Publié dans Aujourd'hui, Recherches, vu, lu pour vous

L’avenir de l’Éducation : un intérêt général, mais des réponses divergentes (aussi en jeu dans les élections professionnelles)

Le CIRIEC-France* présentait ce 5 novembre au soir l’ouvrage collectif qu’il a initié, consacré à l’Éducation et l’intérêt général**. A sa demande le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation a rédigé le chapitre traitant du rapport des organisations syndicales face aux réformes.

Plusieurs conclusions s’imposent quand on analyse les réformes scolaires et éducatives.

Tout d’abord, le constat qu’il n’y a pas en France, contrairement à d’autres grands pays, de consensus politique sur la question éducative. Si l’état des lieux est assez partagé et conduit à envisager des évolutions profondes, l’identification de l’École comme élément constitutif de la République, en fait un objet polémique entre courants divergents et souvent opposés.

Ce clivage permanent, et parfois volontairement et artificiellement entretenu, se traduit par une permanence de « réformettes » se chassant les unes les autres au gré des alternances politiques et des nominations de ministres. Le rythme de ses « changements de pied » successifs ne permettent ni leur efficacité, ni leur évaluation. Ainsi se succèdent des injonctions contradictoires qui déstabilisent parents, élèves et personnels éducatifs.

L’élève au centre du système éducatif, comme le voulait la loi d’orientation de 1989 est finalement rarement une priorité. Quant à la prise en compte de l’enfant, elle est souvent oubliée, tant la coéducation n’est pas pensée, pas plus que l’articulation entre les temps, les acteurs et les actions éducatifs dans et hors l’École.

Dans ce contexte, les acteurs éducatifs et au premier rang de ceux-ci les enseignants, doutent des réformes, ne s’y investissent que peu, voire les refusent. Certain.e.s s’enferment dans la solitude de leurs classes, d’autres innovent loin des instructions hiérarchiques. Chacun.e tente de faire au mieux, dans un système qui ne satisfait personne. Ce que confirme une étude menée par Opinionway pour la MGEN ***, dans laquelle 63 % des Français (même 66 % des adhérents MGEN) estiment que l’école évolue moins vite que les transformations de la société, les grands enjeux du monde contemporain n’étant pas assez étudiés.

Hasard de calendrier, c’était aussi ce 5 décembre que le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer -lui qui avait affirmé qu’il ne ferait pas de réforme ni de loi- présentait en conseil des ministres son projet de loi sur l’école de la confiance. Un ministre dont il est difficile de ne pas voir qu’il s’inscrit dans une opposition systématique et un détricotage permanent de la démarche de refondation initiée par ses prédécesseurs.

Mais, tout analyste de la question éducative le sait, la véritable évolution de notre système d’Éducation se fait sur le terrain, dans les classes, les établissements, les structures d’éducation populaire… pas dans les textes imposant d’en haut une conception qui se veut seule être la bonne.

Parce qu’il relève de l’intérêt général, l’avenir de l’Éducation en France est donc à construire. Il passe par l’implication des personnels. Il s’appuiera sur la reconnaissance de l’expertise des acteurs, leur capacité à innover ensemble. Il nécessite un ambitieux investissement dans un véritable développement professionnel positif, qui fasse progresser individuellement et collectivement et qui conduise à la réussite de chacune et chacun. Dans ce sens, l’avenir éducatif sera pédagogique.

Si l’état des lieux qui impose des évolutions est largement partagé, les solutions, elles, ne le sont pas.

Le clivage est politique. Il est aussi syndical.

Aussi les résultats des élections professionnelles dans les ministères éducatifs revêtent une grande importance. D’eux découlent en grande partie, les réponses aux questions suivantes :

Quel sera demain le rapport de force face aux ministres ? Autour de quelle majorité seront organisées les réactions et propositions du conseil supérieur de l’Éducation ? Qui seront les principaux interlocuteurs des ministères ?

Et donc, à celle essentielle : quels seront les projets les plus portés, proposés, défendus pour l’avenir de l’Éducation ?

(*) Branche française du CIRIEC-International (Centre International de Recherches et d’Information sur l’Economie Publique, Sociale et Coopérative), organisation scientifique internationale non gouvernementale créée en 1947, afin d’assurer et de promouvoir au niveau international la collecte d’informations, la recherche scientifique et la publication de travaux relatifs aux secteurs économiques et aux activités orientés vers le service de l’intérêt général et collectif.

(**) Éducation et intérêt général, Coordination éditoriale de Philippe Bance et Jacques Fournier, Presses universitaires de Rouen et du Havre, décembre 2018

(***) Dans cette enquête présentée également ce 5 décembre, « l’Éducation nationale prépare bien les élèves à être des citoyens de demain », pour seulement 32 % des Français et 47 % des adhérents MGEN.

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