Les fondements anthropologiques du rapport au(x) savoir(s)

Et si le rapport au(x) savoir(s) était anthropologique ? Si apprendre était indispensable à l’homme pour s’humaniser, pour être lui-même ? Si la question de l’apprentissage était davantage lié au désir et à la mobilisation pour apprendre qu’à la motivation donnée par celui qui enseigne ?

Telle est la thèse que développe Bernard Charlot en exposant « Les Fondements Anthropologiques d’une Théorie du Rapport au Savoir »*.

Pour lui, « apprendre, c’est toujours apprendre quelque chose et, pour l’apprendre, il faut entrer dans le rapport épistémique qui le permet –et qui n’est pas le même pour apprendre à nager, à mentir, la poésie ou les mathématiques. Mais apprendre est toujours plus qu’acquérir un geste, un comportement, un savoir, c’est entrer dans un monde partagé avec d’autres, dans une situation socio-historique particulière et en y occupant une certaine place et, par son histoire, s’y construire comme exemplaire singulier de l’humain. Aussi ce rapport épistémique est-il toujours, également, un rapport social et identitaire. Apprendre, c’est apprendre sous une forme particulière, dans un rapport épistémique (c’est faire quoi?). Apprendre, c’est partager le monde avec d’autres, dans un rapport social (c’est partager le monde avec qui, en quelles positions réciproques?). Apprendre, c’est se construire soi-même, se vouloir, se protéger et s’inventer, dans un rapport identitaire(c’est construire qui?). Donc,le rapport à l’apprendre -et le rapport au savoir, forme particulière de l’apprendre-est toujours, à la fois, épistémique, social et identitaire ».

Pour le chercheur le constat est que le monde « le monde n’est pas donné à l’homme » mais qu’il lui est proposé que qu’il revient au nouveau-né d’ « entrer dans ce monde et se l’approprier ». Le rapport à l’apprendre interroge donc le « type de rapport, humain, social et singulier, [qu’]un sujet entretient-il avec ce monde, avec la place qu’il y occupe, avec l’histoire qu’il y vit ».

La question est certes individuelle et donc les réponses multiples et singulières. Mais elle possède également une dimension collective double. Elle s’inscrit dans une dimension sociale du rapport aux autres : « apprendre, c’est entrer et vivre dans un monde partagé avec d’autres et se construire soi-même, se vouloir. Donc,c’est aussi hériter et élaborer des cadres d’interprétation du monde,intérioriser des normes, réguler ses désirs, construire des formes relationnelles et affectives intersubjectives et subjectives » ; c’est aussi une dimension sociétale du rapports à l’apprendre et au savoir dans la manière dont les sociétés humaines se construisent, fonctionnent, se pensent.

Une approche anthropologique qui permet de concevoir l’Éducation comme un triple processus indissociable d’humanisation, de socialisation et de singularisation, dans lequel l’ « être humain n’est pas un spectateur du monde, il est, collectivement, individuellement, et toujours dans une histoire, un acteur dans ce monde ».

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* Charlot, B. (2021). Les Fondements Anthropologiques d’une Théorie du Rapport au Savoir. Revista Internacional Educon2(1). https://doi.org/10.47764/e21021001

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