De la couture à la culture : tisser l’émancipation au fil des récits

C’était il y a plus de 20 ans. L’usine de jean’s de La Bassée (près de Lille) fermait définitivement ses portes, Levi’s délocalisant en Turquie le travail réalisé alors par 541 salariées nordistes.

Une histoire, hélas comme trop d’autres, de rentabilité, de mondialisation, de chômage, de reconversion difficile, de bassin d’emploi sinistré, de vies gâchées…

Une histoire qui aurait pu s’arrêter là, dans les chiffres anonymes de l’ANPE, si celle-ci à l’époque n’avait pas proposé à certaines de ces ouvrières de suivre un atelier d’écriture.

Une plaisanterie ?

C’est d’abord ce qu’elles en ont pensé. Mais l’envie de se retrouver a été plus forte. Alors, à 25, avec l’aide de Christophe Martin (et la coopération de Ricardo Montserrat), à Culture Commune, scène nationale de Loos-en-Gohelle (62), entre mai et juin 2000, elles ont écrit un grand nombre de textes pour dire leur histoire.

maintenant les filles se raccrochent aux épaules des unes et des autres

je regarde tout ça

je ne pleure pas

je pense à la première journée ici

je pense au passé

je pense à l’avenir

je pense aux journées de manifestation de lutte et de larmes

tout se mélange dans ma tête

mais c’est fini

tout va s’arrêter net

on ne va plus se lever le matin

on ne pensera plus à la production

les fous rires

ma machine

tout est fini rayé

je n’arrive pas à parler

je regarde et je pense

j’étais fière de travailler ici*

Des textes devenus un livre** mais aussi une pièce de théâtre, « 501 blues », mise en scène par Bruno Lajara, le metteur en scène. Une pièce créée en 2001 et depuis jouée plus de 70 fois. Une pièce qui devrait revenir sur les planches cet automne, vingt ans après***…

je pense à mon atelier

plus de bruits

plus de rires

plus de larmes

plus rien

plus rien n’en sortira

même plus une mouche voler

plus rien

que le vide

que le silence

silence complet*

Mais les mots dans les pages et sur la scène -avec la musique et la danse pour les accompagner- ne se taisent pas. Ils rendent hommage à la classe ouvrière, porte les paroles des laissé.e.s pour compte et des oublié.e.s du capitalisme. Vingt ans après, ils n’ont pas vieillis et sont toujours d’une brulante actualité.

Mis en art, ils disent l’émancipation par la culture.

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* textes Christophe Martin, 2000

** livre : Les Mains Bleues, Éditions Sansonnet, 2001 – 125 pages

*** site : https://www.facebook.com/projet501/

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