Et l’Éducation eut l’ambition d’être populaire et permanente

Sur le site de la ligue de l’enseignement on peut lire « le 25 octobre 1866, Jean Macé publie depuis Beblenheim en Alsace dans le journal parisien L’Opinion nationale un article sur la Ligue de l’enseignement en Belgique. Le 15 novembre, il lance dans le même journal un « Appel » à la création d’une Ligue semblable en faveur de l’enseignement populaire  en France, en la situant « sur un terrain neutre, politiquement et religieusement ». Le projet  a été précédé par le lancement des bibliothèques populaires,  par des contacts au sein de la Franc-Maçonnerie, ainsi qu’avec les milieux de la coopération et le patronat protestant de l’Est. Le succès est immédiat. Macé récolte de nombreux engagements personnels, accompagnés de souscriptions. L’année suivante, le premier cercle de la Ligue est fondé à Metz. »

En 1881 a lieu le premier congrès constituant la ligue française de l’enseignement. Ainsi donc voici entre 155 et 140 ans qu’a démarré en France (tout au moins sous sa forme structurée) l’aventure d’une éducation en dehors de l’école, en complément de celle-ci, s’adressant à toutes et tous dans une ambition populaire au sens le plus large du terme (l’ensemble du peuple mais aussi les plus défavorisé.e.s de ce peuple).

On sait l’inspiration (certainement un peu mythifiée) de Condorcet sur Jean Macé et ses émules. On sait aussi le développement parallèle de mouvements laïques et de mouvements confessionnels tant dans les activités destinées aux adultes (cours du soir, patronage, chorale, club théâtre, plus tard ciné club…) que dans celles proposées aux enfants et aux jeunes (club, colonies de vacances, centres aérés…).

De fait, même si l’éducation populaire demeure un concept difficile à définir, de nombreux travaux permette de s’approprier son histoire, sa philosophie et ses actions. Récemment encore vient de paraître l’ouvrage de Pascal Laborderie Éducation populaire, laïcité et cinéma (L’Harmattan, août 2021).

L’apparition de la notion d’éducation permanente est souvent moins connue. Si elle est ancienne, elle est en France moderne due à la fois à son refus par l’éducation nationale et sa « récupération » par l’éducation populaire, au premier rang de laquelle se situe la Ligue de l’enseignement qui ajoute d’ailleurs cette aspect d’éducation permanente à son nom en 1966. En effet, en 1955 Pierre Arents, chargé de mission d’inspection générale de l’éducation populaire, propose dans le cadre d’un Comité d’étude de la réforme de l’enseignement d’inscrire celui-ci dans une approche plus globale d’éducation permanente de la Nation, « condition ou corollaire de toute réforme de l’enseignement qui se voudrait efficace, dans un contexte de renouvellement de plus en plus rapide des connaissances et des techniques et de montée en puissance des moyens modernes d’expression et de diffusion culturelles », comme l’indique Jean-Claude Forquin dans son article « L’idée d’éducation permanente et son expression internationale depuis les années 1960 » (revue Savoirs, vol. 6, no. 3, 2004, pp. 9-44). La proposition ne sera finalement pas retenue. Mais exposée par Pierre Arents lors d’une réunion des cadres de la Ligue française de l’enseignement, dont il était membre, en janvier 1956 à l’Institut national d’éducation populaire de Marly-le-Roi, elle devint, dans « une vision très « culturelle » et « citoyenne », un axe majeur de la politique » éducative du mouvement d’éducation populaire. L’éducation permanente se polarise « entre une approche « culturelle » et « citoyenne » d’un côté, une approche « fonctionnelle » et « professionnelle » de l’autre ». D’une certaine manière, la loi n° 71-575 du 16 juillet 1971 « portant organisation de la formation professionnelle continue dans le cadre de l’éducation permanente » qui porte la référence nominale à l’éducation permanente dans son libellé (« obtenue, semble-t-il, de haute lutte auprès du Parlement grâce à l’action des porte-parole des mouvements d’éducation populaire ») peut apparaître comme l’aboutissement d’une longue période de maturation du concept, mais aussi comme une victoire de l’approche « fonctionnelle » et « professionnelle« . La structuration du cadre de la formation continue s’oriente davantage vers l’adaptation à l’emploi et le développement professionnel que vers une éducation citoyenne et émancipatrice. Le remplacement progressif du terme d’éducation permanente par celui, inspiré du monde anglo-saxon » de formation tout au long de la vie, le confirme.

Concevoir un projet d’une éducation « étendue sur toute la durée de la vie, intéressant toutes les dimensions de la vie et intégrant en un dispositif cohérent les différentes modalités possibles du processus éducationnel : initiale et continue, formelle et informelle, scolaire et non scolaire » reste donc encore à imaginer. A l’heure de la campagne présidentielle ne pourrait-il pas être le socle d’une politique éducative ambitieuse ?

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