Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

11 novembre 1918 : enfin la Paix !

Alors que depuis quelques jours, les rumeurs de paix deviennent de plus en plus nombreuses, c’est chose faite le 11 novembre 1918. L’Allemagne signe l’armistice et cela entraîne la victoire des Alliés, après plusieurs années de terribles combats. La Grande Guerre a dévasté le continent européen et a bouleversé l’ensemble des sociétés en guerre. Les mondes scolaires n’y ont pas échappé : plusieurs dizaines de milliers d’enseignants ont été mobilisé, et près d’un quart meurent au feu entre 1914 et 1918. Les enfants eux-mêmes sont marqués par ce conflit durant les longues années des combats comme le montre le tout récent livre de Manon Pignon et Yann Potin sur Françoise Dolto, qui devient « veuve de guerre à sept ans. »

Alors qu’avant 1914, les instituteurs étaient soupçonnés d’être des antipatriotes influencés par le syndicalisme, ils ont participé à ce conflit en défendant le territoire mais aussi leur idéal marqué par l’espérance d’un monde meilleur. Ainsi, dans le numéro de juillet 1916 de la Revue des deux mondes, le recteur de l’académie de Bordeaux, Raymond Thamin, évoque la participation des enseignants dans la Grande Guerre. Il souhaite ainsi démontrer le rôle positif que jouent les instituteurs au combat : « À quelques-uns, qui connaissaient mal nos instituteurs, leurs vertus militaires ont causé une agréable surprise. On les jugeait d’après des manifestations tapageuses qui n’engageaient que ceux qui s’y livraient, et qui, eux-mêmes, étaient le plus souvent des esprits généreux grisés par le vin des idées. » Plusieurs leaders syndicaux comme André Chalopin, secrétaire du syndicat des instituteurs à Paris, meurent au combat.

Le retour à la paix est difficile : près d’un tiers des enseignants survivants sont marqués physiquement par les blessures plus ou moins graves. Durant toute la guerre, les collègues non mobilisés et les institutrices apprennent la mort ou les blessures de leurs camarades dans le bulletin des amicales. Les listes au fur et à mesure de la durée du conflit sont de plus en plus longues. Une minorité d’entre eux s’oppose à la guerre, au risque de la prison, mais la grande majorité a fait son travail de soldat, même si les doutes sur les buts réels de cette guerre furent de plus en plus nombreux.

Il faut attendre la fin des combats pour voir s’afficher une volonté plus radicale de construire un monde nouveau, avec une école plus égalitaire, et une société nouvelle. Plusieurs enseignants se regroupent alors pour défendre l’idée d’une école unique, qui ne connaisse pas la césure entre les plus riches et les plus pauvres. Beaucoup d’entre eux se rassemblent dans les syndicats et les partis politiques qui aspirent à un monde nouveau. Mais tous veulent dès le 11 novembre 1918 défendre la paix. Cette guerre si meurtrière doit être la Der des Ders.

C’est ce que pensent ainsi deux instituteurs qui jouent un grand rôle dans le syndicalisme enseignant après 1918, d’une côté Georges Lapierre, de l’autre Joseph Rollo, tous deux mobilisés durant le conflit. Le premier devient ensuite particulièrement actif dans la promotion de la paix, en voulant bâtir un enseignement de l’histoire basé sur l’entente franco-allemande. Le second, fait de la laïcité le ferment d’une éducation et d’une société nouvelles. Tous les deux deviennent des leaders du SNI dans ce qu’on l’appelle plus tard l’entre-deux-guerres. En effet, malheureusement, la guerre de 14-18 n’est pas la dernière guerre mondiale. Lapierre et Rollo participent au nom de leur idéal à la Seconde Guerre mondiale et tous les deux meurent des suites de leur déportation après leur participation active à la Résistance. Cela nous montre qu’après la Grande Guerre, la Paix a été en réalité très fragile et que le monde qui se construit à partir du 11 novembre 1918 est très instable. On peut se rappeler 100 ans plus tard après la fin de cette Première Guerre mondiale les mots passionnés que Joseph Rollo écrit à sa femme lorsqu’il part au combat : « Nous sommes conscients de la nécessité de lutter. Je demande à partir et si je disparais, il faut que je sois assuré que tu survives et qu’à notre idéal tu consacres tout ce que tu lui donnes déjà et ce que tu réserves à notre amour. »

Pour aller plus loin :

Un excellent livre de synthèse, Jean-Michel Guieu, Gagner la paix, 1914-1929, Paris, Seuil, Points Histoire, 2018.

Sur l’histoire des années de guerre de la toute jeune Françoise Dolto, Manon Pignot, Yann Potin, 1914-1918. Françoise Dolto, veuve de guerre à Sept ans, Gallimard, 2018.

Un exemple de parcours en guerre d’un instituteur militant syndical, Benoît Kermoal « Officier et socialiste : l’instituteur Louis Cren dans la Grande Guerre » http://centenaire.org/fr/espace-scientifique/societe/officier-et-socialiste-linstituteur-louis-cren-dans-la-grande-guerre

Les notices biographiques de Georges Lapierre et de Joseph Rollo sont consultables sur le site du Maitron http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/

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