Les personnels d’éducation plus mais pas mieux formés

De nombreuses études avaient déjà alerté sur la formation des personnels d’éducation. Le long et très complet travail mené par le CNESCO qui vient de rendre ses conclusions met en évidence certes une augmentation de la quantité de la formation professionnelle mais questionne sa qualité et ses cohérences avec les besoins des personnels.

Une amélioration quantitative

La décennie 2010 marque un tournant dans la politique de formation du ministère de l’Éducation nationale avec l’inscription de plusieurs plans de formation. Ainsi, Nathalie Mons, présidente du CNESCO, constate que « après plusieurs décennies de léthargie, la machine de la formation continue s’est remise en marche dans un paquebot qui compte plus d’un million de personnels (1 174 000 exactement dont 895 700 enseignants). Les défis sont à la taille de l’ampleur de la tâche et de l’assoupissement durant des décennies de la machine. La reconstruction ne pourra se faire que dans la durée. Ces plans massifs de formation ont déjà fait bouger les lignes. Il en résulte, durant la décennie 2010, une forte progression de l’accès des personnels à la formation continue. C’est davantage le cas des personnels du primaire que du secondaire. Et parmi les cadres davantage les inspecteurs que les chefs d’établissement ».

Selon l’enquête Talis 2018, 71% des enseignants du 1erdegré déclaraient avoir participé à des cours ou des séminaires en présentiel au cours des douze derniers mois ayant précédé le passage du questionnaire. C’était le cas d’un enseignant sur deux dans le second degré (contre 76% dans l’OCDE, Talis 2018). La formation des cadres a également progressé, concernant 76% des directeurs d’école (déchargés d’enseignement), 79% des chefs d’établissement, avec une formation continue très élevée pour les inspecteurs : 97% pour ceux du premier degré et 86% pour ceux du second degré.

Des personnels demandeurs d’une qualité pas (toujours) au rendez-vous

Les personnels d’éducation en France et particulièrement les enseignants sont « dans l’OCDE parmi les plus demandeurs de formation sur des thématiques sensibles (enseignement à des élèves à besoins particuliers, approches pédagogiques individualisées, compétences numériques dans la pédagogie, enseignement en milieu multiculturel ou plurilingue, évaluation des élèves) ». Or ? s’ils sont conscients de ces lacunes, ils dénoncent le peu d’effet des formations sur les pratiques pédagogiques. « Ainsi, selon Talis 2018, 38% des professeurs des écoles français considèrent que leur participation à des formations continues n’a pas eu d’impact positif sur leurs pratiques pédagogiques (contre 9% en Angleterre, 16% en Espagne, 19% en Suède) ». Il en résulte, une fragilité des enseignants français et une remise en question de leur compétences. Un enseignants de collège sur 5 seulement (contre près de 40% en Europe) se sent compétent « pour « amener les élèves à se rendre compte qu’ils peuvent avoir de bons résultats scolaires » ou encore pour appliquer une variété de pédagogies dans la classe, gage de réussite des élèves en difficulté notamment ».

Pourquoi un tel décalage ?

Selon l’enquête du Cnesco (2021), « seuls 53% des enseignants du premier degré et 36% des enseignants du second degré déclarent discuter de leurs besoins en formation avec des personnels de direction ou d’encadrement ». Aussi l’offre de formation apparaît comme trop éloignée des besoins du terrain et procéder trop souvent de manière descendante. De plus, 52% des enseignants du premier degré déclarent que les contenus de formation leur « ont été imposés sur la totalité des 18 heures de formation obligatoires en 2018-2019 et 2019-2020 » alors que « 83% des enseignants de collège disent n’avoir jamais été consultés sur l’offre de formation (Talis 2018) ». A cette imposition de ces contenus qui limite leurs effets sur les pratiques professionnelles, les formations sont également jugées de trop courte durée, ne permettant pas « des allers-retours entre compétences nouvellement acquises et mise en œuvre sur le terrain » et s’inscrivant « trop peu souvent dans des collectifs d’établissements apprenants ».

Peu évaluées, les formations ne sont pas valorisées dans le parcours professionnels des personnels. Ainsi ils ne sont que 47% des enseignants du premier degré et 56% des enseignants du second degré à indiquer avoir abordé des questions de formation au cours de leur rendez-vous de carrière et « seuls 6% des enseignants français de collège contre 18% pour la moyenne européenne considèrent que leur participation à la formation continue peut avoir une incidence positive sur le déroulement de leur carrière (Talis 2018) »

Des préconisation pour améliorer la formation

Face à ce bilan plus que mitigé de la formation continue des personnels d’éducation en France, le Cnesco a élaboré 15 préconisations qui s’articulent autour de cinq axes :

1. Inciter les personnels à se former.

2. Renforcer l’écosystème institutionnel de la formation du ministère (RH, outils ergonomiques, outils d’évaluation, formation de formateurs…).

3. Faire entrer la recherche dans les formations de l’Éducation nationale.

4. Soutenir les personnels les moins aguerris: mentorat et tutorat.

5. Valoriser l’investissement des personnels dans leur formation continue.

Des pistes qui pourraient prises en compte dans les orientations issues du Grenelle de l’Éducation.

Pour lire l’ensemble des travaux du CNESCO sur ce sujet :

http://www.cnesco.fr/fr/conference-de-comparaisons-internationales-2020-la-formation-continue-et-le-developpement-professionnel-des-personnels-deducation/

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