Étudier l’espace scolaire pour mieux comprendre le système éducatif

Alors que le Centre Henri Aigueperse est en cours de finalisation de son étude sur « Éducation et territoire(s) », le dernier dossier de veille de l’IFé est consacré « aux espaces scolaires » (et moins à l’écoute des élèves comme le titre du dossier pourrait le laisser croire « Écouter les élèves dans les différents espaces scolaires », n°136, décembre 2020).

En le définissant comme « l’ensemble des lieux dédiés aux différentes formes d’apprentissage des savoirs et de socialisation de celles et ceux qui les fréquentent » (Mazalto & Paltrinieri, 2013), l’espace scolaire n’est pas réduit à la seule salle de classe. Il s’agit « de prendre en considération également les couloirs, la cour de récréation, le hall, la médiathèque, le restaurant ou encore les espaces extérieurs, végétalisés ou non, qui entourent le bâtiment de l’école ». Au-delà de cette approche géographique, l’espace scolaire est également un espace social « utilisé pour décrire les liens entre les établissements et leur environnement, ou pour étudier la ségrégation spatiale entre établissements dans un même espace de concurrence, par la mise en évidence d’une « hiérarchisation des espaces scolaires » et une distinction entre espaces scolaires et espaces urbains (Broccolichi & Mathey-Pierre, 2010) » et un espace symbolique. Ainsi si la classe est considérée comme le lieu d’apprentissage et le « domaine réservé » des professeur.e.s, les « espaces hors la classe » et les personnels qui les occupent, sont bien moins au centre de l’attention. « Il s’agit ici d’un glissement entre les espaces sociaux physiques et les espaces symboliques ».

Pour autant, l’étude des espaces scolaires met en évidence la conception même de l’enseignement développée au sein de chaque système scolaire. Ainsi la présence centrale des connaissances et de leur transmission réalisée par les professeurs est matérialisée en France par l’organisation de la salle de classe, « domaine du savoir est traditionnellement centré sur l’enseignant·e, son tableau et son bureau, dont l’estrade était autrefois un symbole de pouvoir : « l’enseignant est identifié au savoir, il est le savoir et, au sens propre, il est le lieu du savoir » (Clerc, 2020). L’impression que les élèves entrent dans le territoire de l’enseignant·e en pénétrant en classe est renforcée par le fait que les élèves n’ont souvent pas de salle attitrée, et ce sont bien eux et elles qui circulent dans les couloirs pour se rendre d’une salle à l’autre » (CNESCO, 2017).

Or, la notion de « vie scolaire », la qualité du climat scolaire, la construction des relations sociales se développent largement dans les autres espaces des établissements scolaires souvent placés sous la surveillance des « pion.ne.s » identifié.e.s davantage à la discipline qu’à l’éducation. Ainsi « s’inscrivant également dans une démarche de contrôle et de maintien dans la scolarité, la vie scolaire se définit désormais comme “le cadre normatif et les évènements spécifiques à la vie collective en milieu scolaire” (Fabères, 2017) ». Se pose alors la question des lieux d’expression, de citoyenneté, de participation, de liberté des élèves afin qu’ils soient eux aussi des acteurs de cette « vie scolaire« .

L’analyse des espaces scolaires permet ainsi de mieux comprendre l’institution scolaire. Par exemple, « la volonté récente pour l’enseignement secondaire d’une ouverture de l’espace scolaire sur l’environnement est traduite de manière physique dans l’aménagement des bâtiments scolaires, pour tendre vers une école davantage inclusive, innovante et en même temps plus sure » . Cinq critères de construction, rénovation et ré-habilitation des établissements scolaires ont été identifiés (CNESCO, 2017) :

− « école au bâti moderne et modulable pour s’adapter à des usages multiples (pédagogiques, sociaux…) ;

école “sécurisée” ;

école accessible aux personnes à mobilité réduite ;

école connectée et numérique ;

école associant des acteurs divers et ouverte sur son implantation ».

La prise en compte des difficultés scolaires se jouent également dans une mobilisation plus grande de l’ensemble des personnels ainsi que dans un rapport renouvelé entre le scolaire et le hors scolaire : « alors que le discours public localise l’essentiel des problématiques scolaires au niveau des familles et du quartier (l’institution ayant surtout la charge de détecter les problèmes et d’inventer des formes de remédiation), l’enquête sociologique met au jour la manière dont les espaces scolaires, notamment à travers le mode de classement et de gestion pratique des indésirables qui s’y redéfinit, contribuent à construire des difficultés cognitives et comportementales, mobilisent et encouragent des dispositions contradictoires par rapport à la forme scolaire. » (Douat, 2016)

Bien que difficile à définir de manière univoque, l’étude des « espaces scolaires » ou des « territoires éducatifs » offre la possibilité d’une approche renouvelée sur l’institution scolaire, ses missions,la place des élèves et de mieux les penser dans leur globalité, leurs relations, leurs interactions.

Dossier de veille de l’IFÉ • n° 136 • Décembre 2020 Écouter les élèves dans les différents espaces scolaires, à retrouver ici : http://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/DA-Veille/136-decembre-2020.pdf

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