nationale et la jeunesse qui sont regroupées.

Il va sans dire que ces aléas gouvernementaux sont révélateurs de la difficile place donnée aux jeunes et aux politiques de jeunesse. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet puisque le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation mène actuellement un travail de recherche sur le sujet.

On peut d’ores et déjà avancer quelques pistes de réflexion :

– l’apparition de la jeunesse dans les appellations ministérielles est souvent un fait conjoncturel : les années 1950 annoncent les révoltes des jeunes qui auront lieux la décennie suivante ; Jacques CHIRAC cherche en 2002 a se rapprocher d’une jeunesse qui n’a voté pour lui que pour repousser le Front national ; Nicolas SARKOZY veut faire une place aux sports et les détachent donc de la jeunesse « qui va mal », qu’il « case » au rayon des « solidarités ». ON peut imaginer sans peine que, après une absence de politique en direction des jeunes jusqu’alors, leur inscription aujourd’hui se justifie avant tout par la mise en place du service national universel.

– l’ancrage de la jeunesse comme objet interministériel n’a jamais réellement trouvé sa concrétisation. De GAULLE refusa à André MALRAUX un ministère de la jeunesse arguant que celui-ci était l’apanage des régimes totalitaires et avait vocation à encadrer les jeunes. Mais les dimensions du travail, du logement, de l’emploi, de la santé….des jeunes relèvent davantage des missions ordinaires des ministères en charge de ces domaines. Reste donc l’Éducation et les loisirs…

– l’appareil de l’État peine à trouver une organisation cohérente et durable quant à la prise en compte de la jeunesse et l’élaboration des politiques qui la concernent. La partition avec les collectivités territoriales n’est pas précisée. Les agents de l’État en charge de la « jeunesse et de l’éducation populaire » voient leurs missions évoluer vers la réparation sociale sans qu’aucune orientation politiques claires n’accompagnent cette évolution. Sans parler de l’incohérence de ne pas avoir l’ensemble des personnels éducatifs gérés par la même DGRH.

Aussi, sans politique ambitieuse et cohérente, affirmée et mise en œuvre, la jeunesse qui fait son apparition dans les titres du Ministre de l’Éducation nationale et de son secrétaire d’État risque de n’être qu’un mot.

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