Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

Fleurs de mai

Blanches clochettes porte-bonheur ou révolutionnaire fleur rouge sang… si le 1er mai fête les travailleuses et les travailleurs, il est aussi lié aux fleurs. Et ce depuis fort longtemps.

Jean-Paul Coudeyrette sur le site Compilhistoire (http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/premiermai.html) indique que dès la Rome antique, cette période de l’année donne lieux à des fêtes l’honneur de Flora, déesse sabine des Fleurs et des Jardins et mère du Printemps. Et que l’apogée de ces agapes était atteinte le 1er mai. Ce nom même de mai, en latin « maius » « désignait le mois consacré à Maia, une des Pléiades, fille du titan Atlas et mère de Mercure, déesse romaine du Printemps et de la Croissance, dont le nom provient de la racine sanscrite « mah » (= croître, nourrir). »

Ovide (-43 à 17) évoque également l’instauration d’un culte, le 1er mai, à Rome, à la demande de la vestale Claudia, pour rendre hommage à Bona Dea (la Bonne Déesse). De même que plus tard, des moines au IIIe siècle font correspondre dans le Livre des Invasions de l’Irlande (Lebor Gabâla Erenn), qui raconte la préhistoire mythique de l’Irlande, le 1er mai avec la fête solaire celte de Beltaine, qui signifie feu du dieu Bel.

Renaissance et épanouissement de la nature, le début du mois de mai est ainsi traditionnellement célébré : grandes assemblées appelées « Champs de mai » chez les Francs, vertus curatives du « beurre de mai« , « Maiwein » vin aromatisé de la région d’Arlon en Belgique, « Nuit de Walpurgis » ou « Nuit des sorcières » pour la nuit du 30 avril au 1er mai « durant laquelle les sorcières mènent sabbat», « arbre de mai » en Allemagne…


Premier lien avec le monde du travail : au Moyen Age, pour de nombreuses corporations d’artisans, le 1er mai était l’une des grandes dates de démarrage des contrats d’apprentissage. Et il semble que ce premier jour mai était férié dans de nombreuses contrées.

Pour autant, lorsqu’il c’est agit de placer une fête des travailleurs ou du travail, de nombreuses autres dates ont tout d’abord étaient choisies : le 19 septembre puis le 20 janvier sous la révolution, le 4 mars en 1848 dans les colonies française en commémoration de la date de l’abolition de l’esclavage. C’est en fait la répression dans le sang de rassemblements organisés par les syndicats aux USA le 1er mai 1886 pour revendiquer la journée de 8 heures, qui décidera de consacrer cette journée aux travailleurs. Les ouvriers américains font encore grève les 1er mai 1887, 1888 et 1889.


Et pour revenir aux fleurs de mai… Le 1er mai 1890, les manifestants portent un petit triangle rouge symbolisant la journée idéale (les 3 x 8 : travail, sommeil, loisirs) ; triangle qui sera remplacé plus tard, par une églantine rouge symbole de la Révolution et fleur traditionnelle du Nord de la France Maurice Barrès (Cahiers, t. 11, 1917-18, p. 214) qualifiera ainsi les socialistes et les communistes « d’églantinards ».

On sait les blessés et les morts victimes des répressions des 1er mai suivants (1891 à Fourmies : 9 morts et une soixantaine de blessés ; 1894, près de Chicago, 2 morts ; 1906, à Paris,800 arrestations et beaucoup de blessés…


L’églantine est aussi le symbole de ce sang versé.

Mais dès le 1er mai 1907, apparaît également lors des rassemblements et manifestation, « le muguet de mai (Convallaria majalis), fleur traditionnelle de l’Ile de France, symbole du printemps et du renouveau.»

La vente du muguet se répand peu à peu dans les rues et surtout à partir de 1936 avec l’avènement des congés payés.

L’affiche ci-dessus de l’Humanité en 1936 montre d’ailleurs Marianne arborant un brin de muguet et recevant une églantine.. deux porte-bonheur : efficaces semble-t-il puisque le Front Populaire remporta l’élection et organisa une immense manifestation le 1er mai 1937.

Ainsi muguet et églantine, fleurs de mai, symbole de renouveau, furent réunis pour célébrer les travailleuses et les travailleurs dans leur revendication permanente pour l’émancipation, pour l’épanouissement, pour vivre décemment et pleinement.

Aujourd’hui, « le 1er mai est férié dans au moins 107 pays du monde, ce qui représente au moins 67% de la population mondiale. »


Le travail, c’est une belle invention, parce que tout le monde croit que c’est sacré. (Roger Fournier, Journal d’un jeune marié, 1967)

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