Un mal-être des personnels de l’Éducation qui s’installe

L’UNSA Éducation conduit depuis 2013 un baromètre auprès des personnels de l’éducation. Le Centre Henri Aigueperse se penche sur l’étude longitudinale découlant de ces baromètres en interrogeant les enseignements que les 8 années d’enquête nous apportent. Dans cet article, nous nous intéresserons plus particulièrement à la question du mal-être des personnels de l’éducation : nous avons pu mesurer à quel point ils et elles aiment leur métier mais souffrent de la dégradation de leurs conditions de travail et du manque de reconnaissance.

Un métier vocation, mais de moins en moins recommandé

De 2013 à 2020, toutes professions confondues, 93% des personnels de l’éducation aiment leur métier. Si cette proportion est en léger recul en 2020 par rapport à 2013, passant de 94% à 91%, c’est l’amour du métier qui domine. Les plus passionnés sont les ITRF (96% aiment leur métier en 2020), les infirmières (95%) et les directeurs d’école (94%). C’est l’aspect humain du métier, via les relations avec les collègues, les élèves, les parents ainsi que le fait d’exercer un métier utile qui émergent en priorité parmi les éléments de satisfaction de la profession.

Malgré cet amour du métier, une majorité des personnels ne se sent pas reconnue : 44% se sentaient reconnu·es en 2013 et seulement 32% en 2020. Les enseignants du secondaire sont ceux qui se sentent le moins reconnus (24% en 2020), ainsi que les directeurs d’école (31%) et les enseignants-chercheurs (35%). Les personnels de direction ont connu la plus forte dégradation de reconnaissance entre 2013 et 2020 : – 25 points, passant de 75% à 50%. Comment expliquer ce manque de reconnaissance ? Les répondants l’associent à une vision dégradée du métier dans la société, mais aussi à un manque de considération de la part de l’administration.

L’amour du métier ne suffit pas à compenser ses aspects négatifs . À la question « recommanderiez-vous votre métier à un jeune de votre entourage ? », les personnels de l’éducation répondent de moins en moins positivement. 41% le recommandaient en 2013 contre 22% en 2020. Ce sont les enseignants qui le recommanderaient le moins (15%) et les personnels de direction chez qui la dégradation, comme pour la reconnaissance du métier, s’est le plus dégradée (-30 points entre 2013 et 2020).

Tiraillé·es entre leur amour du métier et le manque de reconnaissance, les personnels de l’éducation souffrent de plus en plus. Un faisceau d’indicateurs nous permettent de mesurer ce mal-être : la dégradation des conditions de travail, la perte de sens des missions et l’importance grandissante de la santé au travail.

Mise en œuvre des réforme et dégradation des conditions de travail

Les conditions de travail se dégradent nettement entre 2013 et 2020. En 2013, 42% des personnels étaient satisfaits de leurs conditions de travail, contre 34% en 2013 et 29% en 2020. Ce résultat global, incluant l’ensemble des professions, peut masquer des évolutions différenciées suivant les métiers et les réformes les concernant sur la période. Si la perception des conditions de travail est par exemple globalement stable pour les administratifs et les ITRF, elle se dégrade fortement pour les personnels de direction ainsi que pour les infirmières dès 2017 et pour les enseignants du primaire, secondaire et les enseignants-chercheurs plus nettement en 2019. On constate donc que si la dégradation est presque générale entre 2013 et 2020, l’année de décrochage peut varier suivant le métier et peut-être selon les réformes qui l’ont touché : réforme du lycée, loi recherche (antérieurement loi de programmation pluriannuelle de la recherche), décret modifiant les missions des infirmières, travaux sur le statut des directeurs d’école par exemple.

La dégradation des conditions de travail s’est accompagnée d’une perte de sens progressive des missions. 82% des personnels de l’éducation disaient en 2013 trouver un sens à leurs missions, ils et elles sont 68% en 2020. La perte de sens des missions est parfois couplée à une moindre adhésion avec les choix politiques faits dans le secteur : c’est le cas des personnels de direction, des infirmières et des enseignants du primaire, secondaire et enseignants-chercheurs. Surcharge de travail, manque de clarté des missions, manque de reconnaissance de l’administration, moins grande implication dans le pilotage local, moins grande prise en compte de l’avis des personnels de l’éducation, autant d’éléments qui entraînent un mal-être durable.

La santé, priorité nouvelle, en particulier des jeunes et des femmes

Les personnels de l’éducation souhaiteraient que trois champs soient améliorés en priorité : le pouvoir d’achat, les perspectives de carrière et la charge de travail. La charge de travail est un axe qui gagne en importance entre 2013 et 2020 (passant de 42% à 48%), ainsi que la santé au travail. Cette dernière dimension a connu une rupture en 2018. C’est à partir de cette date qu’elle est significativement davantage citée comme priorité d’amélioration du métier, passant d’environ 13% qui la citent comme prioritaire en 2013 à 17% en 2018, 18% en 2019 puis 20% en 2020. La santé au travail est citée comme primordiale en particulier par les infirmières, les directeurs d’école et les enseignants du 2nd degré-cpe-psyen.

Les questions de santé sont citées spontanément par les personnels interrogés sous différents angles : «  il n’y a aucune reconnaissance du handicap et des problèmes de santé », «  absence de prise en compte des problèmes de santé provoqués par de mauvaises conditions de travail », « la médecine du travail est inexistante », « aucune politique de prévention ». En 2020, des questions spécifiques concernant la santé au travail ont été ajoutées aux questions récurrentes annuelles du baromètre. 91% des répondants ont souligné que les problématiques de santé n’étaient pas assez prises en compte dans leur ministère. Les trois vecteurs de souffrance cités sont : le manque de reconnaissance professionnel (68%), la surcharge de travail (57%) et la perte de sens des missions (46%). Cela fait écho à l’enchaînement des réformes, au manque d’implication des personnels dans la mise en œuvre de celles-ci et au manque de clarté des missions évoqués dans le paragraphe précédent.

Les analyses par âge et par genre de 2013 à 2020 sont aussi très instructives. Les moins de 35 ans et les femmes sont très enthousiastes vis-à-vis de leur métier mais souffrent davantage de leurs conditions de travail. Ils et elles réclament une plus grande prise en compte de la santé au travail et de l’aménagement du lieu de travail. La charge de travail, la formation et le temps de concertation sont également des éléments à améliorer en priorité pour les femmes qui ont participé au Baromètre. Des attentes différentes donc suivant la population que l’on observe.

L’étude des résultats de ces 8 années de baromètre des métiers de l’Éducation traduisent le mal-être grandissant des professionnels de l’Éducation, en mal de reconnaissance et d’avenir, qui aiment leur métiers mais y trouvent progressivement moins de sens et des conditions d’exercice de plus en plus difficiles, les conduisant à moins vouloir le conseiller à un jeune de leur entourage. Ces enseignements à la fois transversaux mais aussi adaptés à chaque métier peuvent aider à bâtir des revendications pour améliorer profondément le quotidien des personnels de l’éducation en termes d’accompagnement, de formation, d’organisation du temps collectif et de santé au travail.

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[L’ensemble de l’étude longitudinale du Baromètre des métiers de l’Éducation, menée par le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation, sera publiée en septembre prochain et disponible sur notre site.]

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