Les mobilités étudiantes révélatrices des inégalités de genre

C’est entre 15-19 ans que se réalise la plus importante migration résidentielle. Elle est essentiellement due à la poursuite d’études en dehors des lieux de résidence, souvent pauvres en structures de formation comme c’est le cas pour les communes rurales ou des unités urbaines de petite ou moyenne taille. Les femmes ont davantage à réaliser cette migration étudiante, mais elle sont également plus nombreuses à quitter les grandes villes à l’issue d eleeur formation et à rejoindre leur département d’origine.

S’appuyant sur les données du recensement de 2013, les sociologues associés à l’INED, Élie Guéraut et Fanny Jedlicki ont ainsi mis en évidence qu’ « en 2013, 55 000 femmes et 43 000 hommes de 15 à 19 ans, soit respectivement 26 % et 22 % des bachelier·e·s de cette classe d’âge, ont changé de lieu de résidence, dans 52 % des cas pour gagner les grandes agglomérations : 84 000 femmes et 67 000 hommes sont ainsi recensé·e·s dans l’unité urbaine parisienne et 48 000 femmes et 37 000 hommes dans les autres unités urbaines de plus de 200 000 habitants ». Mais également, les chercheurs montrent avec « l’examen des flux migratoires des diplômé·e·s de l’enseignement supérieur âgé·e·s de 25-29 ans, soit la catégorie d’âge à partir de laquelle l’attractivité des grandes villes décroît [que] les femmes ont là encore plus tendance (et sont plus nombreuses) à quitter Paris (elles sont 12 000 contre 9 000 hommes, soit respectivement 6 % et 3 % des diplômé·e·s de cette classe d’âge) ou une autre unité urbaine de plus de 200 000 habitant·e·s (38 000 contre 32 000, soit respectivement 16 % et 11 % des diplômé·e·s de cette classe d’âge) que leurs homologues masculins. Dans un même temps, les jeunes diplômées élisent domicile en plus grand nombre dans les communes rurales (28 000 contre 18 000) ou les villes petites et moyennes (27 000 contre 19 000) : notons qu’elles regagnent, dans près de 40 % des cas, leur département de naissance ».

Au-delà de ces données chiffrées, les tentatives explication de ce phénomène sont particulièrement intéressantes. On peut attribuer au caractère davantage féminin des migrations étudiantes le fait que les filles soient plus nombreuses à réussir le bac et donc à s’engager dans des études supérieures. Pour autant si elles ne restent pas ensuite dans es grandes villes c’est essentiellement pour des raisons d’études et d’ancrage. Ainsi, pour les chercheurs de l’INED « le retour procède d’abord des difficultés subies et/ou anticipées à intégrer le marché du travail qualifié des métropoles (absence de réseaux pour chercher un emploi, crainte de ne pas « y arriver » …), où les jeunes diplômées résidaient jusque‑là en tant qu’étudiantes ». En s’appuyant sur l’analyse des données de la plateforme APB (remplacée depuis 2020 par Parcoursup) révèle « que les filles d’employés et d’ouvriers tendent plus que les autres à se diriger vers des filières peu distinctives et/ou non sélectives ».

Il y a donc le constat d’un paradoxe : si l’émigration étudiante correspond à un vecteur d’émancipation sociale pour une majorité de jeunes femmes issues des classes populaires, les grandes villes apparaissant comme un espace de liberté, une ouverture de leur champ des possibles, les difficultés économiques et le manque d’appartenance à des réseaux relationnelles les conduisent à devoir quitter les grandes villes et revenir à proximité de leurs « berceaux » familiaux.

Les chercheurs mettent ainsi en exergue les difficultés rencontrées par les jeunes femmes et pointent la nécessité de prendre ne compte ces données afin de les prendre en compte dans la construction de « politiques publiques plus efficaces, en mobilisant plusieurs leviers : accompagnements étudiants, aides financières aux jeunes mobiles pour leurs études (directes ou indirectes : logements, transports…), aides à l’embauche, etc. afin de répondre à toutes les situations ».

Dossier à retrouver dans l’article de Élie Guéraut, Fanny Jedlicki, et Camille Noûs. « L’émigration étudiante des « filles du coin » : Entre émancipation sociale et réassignation spatiale », Travail, genre et sociétés, vol. 46, no. 2, 2021, pp. 135-155.

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