Avoir « l’audace de voir ce qu’il convient de faire et le courage de passer à l’action »

« La crise du COVID-19 ne définit peut-être pas qui nous sommes, mais elle a certainement mis en évidence ce que nous ne devons pas être ».

Agnès Callamard, nouvelle Secrétaire générale d’Amnesty International

Comme chaque mois d’avril, Amnesty International publie son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Et force est de constater que la pandémie n’a pas eu d’effets positifs dans ce domaine. Bien au contraire. L’ONG relève au contraire cinq facteurs aggravant dus à la situation sanitaire :

– la fragilisation des système publics de santé ;

– la diabolisation de la science par certains dirigeants ;

– l’égoïsme des pays riches sur l’accès aux vaccins ;

– le discrimination des personnes déjà fragilisées ;

– l’instrumentalisation du virus par les dirigeants.

Évidemment, des pays et des dirigeants sont plus concernés que d’autres. L’actualité a mis en évidence les violations des droits humains aux Philippines, en Chine, en Arabie Saoudite, en Inde, en Ouganda…, l’aggravation de la pauvreté comme au Bangladesh, les comportements des présidents Trump aux États-Unis, Bolsonaro au Brésil ou Orbán en Hongrie…

Mais la questions des inégalités et des liberté se pose finalement partout.

Dans une tribune qui accompagne la sortie du rapport annuel, la nouvelle Secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard dénonce « des dirigeants du monde loin d’être à la hauteur ». Un jugement d’autant plus sévère qu’elle considère qu’ « une époque exceptionnelle appelle une réponse exceptionnelle et exige un leadership exceptionnel ». Or, celles et ceux qui ont été en première ligne n’appartenaient pas au pouvoir, ni aux privilégier.e.s mais il s’est agit « des infirmières et infirmiers, des médecins et de l’ensemble du personnel soignant, […] de celles et ceux qui se sont occupés des personnes âgées, […] des techniciennes, des techniciens, des chercheurs et des chercheuses qui ont effectué des millions de tests et d’essais, dans la quête effrénée d’un vaccin contre la maladie […] de celles et ceux qui, le plus souvent cantonnés tout en bas de l’échelle des revenus, ont travaillé pour nous nourrir, ont nettoyé nos rues, se sont occupés des corps des centaines de milliers de personnes décédées, ont veillé à ce que nos services les plus essentiels fonctionnent, ont patrouillé dans nos agglomérations ou assuré la bonne marche des transports publics qui roulaient encore ».

Inégalités encore lorsque le constat précise « que les revenus des milliardaires les plus riches de la planète ont explosé, que les profits des géants des nouvelles technologies ne cessent d’augmenter, que les cours des actions sont à la hausse sur toutes les places financières » Mais que peu, voire rien n’est proposé pour « que la reprise soit durable et équitable ».

Une inquiétude qui en soulève une autre. Alors que face à « un événement peu probable mais aux répercussions majeures à l’échelle planétaire » se dévoile « l’inaptitude de notre monde à collaborer efficacement et équitablement », comment « ne pas éprouver un sentiment de péril imminent lorsque l’on réfléchit à la crise d’une tout autre ampleur qui nous attend, pour laquelle il n’y aura pas de vaccin : la crise climatique » ?

Dans ce domaine, le Rapport rappelle que le gouvernement de la France « n’a pas respecté son obligation de mettre en œuvre les moyens suffisants face à l’urgence climatique. Le plafond des émissions de gaz à effet de serre autorisées qui figurait dans la stratégie nationale révisée adoptée par le gouvernement en avril a été relevé par rapport à celui de l’année précédente. Le Haut Conseil pour le climat, une autorité indépendante, a estimé en juillet que l’action du gouvernement face à l’urgence climatique était insuffisante. De plus, le gouvernement a accordé des aides financières aux secteurs les plus polluants de l’économie dans le cadre du plan de relance mis en place en réponse à la crise du COVID-19 ».

Le Rapport d’Amnesty International reste une photographie, parfois grossissante, des dysfonctionnement du monde et de leurs dirigeants vis-à-vis des droits humains. Plus qu’une leçon moralisatrice, une alerte ou une mise en garde, il faut surtout y voir une invitation à une prise conscience : « l’interdépendance de la famille humaine ; l’universalité de ce que « nous, les peuples » exigeons de la part de la gouvernance en temps de crise ; et le fait que notre avenir est indissociable de celui que nous façonnons pour notre planète [rappelle] l’essence même des droits humains ». Reste à avoir «l’audace de voir ce qu’il convient de faire et le courage de passer à l’action, à l’échelle et au rythme nécessaires ».

Le Rapport annuel d’Amnesty International ainsi que la tribune de sa secrétaire générale sont à retrouver ici : https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/inegalites-et-injustices-amplifiees-par-covid-19

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

<span>%d</span> blogueurs aiment cette page :