Lien social, éducation et dimension économique, les leviers à équilibrer pour une politique de jeunesse

Alors qu’une nouvelle secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Madame Sarah El Haïry, vient d’être nommée auprès du ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports le 26 juillet, les travaux récents montrent combien la population jeune a été affectée par la pandémie.

Selon une étude du Crédoc (« Heurs et malheurs du confinement », Dylan Alezra, Sandra Hoibian, Mathieu Perona, Claudia Senik, Sourcing Crédoc N°Sou2020-4771, juillet 2020 , https://www.credoc.fr/publications/heurs-et-malheurs-du-confinement) la période du confinement a été particulièrement difficile pour les jeunes. Ainsi « un quart des jeunes a jugé le confinement très pénible à vivre ». Si la superficie disponible durant le confinement a joué un rôle essentiel sur son ressenti, « une comparaison toutes choses égales par ailleurs montre qu’à superficie identique, l’effet de l’âge sur l’opinion du confinement est très fort ». Ainsi, « 39% des jeunes indiquent qu’ils se sont sentis plus seuls que d’habitude, un taux qui décroît avec l’âge et est en moyenne de 27%. 25% indiquent qu’ils ont eu du mal à supporter les personnes avec lesquelles ils ont été confinés contre 11% en moyenne. […] Les jeunes ont été plus nombreux à rester cloîtrés chez eux : 39% sont sortis moins d’une fois par semaine contre 29% en moyenne et 44 % déclarent ainsi avoir réduit complètement les sorties du domicile contre 39% en moyenne ».

Au-delà de la dimension du lien social très important à cette période de la vie : « 65% des jeunes indiquent que les contacts avec leurs amis sont la forme de sociabilité qui leur ont le plus manqué contre 53% en moyenne », les jeunes ont également été touchés de plein fouet par l’arrêt brutal de l’économie. Pour 20 % d’entre eux (contre 8 % pour la totalité de la population), un contrat de travail n’a pas été renouveler. Et ils ont été les premières victimes de « la réduction des embauches, des stages et l’arrêt de facto de l’économie informelle (petits jobs comme les babysittings etc.) ».

Des éléments à mettre en regard de l’étude très approfondie que propose l’INSEE consacrée aux « jeunes et transitions vers l’âge adulte » ( Économie et Statistique / Economics and Statistics n° : 514-515-516 – 2020 Jeunes et transitions vers l’âge adulte, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4511714) et qui certes « met en évidence l’importance de l’origine sociale dans la genèse des inégalités entre jeunes », mais insiste également sur « le rôle crucial que joue l’accès au travail notamment dans les inégalités de niveau de vie et dans les risques d’exclusion ». Cet accès au travail est bien entendu lui‑même lié au milieu social d’origine, mais l’étude montre qu’ « une fois l’effet de ce dernier contrôlé, le fait d’être en emploi, ou d’être au chômage ou inactif, continue de jouer un rôle décisif ». Ainsi, et « toutes choses égales par ailleurs, le fait d’être majoritairement au chômage ou inactif durant l’année étudiée (2014) diminue de 24 % le niveau de vie individualisé annuel qu’ils ont calculé. Comparativement, le fait d’avoir un père ouvrier ou employé diminue le niveau de vie de 7 % ». L’école, le niveau de qualification et de diplôme ont un effet important sur le niveau de travail. Or, « l’effet école dépend lui‑même en partie de l’origine sociale, mais en partie seulement. Il y a un effet propre de l’école […] Un enfant d’ouvrier a moins de chances d’obtenir un bon niveau de certification scolaire qu’un enfant de cadre et partant, moins de chances d’obtenir de bons revenus, mais un enfant d’ouvrier qui obtient un BEP ou un BTS a de bien meilleures chances d’accéder assez rapidement à l’emploi et à des revenus qu’un enfant d’ouvrier qui sort de l’école sans diplôme. Cet effet de l’expérience sur le marché du travail, à côté de l’effet de l’origine sociale, est également mis en lumière par l’étude sur les NEET qui met aussi en exergue le rôle crucial de l’absence de diplôme sur le risque d’exclusion sociale ».

Ainsi donc, origines sociales et niveaux d’études et de diplômes, sont les deux facteurs qui déterminent l’entrée ou non dans le monde du travail et par là même influent sur les capacités d’insertion sociale des jeunes, même si celles-ci dépendent aussi grandement des relations amicales que les jeunes construisent entre eux.

Lien social, éducation et dimension économique sont donc à équilibrer dans la construction d’une politique de jeunesse qui visent à construire la place des jeunes dans la société. Des éléments essentiels pour le feuille de route de la nouvelle secrétaire d’État chargée de la jeunesse et de l’engagement.

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