La « face invisible » de l’Éducation ?

« Le développement de la scolarisation depuis deux siècles a été spectaculaire : de nos jours, les jeunes adultes ont passé, en moyenne, 20 ans dans l’institution scolaire. Ce processus s’est accompagné d’une face cachée de l’éducation que j’ai dénommée « l’animation et l’éducation populaire ». Située contre les champs de production culturelle et le système d’enseignement, elle correspond aux espaces de socialisation et de sociabilité qui, relevant des loisirs et du « temps libre », existent à côté de l’univers familial et de l’école. Pour les encadrés comme pour les encadrants, elle correspond souvent à des lieux de passage et de rencontre, mais aussi à des temps qui s’insinuent entre des activités institutionnelles plus structurées, ce qui contribue à en donner l’image d’un monde parallèle, souterrain et ignoré »

écrit Francis Lebon dans la conclusion intitulée « Métiers de l’éducation et « petite monnaie » du capital » de son dernier ouvrage Entre travail éducatif et citoyenneté : l’animation et l’éducation populaire (Champ social, 2020) qui reprend pour l’essentiel son travail d’HDR (habilitation à diriger des recherches).

Qui sont ces professionnels, pour la plupart jeunes, souvent militants… pour majorité « les femmes ont investi ce métier en développement et, contrairement à une idée reçue, les agents de l’animation sont, à présent, des « grandes sœurs » plus que des « grands frères ». La description statistique dessine, en creux, le tableau des animatrices invisibles, une majorité silencieuse puisque le segment du groupe professionnel généralement mobilisé est plutôt masculin et en position d’encadrement » précise-t-il.

Ces animatrices donc (et animateurs pour un quart seulement) sont beaucoup présentes dans les temps périscolaires (du matin avant la classe au soir après les cours, en passant par le temps de midi et le centre de loisirs du mercredi) ainsi que dans les accueils durant les vacances. D’autres travaillent davantage avec les familles, les jeunes, les personnes âgées ou sur des thématiques moins liées aux découpages par tranches d’âges : la culture, la nature…

Héritières de l’Éducation populaire et s’en revendiquant pour beaucoup, elles tentent d’articuler émancipation et épanouissement, loisirs et éducation (au risque de scolariser les loisirs comme nous l’avons montré dans un travail précédent http://www.ires.fr/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/4860-loisirs-et-education-des-enfants-une-confusion-entretenue), enjeux de « vivre ensemble » et ambition de transformation sociale.

Largement présente, l’animation dite « socioculturelle » est pourtant invisible. Parce que ses professionnel.le.s ne sont pas reconnu.e.s comme ayant un véritable métier. Parce que la confusion entre l’animation occasionnelle (des jeunes encadrant des enfants quelques semaines d’été grâce à leur BAFA ou BAFD) se confond avec l’animation professionnelle permanente et diplômée (par un BPJEPS ou un DEJEPS). Parce que les politiques d’enfance, de jeunesse, de citoyenneté refusent de reconnaître qu’au-delà de l’École, « faire société » se construit et que cela passe par la reconnaissance et la valorisation de professionnel.le.s dont c’est – ou ce devrait être – le métier et la mission.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :