Et l’on reparle de la formation des enseignant.e.s…

Rappelant que « de nombreuses évaluations nationales et internationales permettent d’établir un diagnostic peu satisfaisant sur le niveau scolaire des élèves de l’école primaire. L’école primaire ne va pas bien et c’est l’ensemble du système éducatif qui en est fragilisé, Jean-Paul Delahaye analyse dans un long article sur son blog « deux questions certes difficiles mais qui nous semblent déterminantes si l’on veut que les résultats s’améliorent : le temps scolaire et son utilisation d’une part, la formation initiale et continue des professeurs des écoles d’autre part ».

Les deux sujets sont certes importants, même s’ils ne sont certainement pas les seuls. L’ancien DGESCO reconnaît lui-même qu’ils ne sauraient « prétendre épuiser un sujet aussi vaste » que celui des difficultés de l’école primaire française. Mais si la question du temps scolaire semble peu d’actualité, tant le précédent ministre de l’Éducation nationale l’a plombée, celle de la formation des enseignant.e.s revient sur le devant de la scène. Alors même que le précédent quinquennat a péniblement accouché d’une nouvelle réforme, le président de la République et son nouveau ministre laissent entendre, avant même sa mise en œuvre, qu’il faudrait déjà la revoir.

En jeu (voire enjeux) : le niveau de recrutement des enseignant.e.s et la place du concours. Si comme le rappelle Jean-Paul Delahaye, la réforme de 2013 a permis de rétablir une année de formation « (année supprimée comme on s’en souvient de 2009 à 2012, c’est le moment où notre pays a cru utile de faire des économies sur la formation de ses enseignants !) », le placement du concours en fin de M1 a été un compromis plutôt bancal rendant la cohérence de la formation souvent difficile, ce que constate le rapport Filatre en 2018, « en effet, une grande partie des préconisations présentées dans ce rapport répondent aux difficultés liées au positionnement d’un concours au milieu du cursus de formation master. Les membres du comité national de suivi considèrent qu’il est urgent de se pencher sur cette question et une très grande majorité d’entre eux plaide pour qu’il soit placé en amont de la formation ».

En plaçant le concours en fin de M2, comme l’a décidé la nouvelle réforme, s’effectue « un retour désolant de dix ans en arrière », mais surtout une terrible régression de l’aspect professionnel, c’est-à-dire pédagogique du métier déjà très mal traité en France comme le souligne l’OCDE : « Les enseignants en France sont hautement qualifiés selon les standards internationaux : 70 % possèdent un diplôme de master ou plus, ce qui est largement au-dessus de la moyenne OCDE (45 %). Mais ils sont aussi moins bien préparés sur le volet pédagogique du métier que leurs voisins : seuls 66 % des enseignants actuellement en poste au collège (contre 79 % dans l’OCDE) ont, par exemple, étudié à la fois le contenu disciplinaire et la pédagogie des matières qu’ils enseignent, et ont eu la possibilité de les mettre en pratique face aux élèves ».

Dans son discours devant les recteurs, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que « la confiance que nous devons à nos enseignants passe par une amélioration de la formation initiale », ajoutant « je crois qu’il est clair que nous devons repenser, et sans doute plus en profondeur qu’on ne l’a fait ces dernières années, la formation de nos enseignants ». Dans quel sens ? Les explications ne sont pas totalement limpides, mais comme l’avait déjà évoqué Pap Ndiaye quelques semaines plus tôt, le président évoque une filière dès la baccalauréat et rappelle -sans oser le dire – les écoles normales : « on a souvent, compte-tenu de la rémunération faite, demandé des diplômes universitaires qui étaient excessifs pour certains, en formant insuffisamment au métier lui-même pour d’autres, si je résume en termes sommaires le constat que je peux faire avec vous. Je crois qu’il faut assumer que c’est une vocation, un engagement, un métier formidable qui a du sens et qui, comme la nation a parfois su le faire, peut-être doit nous donner l’audace de regarder que des gens ont le droit de s’engager dès le baccalauréat dans ce beau métier, d’avoir une filière qui est un peu fléchée, un peu accompagnée, valorisée, où on leur permet de consolider des savoirs fondamentaux qui seront indispensables pour exercer leur métier, des savoirs pratiques, mais aussi un parcours ad hoc. Cela a pu exister par le passé, je ne vais pas ici prononcer des mots qui tout de suite donneraient lieu à des débats dans la communauté, mais il y aura des débats ».

Ce n’est pas le lieu de les ouvrir ici, même si ces propos les ont déjà suscité, mais une question de fond se pose à la lecture (ou à l’écoute) de ces réflexions présidentielles : qui sont ces « certains » à qui l’on a demandé des « des diplômes universitaires excessifs » ? Étant donné l’organisation de l’université et la prégnance des disciplines dans le recrutement des enseignant.e.s du second degré, on peut douter que ces affirmations les visent directement. Faut-il alors penser aux professeur.e.s des écoles  et à leur fameuse polyvalence que Jean-Paul Delahaye rappelle et revendique à raison ? Le risque est fort, en insistant sur les différences plus que sur les similitudes et les rapprochements de métier, entre premier et second degrés que les responsables politiques s’engouffrent dans un clivage dont la formation ne serait que le premier levier.

Le recul serait alors de bien plus de dix années.


L’article de Jean-Paul Delahaye est à retrouver sur son blog : https://blogs.mediapart.fr/delahaye-jp/blog/250822/deux-questions-vives-pour-lecole-primaire

Le discours du président Macron devant les recteurs peut être lu ici : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/08/25/ouverture-de-la-reunion-des-recteurs-dacademie-a-la-sorbonne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :