Jeunesse(s)

Si la récente étude « Une jeunesse plurielle. Enquête auprès des 18-24 ans »* commanditée par l’Institut Montaigne n’apporte pas véritablement de nouvelles informations sur les jeunes, elle vient conforter ce que l’on savait en grande partie déjà et battre en brèche quelques idées reçues.

A une très grande majorité les jeunes vont bien et se disent heureux à 82 %. Pour autant, 59 % des répondants trouvent les questions d’argent difficiles, 41 % qualifient leurs études passées de difficiles et 51 % disent que la crise sanitaire a eu un impact surtout négatif sur leur moral (chiffre à rapprocher du Baromètre DJEPVA** sur la jeunesse dans lequel les jeunes interrogés sont seulement 59 % à avoir le sentiment que leur vie actuelle correspond à leurs attentes, soit le plus bas niveau observé depuis la création du baromètre en 2016). Un jeune sur deux considère ainsi la pandémie comme une période très pénible à vivre. Les jeunes interrogés mettent particulièrement en avant les difficultés d’ordre psychologique et le sentiment d’isolement, devant les difficultés socio-économiques. ….).

Derrière ces chiffres globaux, il est impératif de toujours rappeler qu’il n’existe pas une jeunesse, mais des jeunes de milieux socio-économiques et culturels, de parcours, de lieux de vie… différents et que donc toutes et tous ne vivent pas les mêmes réalités et ne partagent pas les mêmes ressentis.

Par la méthode des « catégories », l’enquête propose ainsi de distinguer :

  • « Les démocrates protestataires, qui représentent 39 % de la jeunesse », et pour lesquels « la culture protestataire (participation à des manifestations, signature de pétitions etc.) se cumule […] à un exercice plus conventionnel de participation à la vie démocratique du pays. Ces jeunes sont davantage intéressés que les autres par les questions sociétales, et s’ils ne se contentent plus de l’exercice du droit de vote pour peser sur la destinée de leur pays, ils rejettent pour autant la violence politique en restant attachés au modèle démocratique représentatif ».
  • « Les révoltés, qui représentent 22 % de la jeunesse […] Davantage que les autres en détresse psychologique et en situation matérielle difficile, ils sont favorables à un changement radical, de nature révolutionnaire, de la société, et prêts à justifier la violence politique pour y parvenir ».
  • « Les désengagés représentent 26 % des jeunes de l’enquête. Ils sont en retrait sur toutes les questions sociétales et politiques ».
  • « Les intégrés transgressifs représentent 13 % des jeunes de l’enquête. Malgré de nombreux signes d’intégration économique et sociale, ils semblent gagnés par une culture transgressive en matière de respect des règles en montrant une plus grande tolérance à l’égard des comportements violents et déviants ».

L’appartenance à (ou la proximité avec) l’une de ces catégories dépend essentiellement selon l’étude du sexe, du capital culturel et de la religion, ces trois critères participant fortement « à différencier les modalités d’engagement social et politique » des jeunes.

En dehors de ces distinctions -et toujours en prenant en compte le fait que la jeunesse n’est pas une catégorie sociologiquement homogène – il semble que si les jeunes sont (davantage) sensibles aux questions environnementales, de genre et de lutte contre le racisme (par exemple 62 % des jeunes estiment que les questions liées à l’environnement, au climat, à l’écologie constituent un sujet très important et 28 % pensent que les questions de genre constituent un sujet très important), que leur rapport au travail est davantage guidé par une recherche de sens et qu’ils sont moins attachés à leur territoire mais se déclarent plus mobiles, ils n’apparaissent pas en rupture profonde avec les générations précédentes.

La différence est plus marquée par rapport au genre, l’enquête tendant à mettre « en lumière le rôle que les femmes souhaitent dorénavant jouer dans l’évolution de la société ». Les jeunes femmes (se différenciant là « davantage de leurs devancières que ne le font les jeunes hommes par rapport à leurs prédécesseurs »). deviennent porteuses des changements d’« attitudes sociopolitiques à l’égard des questions relatives au genre, et dans une moindre mesure de l’écologie ». Respectant le cadre démocratique et rejetant la violence politique, elles sont davantage protestataires (comparativement comparativement aux générations précédentes et à la globalité de la jeunesse française).

Concernant l’école, l’enquête confirme le poids de l’échec scolaire et de la perception d’une mauvaise orientation : « il apparaît pour autant que le sentiment d’avoir été mal orienté dans sa scolarité constitue le facteur essentiel d’insatisfaction à l’égard de l’institution scolaire. Ce sentiment d’une mauvaise orientation contribue à dévaluer aux yeux des jeunes l’utilité des études, et est d’autant plus marqué que leur niveau de formation est bas. Cette perception peut constituer un sérieux obstacle pour la réussite de toute tentative de remédiation scolaire des jeunes les plus en difficulté, après la fin de la scolarité initiale, ainsi qu’à la réussite d’une politique ambitieuse en faveur de la formation tout au long de la vie », écrivent ainsi les auteurs de l’étude.

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* https://www.institutmontaigne.org/publications/une-jeunesse-plurielle-enquete-aupres-des-18-24-ans

** IAS54_moral-jeunes.pdf (injep.fr)

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