Quelle évaluation pour le système éducatif ?

Un peu en décalage dans sa mise à jour, le site du ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse consacre une page à ce qu’il nomme « l’évaluation globale du système éducatif », affirmant que « le ministère de l’éducation nationale mène une politique cohérente d’évaluation au niveau national, seul ou avec des organismes spécialisés. L’objectif est d’insuffler, au sein du système éducatif, une culture de l’évaluation fondée sur la recherche de la performance ».

Cette évaluation globale est envisagée dans une sextuple dimension :

– l’évaluation des enseignements

– l’évaluation des politiques éducatives

– l’évaluation de la gestion

– les évaluations nationales des élèves

– l’évaluation du système scolaire

– les comparaisons internationales

Concernant l’évaluation du système scolaire, il est fait référence au Conseil d’évaluation de l’École, prévu à l’article 40 de la loi pour une École de la confiance et « dont l’objectif est de devenir un instrument efficace et reconnu d’évaluation du système scolaire français. Ses deux missions principales sont deux nouveautés dans le paysage de l’évaluation pourtant très dense de l’éducation nationale : la mise en cohérence de toutes les évaluations de l’enseignement scolaire et la mise en place de l’évaluation des établissements scolaires à l’échelle nationale ». L’installation de ce conseil, annoncée pour le dernier trimestre 2019, a finalement était réalisée le mardi 30 juin 2020. Si ce conseil « placé auprès du ministre chargé de l’éducation nationale, est chargé d’évaluer en toute indépendance l’organisation et les résultats de l’enseignement scolaire« , il a plus précisément une double tâche :

– « définir le cadre et les outils de l’évaluation des établissements scolaires, en prévoyant le double regard de l’auto-évaluation et de l’évaluation externe ;

– veiller à la cohérence des diverses évaluations des acquis des élèves, des établissements et du système éducatif, d’en analyser les résultats et de produire des synthèses, avis et recommandations les concernant ».

Présidé par la rectrice Béatrice Gille, le conseil est composé des représentant du ministère (Dgesco, Inspection générale et Depp), des expert.e.s Eric Charbonner et Anna Cristina d’Assio désigné.e.s par l’assemblée nationale, l’ancienne rectrice Martine Daoust et le géographe Jacques Lévy proposé.e.s par le Sénat, des députés LREM Sylvie Charrière et LR Maxime Minot, de la sénatrice Mireille Jouve (RDSE) et du sénateur Laurent Lafon (UDI), ainsi que Olivier Houdé et l’informaticienne Marie Paule Cani, nommé.e par l’Institut de France. Une composition (4 élu;e.s, 4 représentant.e.s du ministère dont la présidente) et 6 chercheur.e.s qui devra faire la preuve de son indépendance ainsi que de la pertinence d’une telle nouvelle structure, en remplacement du précédent CNESCO. Celui-ci est d’ailleurs totalement passé sous silence dans la page « évaluation » du ministère alors que sa nouvelle forme rattachée au CNAM lui permet de continuer ses travaux et que nombre d’entre ceux réalisés précédemment restent largement d’actualité.

Autre étonnement, alors que le ministère est celui de l’éducation et de la jeunesse et que l’évaluation du système éducatif est revendiquée comme globale , la dimension éducation populaire, éducation hors l’école est totalement exclue pour ne se recentrer que sur « les performances » des élèves et des établissements. Une approche limitée et partielle, pour ne pas dire partiale…

En attendant de pouvoir juger les premiers travaux de ce nouveau conseil, le revue {R] donne la parole dans son numéro 6 de juin 2020 à Nathalie Mons, professeure au CNAM, titulaire de la chaire Évaluation des politiques publiques d’éducation.

L’évaluation en questions, Nathalie MONS, extrait :

« […] Contrairement à ce qui est souvent affirmé, l’évaluation des dispositifs et politiques scolaires est acceptée et perçue comme nécessaire par les acteurs du système scolaire mais elle doit répondre à certaines conditions. Elle doit tout d’abord être légitimée par son indépendance et ses qualités scientifiques. Elle doit se développer dans le cadre de processus d’aide à la décision, ce qui nécessite une politique d’usage institutionnalisé des résultats des évaluations, fondée sur des collectifs ; l’évaluation doit aussi être développée en adéquation avec l’action publique éducative, désormais interministérielle et impliquant des acteurs multiples : État, collectivités territoriales, associations d’éducation populaire, organisations internationales particulièrement influentes, etc. ; l’évaluation du système scolaire ne peut plus être pensée exclusivement dans le cadre de l’Éducation nationale ; l’évaluation doit être élargie dans ses objets ; aux côtés de l’étude des acquis des élèves et du fonctionnement de l’organisation scolaire, les dimensions non scolaires de l’école (qualité de vie à l’école, motivation des élèves, santé des élèves, etc.) ainsi que ses effets sociaux (sur l’intégration professionnelle, sur la vie citoyenne, etc.) doivent aussi être analysés. […] ».

La totalité de l’entretien est a retrouvé dans le numéro 6 de la revue [R].

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :