Publié dans Formation, Histoire sociale, vu, lu pour vous

Enseigner la Shoah face à tous les radicalismes

Avec la commémoration de la libération du camp de concentration d’Auschwitz se pose une nouvelle fois la question de l’enseignement en France de la Shoah.

Une interrogation qui se pose d’autant plus qu’une étude, publiée mercredi 22 janvier par l’institut Shoen Consulting, montrerait que 57% des Français ignoreraient le nombre de juifs tués dans les camps d’extermination, et qu’un quart des personnes âgées de moins de 38 ans affirmerait ne pas avoir entendu parler de la Shoah. Selon cette même étude 10% des sondés penseraient que « soit l’Holocauste est un mythe, soit le nombre de juifs assassinés pendant l’Holocauste a été largement exagéré« .

Malgré les questions méthodologiques qui peuvent interroger cette étude, s’agit-il d’un échec de l’enseignement alors que la Shoah a été intégrée comme un objet à part entière, dans les programmes du secondaire depuis 1989 ?

Constat d’échec qui n’est pas amer, mais invite à un sursaut, pour Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans un collège en Seine-Saint- Denis, responsable des formations au Mémorial de la Shoah et directeur de l’Observatoire de l’éducation à la fondation Jean Jaurès. Il vient de publier Sortir de l’ère victimaire. Pour une nouvelle approche de la Shoah et des crimes de masse (Odile Jacob, janvier 2020), ouvrage dans lequel il écrit que « brandir la mémoire de la Shoah face à des populations dont l’histoire collective n’a rien à voir avec cet événement historique revêt une efficacité limitée.»

Il convient donc de l’incarner. Ce que de nombreux professeurs, mieux formés, tentent de faire. Démarche à laquelle Ruth Zilberman participe également avec la sortie de son livre 209 rue Saint-Maur, Paris Xe Autobiographie d’un immeuble (Seuil, janvier 2020) qui fait suite à son film documentaire Les Enfants du 209 rue Saint-Maur, Paris Xe (2018, Zadig Productions/Arte), qui restitue la vie des habitants de cet immeuble parisien dans toute leurs diversités de 1850 à nos jours : « Nous autres du 209, les pauvres, les morts et les vivants, les disparus et les revenants, nous autres les communards et les artisans, les résistants et les dénonciateurs, nous autres les jeunes filles amoureuses et femmes de mauvaise vie, nous autres les Kabyles et les Polonais, les Juifs, les Portugais et les Bretons, les Marocains et les Italiens, nous autres, Odette, Albert, Daniel, Henry, Charles et les autres.“Nous autres du 209”, c’était la forte et fière affirmation d’une patrie imaginaire dont l’étendard serait ce toit de ciel découpé en carré au-dessus de la cour. » On y vit la période de Vichy et les rafles dont celle du « vel d’hiv » en juillet 1942. Avec des familles juives, des collaborateurs, des Justes, aussi, de celles et ceux qui font comprendre « que l’histoire n’est jamais écrite d’avance » comme l’affirme Ianis Roder.

Donner à comprendre la Shoah passe en effet par la nécessité de re-contextualiser, mais aussi de situer le drame dans un conception du monde telle que la portait l’idéologie nazie, « afin, comme le souhaite Ianis Roder, de faire émerger une grille de lecture des discours radicaux, d’hier et d’aujourd’hui.»

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