Le Centre Henri Aigueperse a 40 ans !

Certaines civilisations affirment que les chats ont plusieurs vies. Rien ne prouve que ce soit le cas, mais le Centre Henri Aigueperse, que beaucoup appellent communément le CHA, a également eu de multiples vies. Plusieurs initiatives ont précédé sa véritable naissance en 1986. À l’occasion de ses 40 ans, revenons sur l’histoire du centre de recherche, de formation et d’histoire sociale de l’UNSA Éducation.

               L’histoire du centre de formation et de recherche avant la naissance officielle du CHA

On pourrait situer les plus lointaines origines du Centre Henri Aigueperse dès avant la Seconde Guerre mondiale, où les syndicalistes de l’éducation ont joué un rôle essentiel au sein du Centre confédéral d’éducation ouvrière de la CGT[1]. Les syndicats de l’éducation étaient regroupés au sein de la FGE, Fédération générale de l’enseignement, et ils appartenaient alors à la CGT. Au programme de ce centre d’éducation ouvrière, on trouvait plusieurs sujets : former les membres de l’organisation aux grands enjeux de l’époque et transmettre l’histoire du syndicalisme et des mouvements sociaux afin de consolider l’identité militante et l’engagement. Mais il s’agissait aussi de parfaire l’éducation scolaire reçue dans une perspective d’éducation permanente avec des cours de français, de mathématiques, de langues, de littérature, etc.

 À ces enseignements s’ajoutaient des cours d’économie et de philosophie politique pour mieux comprendre les grandes théories du moment. Il s’agissait alors de s’inscrire dans l’héritage de Fernand Pelloutier, le fondateur des bourses du travail, qui affirmait qu’il fallait pour espérer une transformation sociale radicale comprendre le fonctionnement de la société, et non pas seulement céder à la colère ou aux émotions : « Ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur »[2].  C’est dans une telle perspective que l’action syndicale a été menée dans l’entre-deux-guerres. Plusieurs intellectuel.les et enseignant.es liées au Syndicat national des instituteurs et institutrices ont participé à ces actions, comme Émilie et Georges Lefranc, ou bien encore Georges Vidalenc. Partout en France, des collèges du travail se mettent ensuite en place, où les syndicalistes de l’éducation sont très présents[3].

Mais c’est à partir des années 1950 que l’idée de disposer d’un centre de recherches, de formation et d’histoire lié à la FEN, Fédération de l’Éducation Nationale, qui a succédé à la FGE, fait son chemin : en effet, tous les personnels et salarié.es disposent à partir de 1957 d’un nouveau droit appelé « le congé de formation d’éducation ouvrière » : 12 jours par an, on peut avoir une formation sur les thématiques syndicales ou sociales. Et pour cela un centre de formation a été créé. Dans un premier temps, ces 12 jours ne sont pas payés par l’employeur, ce qui demande un sacrifice aux personnes qui se forment. À partir de 1970, ils sont pris en charge dans la fonction publique, ce qui impulse un nouveau dynamisme.

 La FEN organise alors ses premiers stages par l’intermédiaire de son Centre de Recherches, d’Études et de Formations (CREF-FEN). Ces premières formations sont faites en lien avec la MGEN, qui a été mise en place à l’initiative du syndicalisme enseignant après la Seconde Guerre mondiale[4]. Les évolutions nombreuses de la société dans cette période des Trente glorieuses obligent l’organisation syndicale à se pencher sur les nouveaux enjeux avec l’aide d’expert.es et de chercheur.es. C’est pourquoi la nécessité de disposer d’un centre syndical de recherche et de formation devient plus évidente encore.

Naissance officielle en 1986

               C’est en janvier 1986 qu’est mis en place le Centre d’histoire sociale, de recherches, de formation et de documentation de la FEN. Il s’agit d’une association dont les buts sont de mettre en œuvre des travaux de recherche sur l’histoire sociale et d’une manière plus spécifique sur l’histoire du syndicalisme. Ce nouvel organisme est également chargé d’entretenir des liens avec les établissements de recherche et de proposer des études sur l’ensemble des problèmes éducatifs, économiques et sociaux. Il a, en outre, pour mission d’organiser des sessions de stages à destination des militants et militantes de la FEN et de ses syndicats. Enfin, il est chargé d’organiser des colloques et de préserver l’histoire de l’organisation en réalisant la collecte et la conservation des archives. Cette structure a été reconnue officiellement quelques mois plus tard, le 1er octobre 1986. Il reçoit l’agrément des ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur pour organiser des formations. Ce droit est étendu ensuite à l’ensemble de la fonction publique.

 Onze ans plus tard, pour rendre hommage à un grand militant syndical décédé en 1989, le centre de recherche prend le nom de Centre Henri Aigueperse. Pourquoi ce choix ?

En 1997 : l’appellation Centre Henri Aigueperse

Encore aujourd’hui, Henri Aigueperse est méconnu, y compris au sein de notre organisation. Son œuvre est pourtant essentielle et les traces de son action sont encore visibles de nos jours. Il a débuté son engagement syndical dans l’entre-deux-guerres après être devenu instituteur. Marqué par le syndicalisme révolutionnaire, il rejoint le SNI dont il devient le secrétaire pour le département de la Haute-Vienne. Opposant à Vichy, il poursuit son action syndicale dans la clandestinité et après 1945, il devient secrétaire général du SNI avec une nouvelle génération de militantes et militants qui sont très actifs. Il est également celui qui est à l’initiative de la création de la Mutualité générale de l’Éducation nationale en décembre 1946.

Féru d’histoire et éminent porteur des idéaux du SNI et de la FEN, il a beaucoup œuvré pour le développement de notre organisation et sa reconnaissance. Son action à la tête du SNI se poursuit jusqu’en 1953. Il participe également à la création de l’association des parents d’élèves, qui va devenir quelques années plus tard la FCPE. Après 1953, il travaille au sein de la maison d’édition du SNI, les éditions SUDEL. Il est également très actif pour conserver la mémoire de notre action syndicale. Il participe activement au séminaire de recherche sur l’histoire du syndicalisme mené conjointement par la FEN et le centre d’histoire sociale de la Sorbonne sous l’égide de Jean Maitron. Il meurt en 1989. Quelques années plus tard, pour honorer son action et sa mémoire, le centre de recherche et de formation prend le nom officiel de Centre Henri Aigueperse.

 Le CHA est enfin devenu depuis 2018 le Centre de recherche, de formation et d’histoire sociale de l’UNSA Éducation et de ses syndicats. Le nom a changé, le cadre a évolué, mais les missions restent à l’identique : l’action quotidienne comme à plus long terme nécessitant des militants et des militantes capables de faire face aux nouveaux enjeux d’une période incertaine et complexe, il est indispensable de se former, de s’informer et de découvrir l’histoire commune de notre organisation afin de mieux appréhender le présent et l’avenir.


[1] Morgan Poggioli, « Le Centre confédéral d’éducation ouvrière : un mouvement d’éducation populaire dans les années 1930 » in Guy Brucy, Françoise F.Laot, Emmanuel de Lescure ( dir.) Mouvement ouvrier et formation. Genèses : de la fin du XIXe siècle à l’après Seconde Guerre mondiale, L’Harmattan, 2009, p.111-126.

[2] Jacques Julliard, Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action directe, Le Seuil, 1971.

[3] Sur l’histoire de la formation au sein des organisations syndicales, voir Benoît Kermoal, Faire de l’histoire à travers l’action syndicale ? Archives, mémoires, témoignages, transmissions : repenser les pratiques dans l’engagement syndical, RES, novembre 2025, en ligne https://ires.fr/publications/unsa/faire-de-lhistoire-a-travers-laction-syndicale-archives-memoires-temoignages-transmissions-repenser-les-pratiques-dans-lengagement-syndical/

[4] Voir notre précédent article sur la naissance de la MGEN et le rôle fondamental d’Henri Aigueperse https://centrehenriaigueperse.com/2024/09/27/henri-aigueperse-et-la-creation-de-la-mgen/


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