L’enjeu du civisme en Démocratie
Défini selon Le Larousse comme étant le « dévouement envers la collectivité, l’État, et à la participation régulière à ses activités, notamment par l’exercice du droit de vote.« [1], le civisme est la pierre angulaire de notre système démocratique. Par son exercice, tout·e citoyen·ne exprime son aspiration individuelle dans le respect des règles collectives et des institutions les appliquant.
Véritable indicateur du niveau d’engagement civique, il est l’objet d’un rapport édité en janvier dernier par l’Institut Montaigne[2], think tank marquée par des idées libérales. Intitulé « Démocratie, Les nouveaux chemins du civisme », il cherche à répondre à la question essentielle : « Comment se porte le civisme en France, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027 ? »
Un civisme entre désenchantement et sous-exploitation
Articulant entretiens individuels, enquête d’opinion et réunion d’un groupe de travail annuel, ce rapport dresse un état des lieux contrasté. Tout d’abord il est nécessaire de rappeler que, bien qu’intimement lié à l’exercice du droit de vote, l’action civique ne se résume pas à celui-ci et, restreindre la mesure de la participation citoyenne aux pourcentages issus des urnes oblitère tout un pan lié à l’engagement citoyen.
Le rapport pointe en effet que « le civisme s’incarne au quotidien sur plusieurs fronts : « engagement associatif, information responsable, délibération informelle entre citoyens, respect des institutions et des marqueurs régaliens, intérêt pour autrui, compréhension de ce qui nous engage collectivement.»[3] Pour autant, le rapport pointe également que cet engagement est sous-exploité voire empêché : défiance à l’égard de la politique, des institutions voire des résultats aux élections, difficultés administratives liées à l’exercice de son droit de vote, manque d’informations et de formation à la citoyenneté sont autant d’éléments relevés dans les réponses des sondés.
Des propositions pour (re)valoriser l’action citoyenne
Ne nous y trompons pas cependant, l’action citoyenne n’a pas disparu mais elle est à la fois multiple, plus diffuse voire plus extrême lorsqu’elle exprime, notamment lors des scrutins, le rejet d’un système politique jugé trop éloigné des réalités vécues. Ainsi, « 77 % des Français considèrent que « quelles que soient les circonstances, la démocratie est toujours préférable à toute autre forme de gouvernement », mais 63 % considèrent qu’elle fonctionne mal (dont 21 %, très mal). »[4]
Face à ces données et suite à leur analyse, afin de redonner du sens à l’engagement citoyen et promouvoir un civisme constructif, l’Institut Montaigne énonce un certain nombre de propositions réparties en trois axes : éducatif, administratif et législatif.
Pour le premier, le rapport propose de repenser l’enseignement moral et civique (EMC) tel qu’il est dispensé actuellement à l’école pour l’ancrer davantage dans la vie citoyenne et politique : de l’échelon local pour le primaire jusqu’à l’échelon national pour le lycée, mieux articuler apports théoriques et exercices pratiques à partir de situations concrètes ou de rencontres d’acteurs et actrices de terrain notamment. De plus, le rapport propose d’élargir ce champ de la formation citoyenne au-delà de la fin de la scolarité obligatoire en proposant des temps de micro-formation ou d’informations civiques dédiés.
Dans le cadre du second, le rapport s’attèle à répondre aux difficultés liées à l’exercice du droit de vote : non-inscription, mal-inscription, abstention record. Autant de sujets qui l’amène à émettre des propositions d’un point de vue administratif pour faciliter l’accès au bureau de vote ; mais également sur le plan calendaire avec le regroupement de scrutins ou sur celui du format avec un meilleur investissement quant au référendum ou à la convention citoyenne qui sont peu voire mal réinvestis.
Enfin, dans son dernier axe réflexif, le rapport cherche à « Rendre l’atmosphère démocratique plus respirable »[5]. Abordant la question de la durée du mandat présidentiel qui « a pu transformer le président de la République en chef de majorité, au détriment de sa fonction d’arbitre et de chef de l’État, essentielle dans la Constitution », il propose également de redonner du temps de formation aux élu·es avant leur prises de fonction pour mieux les y préparer. De plus, il aborde la question du « tout-numérique » avec deux propositions : la première cherchant à recréer du lien tangible entre politique et citoyen·es, la seconde à mieux réguler les contenus en ligne pour sécuriser l’information et les flux d’échanges.
Une réflexion à poursuivre
Bien que particulièrement intéressante, la question des mises en œuvre de ces propositions, si tant est qu’elles soient acceptées et validées, reste toujours un point d’achoppement.
Prenons en effet l’exemple de la nécessaire évolution quant à l’EMC. Bien qu’étant directement concernée par la priorité n°2 de la circulaire de rentrée pour 2025-2026, à savoir « Bâtir une école de l’engagement, de la justice et de la responsabilité », pour autant, ces modifications étant autant structurelles, développement de l’interdisciplinarité, que notionnelles, modification du programme d’enseignement, il est peu probable que cela aboutisse sans une réelle volonté conjointe de l’institution et de ses agent·es.
Ne jetons cependant pas le bébé avec l’eau du bain, l’Institut Montaigne l’ayant énoncé dès le départ, son propos est bien de dresser « un état des lieux du civisme dans notre pays »[6] puis d’établir un diagnostic à partir duquel élaborer des propositions d’amélioration. C’est ensuite au politique, et peut-être aussi aux citoyen·nes, de s’en emparer pour une éventuelle application au niveau législatif.
Inscrit dans la perspective des présidentielles de 2027, ce rapport est révélateur de l’état du civisme en France et on ne peut que vous engager à en prendre connaissance au regard de l’échéance électorale à venir.
Pour aller plus loin :
Accès au rapport complet : https://www.institutmontaigne.org/publications/democratie-les-nouveaux-chemins-du-civisme
[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/civisme/16284
[2] https://www.institutmontaigne.org/
[3] Démocratie – Les nouveaux chemins du civisme. Janvier 2026, page 5
[4] Démocratie – Les nouveaux chemins du civisme. Janvier 2026, page 8
[5] Démocratie – Les nouveaux chemins du civisme. Janvier 2026, page 183
[6] Démocratie – Les nouveaux chemins du civisme. Janvier 2026, page 18
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