Le partenariat pour agir ensemble contre les inégalités éducatives

« Le partenariat serait-il un nouveau pilier de l’accompagnement du changement des pratiques éducatives ? » Cette interrogation (de Jehanne de Grasset) citée en conclusion du dernier dossier de veille de l’Ifé (n°134, avril 2020) situe bien le sujet du partenariat dans le cadre scolaire.

Mode née progressivement à partir des années 1970 et devenu un élément imposé et constitutif de tous les nouveaux dispositifs, le partenariat est omniprésent dans les politiques éducatives. Une imposition qui ne va pas de soi. Elle met en jeu, en effet, des cultures professionnelles différentes, auxquelles il est demandé de collaborer, de coopérer, de participer à des actions communes, voire de construire des projets partagés. Car qui dit projet, dit partenariat. Mais les partenaires sont multiples, et leur approches éducatives diverses.

Quelle est alors la place de l’École dans ces partenariat ?

Le dossier met en évidence que la forme scolaire a tendance à s’imposer, même en dehors du temps et des structures scolaires, comme cela peut être la cas dans des sorties (le dossier étudie les visites au musées) mais aussi dans les centres de loisirs (comme nous avons déjà pu le montrer dans une étude du Centre Henri Aigueperse : EtudeUnsa_ducation_loisir_et_ducation_des_enfants_2015).

Une autre des difficultés vient des lourdeurs de mises en œuvre d’une démarche partenariale : montage administratif, montage financier, choix des partenaires, temps de rencontre, d’échange, de construction, d’action…). Les personnels ne sont ni disponibles, ni formés pour mener de telles démarches.

Si le partenariat s’impose dans les instructions officielles ministérielles de l’Éducation nationale, c’est au niveau territoriale, le plus souvent, qu’il est appelé à se concrétiser. L’aménagement du temps scolaire en a mis en évidence toutes les limites, alors même que depuis 40 ans, les contractualisations visant à articuler temps, activités et acteurs scolaires et péri-scolaires dans des politiques éducatives de territoires ne cessent d’être promues. L’Éducation artistique et culturelle (à laquelle une récente étude du Centre Henri Aigueperse vient d’être consacrée : https://centrehenriaigueperse.com/2020/04/03/la-culture-est-elle-transmissible-leducation-artistique-et-culturelle/) mise pleinement sur l’action locale pour atteindre l’objectif de 100 % d’enfants et de jeunes concernés par une approche éducative de l’art et de la culture, dans un partenariat entre l’École, les collectivités locales, les structures culturelles, les mouvements d’éducation populaire, les artistes, les familles, les enfants… C’est également au niveau des territoires et dans la mobilisation de tous les acteurs dans et hors l’école que c’est construite la lutte contre le décrochage scolaire.

Et si ce type de démarche, portée par les projets et par les partenariat, permettait d’interroger et de reconstruire une nouvelle forme scolaire, comme le suggère François Baluteau : « le partenariat constitue alors une configuration où l’enseignement s’émancipe de la forme scolaire traditionnelle » ?

La réalité en est encore très éloignée. Mais ce Dossier de veille montre que « même si la pression institutionnelle à faire des partenariats est contraignante et même si les difficultés à les construire et les assurer sur la durée sont bien présentes, les enseignant.e.s et les personnels de direction continuent de fait à se mobiliser dans ce type de projet ». Pourquoi ? Tout d’abord parce « l’ouverture de l’école semble avoir un effet sur les apprentissages sociaux et « le rapport que les élèves entretiennent avec les savoirs », même si les effets de cette ouverture sur les apprentissages savants ne sont pas garantis (Mérini, 2001) ». Ensuite, parce que « les partenariats constituent par ailleurs une sorte de sas de décompression pour les acteurs et actrices de l’école, qui travaillent ainsi le lien difficile à assurer dans le quotidien de la classe, entre «l’expression de la singularité des élèves et le collectif de la classe » (Barrère, 2019). Beaucoup de travaux sur la rigidité de la forme scolaire et les difficultés à inventer de nouveaux modes de collaboration ou d’interdisciplinarité en dehors des heures disciplinaires confirment le besoin pour certain.e.s enseignant.e.s de rechercher des ressources professionnelles en dehors de l’établissement ».

Aussi, au-delà de l’injonction à “faire du partenariat”, il s’agit bien de construire le sens de ce partenariat. Celui-ci est de « partager un projet éducatif au service de la réduction des inégalités éducatives […], qui mobilise tant le droit commun que les actions. » (Berthet & Kus, 2014) ». Un enjeu éducatif essentiel dont le partenariat pourrait être une des clés de réussite.

Retrouver le dossier de l’IFé ici : http://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/DA-Veille/134-avril-2020.pdf

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