Les inégalités en Éducation : conséquences des choix de système éducatif

A n’en pas douter la question des inégalités sociales et scolaires s’impose comme la priorité éducative actuelle. Cette thématique, retenue pour le premier « Rendez-vous annuel des métiers de l’Éducation » organisé en novembre dernier à Poitiers par l’UNSA Éducation et présente dans de nombreux ouvrages et articles récents. La dernière publication en date sur ce sujet compose le dossier thématique « Inégalité et éducation » du numéro 528 – 529 (du 22 décembre 2021) de la revue Économie et statistiques de l’INSEE.

L’introduction confiée à Georges Felouzis interroge la notion même d’inégalité et rappelle due le mérite scolaire est une construction sociale, « d’où les limites de la méritocratie (Duru‑Bellat, 2009) qui consiste à donner plus – les meilleures conditions d’apprentissage, les programmes les plus ambitieux, etc. – à ceux qui ont déjà le plus – les meilleurs élèves, souvent issus des milieux les plus favorisés. Les classes préparatoires aux grandes écoles, dont le recrutement social est peu diversifié, représentent pour beaucoup d’auteurs un symbole des effets pervers de cette méritocratie. Pour Baudelot & Establet (2009) ce processus relève d’un « élitisme républicain » qui fonctionne comme un puissant facteur de reproduction sociale ».

S’il est évident que l’école n’accueille pas une population homogène et que les inégalités se construisent très tôt , en amont de la scolarisation étant « fortement ancrées dans la socialisation primaire des individus », les inégalités scolaires ne peuvent pas seulement se limiter à cette dimension primaire. Elles sont également la conséquence « des systèmes éducatifs eux‑mêmes, des contenus valorisés dans l’enseignement, des modes de sélection et d’évaluation des élèves, de l’organisation générale des curriculums, etc. ». Aussi, « la façon dont l’école considère et traite les inégalités de départ entre élèves est bien sûr déterminante ». Cela concerne toutes les dimensions de la scolarité, « de l’espace concret de la classe et du déroulement de l’enseignement (Rochex & Crinon, 2011) à la structure et l’organisation des systèmes éducatifs (Mons, 2007) ». Et il convient d’interroger les politiques d’éducation dans le fait qu’elles produisent plus ou moins d’équité. L’auteur met en évidence le rôle prépondérant de la mixité sociale et scolaire dans la lutte contre la ségrégation au sein et entres établissements scolaires afin de permettre à un plus grand nombre ‘élèves « de bénéficier de conditions équitables d’apprentissage, et de réussite ».

Les quatre articles qui composent le dossier viennent illustrer des dimensions différentes des politiques éducatives et de leurs impacts sur les inégalités scolaires. Ainsi est-il des résultats de l’éducation spécialisée étudiés par Pierre Courtioux et Tristan‑Pierre Maury sur le période de 2004 à 2016 et qui montre que paradoxalement la recentrage sur les collèges dont la composition sociale était la plus modeste, opéré en 2015 avec la mise en place des réseaux d’éducation prioritaire s’est traduite par une moindre mixité sociale dans les collèges concernés et l’accentuation des différences de mixité entre ces collèges et les autres, tout particulièrement dans le monde rural.

Pauline Givord et Milena Suarez Castillo se sont penchées sur les évaluations des lycées dont elles questionnent la pertinence d’une mesure à la moyenne. Difficile en effet de dire s’il s‘agit de l’action d’un lycée dans lequel tous les élèves réussissent mieux, ou dans lequel seule une partie des élèves réussissent très bien et d’autres moins bien qu’attendu au regard de leurs caractéristiques. Si elles montrent que, dans la très grande majorité des lycées, les écarts de notes au baccalauréat ne sont pas significativement différents de ceux attendus. « elles notent aussi, à rebours de l’idée qui voudrait que plus d’égalité implique un nivellement par le bas, que des lycées parviennent à réduire les écarts entre élèves et à améliorer les résultats de tous les élèves ».

Compétences et niveau d’étude sont étroitement liés et donc les inégalités de compétences s’observent à niveau de diplôme donné même si leur ampleur est restée stable entre 2004 et 2011, comme le montre l’article de Fabrice Murat sur la question des inégalités éducatives vues sous l’angle des compétences des diplômés à la fin de leurs études.

Paradoxe encore avec l’article de Romain Avouac et Hugo Harari‑Kermadec, qui s’interrogeant sur l’université comme « lieu de brassage ou de ségrégation sociale » montrent « à la fois la poursuite du mouvement d’ouverture de l’enseignement supérieur entamé dans les années 1970‑80 et une forte polarisation sociale des établissements ». Ainsi la démocratisation de l’enseignement supérieur va de pair avec la hiérarchisation sociale des établissements, particulièrement renforcée par la labellisation des « Idex » (label Initiatives d’excellence).

L’ensemble de ces éclairages sur les inégalités face à la scolarité et aux études tend à renvoyer la responsabilité aux choix fait pour le système éducatif et interroge donc la construction des futures politiques d’Éducation, question particulièrement pertinente dans cette période de campagne présidentielle.

Pour retrouver la revue Économie et statistiques de l’INSEE en intégralité : Economie et Statistique / Economics and Statistics | Insee

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