Temps libre

« Le temps libre peut être pour la jeunesse le
temps de la liberté, celui de la curiosité et du jeu,
de l’observation de ce qui l’entoure comme de la
découverte d’autres horizons. Il ne doit pas être le
temps de l’abandon […].
»1
François Mitterrand

Il y a soixante ans, en 1962, Joffre Dumazedier sociologue, cofondateur du mouvement d’éducation populaire Peuple et Culture, ancien formateur puis résistant à l’École de cadres d’Uriage, publiait « Vers une civilisation du loisir ?», un questionnement en forme de revendication : penser un changement de société pour favoriser l’accroissement du temps libre.

Pourquoi théorisait-il ainsi la volonté de s’émanciper du (tout) travail ? Parce que pour lui, il s’agissait de permettre un développement culturel, des apprentissages, mais aussi une plus grande participation à la vie sociale, à un moment où l’émergence des médias de masse et de la publicité pouvait entraîner vers d’autres aliénations comme le met en lumière la même année Edgar Morin dans « L’Esprit du temps. Essai sur la culture de masse ».

Ainsi, pour Dumazedier, le loisir se décline en 3 D : délassement (pour se libérer de la fatigue et du surmenage dus aux effets néfastes du travail), divertissement (qui passe par les activités culturelles, le jeu, le sport…), développement (à la fois dans la participation sociale et la formation).

Ce temps libéré de l’obligation du travail sera repris politiquement en 1981 avec la création d’un ministère consacré au Temps libre et confié à André Henry, ancien secrétaire général de la FEN et surtout, partiellement, concrétisé en 1982 avec l’octroi d’une cinquième semaine de congés payés et l’abaissement du temps de travail à 39 heures hebdomadaires.

A l’homo economicus, Dumazedier opposait plusieurs figure d’un être humain plus émancipé : l’homo faber (le bricoleur), l’homo ludens (le joueur), l’homme imaginaire (qui aime les récits), l’homo sapiens (qui apprend), l’homo socius (qui se sociabilise), comme le rappelle la revue Nectart qui consacre plusieurs article sur la notion de temps dans son numéro 14 (hiver 2022). Dominique Méda interrogée par la revue, rappelle sa réflexion de réduire « la place occupée par le travail , d’une part pour libérer un temps et un espace plus important destinés à la politique ; d’autre part, pour rééquilibrer les investissements dans le travail, la politique et la vie familiale et personnelle des hommes et des femmes […] ; et enfin, pour mieux partager le travail ».

Nul doute que ce sujet du temps de travail est un des clivages importants entre les différentes propositions des candidat.e.s (déclaré.e.s ou pas encore) à l’élection présidentielle, même s’il n’apparaît que secondaire dans les débats.

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  • revue Nectart n°14, janvier 2022
  • Joffre Dumazedier, Vers une société des loisirs ?, Paris, Seuil, 1962
  • Edgar Morin, L’Esprit du temps. Essai sur la culture de masse; Paris, Grasset, 1962

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1 Message adressé à l’occasion du 4ème rendez-vous de la Place de l’Enfant, Poitiers, mars 1995.

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