Le (seul) mérite et la compétition alimentent les inégalités scolaires

Alors qu’il s’interrogeait sur « une école juste« , la sociologue François Dubet, écrivait dans Améliorer l’école (Presses Universitaires de France, 2006) que « puisque l’école est une sorte de longue compétition, l’école juste devrait permettre aux meilleurs de gagner quelles que soient les conditions sociales initiales des compétiteurs. Cette conception de la justice scolaire est celle qui s’impose dans les sociétés démocratiques postulant que les seules inégalités justes devraient tenir au talent, au travail, au courage, bref, au mérite des individus. Et cette question-là reste le thème dominant de la sociologie de l’éducation et des critiques adressées à l’école ».

Au travers de la plateforme « ÊtrePROF », Synlab a interrogé des enseignant.e.s. Si majoritairement (68 % des réponses) elles et ils affirment qu’« à l’école la volonté ne suffit pas toujours pour réussir » et que peu considèrent (8,35%) que « les élèves obtiennent les notes qu’ils méritent », pour autant, 30 % soutiennent qu’« à l’école les élèves sont récompensé de leurs efforts » et presque 18 % pensent qu’« à l’école quand on veut, on peut ».

Paradoxe de la méritocratie républicaine.

Alors que la récente publication de l’OCDE (Regard sur l’éducation 2021) confirme l’influence majeure du statut socio-économique sur les résultats d’apprentissage et le poids de ces inégalités dans le système éducatif français : « En France, les élèves n’ayant aucun parent diplômé de l’enseignement supérieur représentaient ainsi 84 % des entrants dans la filière professionnelle du deuxième cycle secondaire en 2017, contre 50 % parmi les entrants dans la filière générale », la première cause de réussite ou d’échec scolaire reste « le travail personnel » des élèves pour plus de 29 % des enseignant.e.s interrogé.e.s, devant leur capacité (28%), les travail des enseignant.e.s (23%) et l’accompagnement de la famille. Cette dernière donnée est en augmentation lorsque l’établissement se situe en REP.

Parmi les autres causes d’échec ou de réussite avancées par les enseignant.e.s, seuls 5 % citent les écarts entre les contenus d’enseignement et les méthodes d’évaluation, comme 5 % envisagent la « familiarité avec les codes scolaires ».

Selon l’enquête, une grande majorité des enseignant.e.s répondant.e.s disent mettre en œuvre des pratiques recommandées par la littérature scientifique pour réduire les inégalités scolaires. Seule une minorité affirme avoir recours à des pratiques « non recommandées ». Pour celle-ci, l’étude montre une corrélation forte entre leur croyance dans le mérite et la mise en compétition des élèves entre eux au sein de la classe. A l’inverse, les enseignant.e.s sensibilisé.e.s à la prise en compte des difficultés et reconnaissant les progrès des élèves « même s’ils sont en dessous du niveau scolaire », ont davantage tendance à mettre en œuvre des pédagogies coopératives, elles-mêmes leviers de lutte contre les inégalités et sources de réussite.

Pour retrouver les résultats de l’enquête : Grande Enquête – Pratiques pédagogiques et inégalités – Synlab (syn-lab.fr)

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