Des jeunes moins citoyen.nes ou une démocratie à revivifier ?

Elles et ils ne sont pas allé.e.s voter. Les jeunes sont les champions de l’abstention avec des recours battus pour les élections régionales et départementales (seuls 13% des 18 à 24 ans et 17% des 25 à 34 ans ont voté au premier tour et 79 % des moins de 35 ans -soit 16 points de plus que la moyenne nationale- se sont abstenus au second tour.

Cette abstention des jeunes est en hausse constante. Ainsi, la participation des jeunes de 18-24 ans était de 32,4 % en 2002, puis de 31,3 % en 2007, 25,9 % en 2012 et 18 % en 2017. Chez les 25-29 ans, elle est passée de 30 % en 2002 à 16,7 % en 2017. Si 6 jeunes sur 10 pratiquent le « vote intermittent », c’est-à-dire qu’ils alternent participation aux scrutins et abstention, 20 % des 18-24 ans et 24 % des 25-29 ans s’abstiennent en permanence.

Pas intéressé.e.s, autre chose à faire, résultats déjà joué, manques d’informations sur les compétences des collectivités territoriales… les excuses avancées sont nombreuses mais elles traduisent surtout un désenchantement face à l’élection et donc à la démocratie représentative.

En effet comme le constatent Laurent Lardeux et Vincent Tiberj dans une études pour l’INJEP au niveau européen (« La démocratie à l’épreuve de la jeunesse », mars 2021), « les évolutions observées ne témoignent alors pas seulement d’une défiance vis-à-vis des institutions démocratiques considérées par les nouvelles générations comme inadaptées pour réduire les inégalités et prévenir les risques de dégradation des conditions de vie. Elles rendent également compte des aspirations nouvelles des jeunes vers plus d’horizontalité et de justice globale », comme l’illustre le tableau ci-dessous :

Cette « érosion démocratique » peut certainement être nuancée, comme le rapporte Eugénie Dostie-Goulet dans un article de 2011 ( « Jeunesse et démocratie – État des lieux », Éthique publique [En ligne], vol. 13, n° 2)  par « le fait que la participation des jeunes soit trop souvent entendue, justement, comme une participation électorale, et qu’on néglige les autres aspects de l’engagement des jeunes, tout aussi importants, quoiqu’à une autre échelle. Ainsi, à la suite des conclusions sur le déclin de la participation électorale, plusieurs auteurs ont critiqué la tendance de la science politique à voir la participation principalement sous l’angle du vote, ce qui sous-estimerait la participation « réelle » d’une partie de la population, particulièrement des jeunes ».

L’étude de l’INJEP ne dit pas autre chose lorsqu’elle met en avant que « le désenchantement politique observé au niveau de la participation institutionnelle peut toutefois étroitement s’articuler avec un réenchantement démocratique par un investissement plus important des jeunes citoyens et – de manière certes plus modérée – des générations actives, dans des modalités de participation hors des institutions poli-tiques traditionnelles. S’ils se déclarent désinvestis de l’engagement partisan, ils jouent toutefois un rôle de catalyseur dans d’autres arènes démocratiques pour défendre des causes ou intervenir dans le débat public ».

On pourrait alors opérer, comme le proposait Russell Dalton (2007), une distinction entre  le citoyen orienté sur le devoir à accomplir (Citizen Duty), qui préfère détenir un faible rôle participatif mais voter, et le citoyen engagé, plus actif, notamment lorsqu’il s’agit de confronter directement l’action des élites  et qui s’implique plutôt dans des activités non conventionnelles comme les manifestations ou le boycottage. « Selon Dalton, les jeunes seraient plus souvent des citoyens engagés que des citoyens portés sur le devoir, ce qui l’incite à conclure que la plus jeune génération d’électeurs est plus active dans la participation directe que dans les activités électorales traditionnelles ».

Trois différentes modalités de participation (et de non-participation) peuvent aussi être proposées : « les « protestataires » qui ne votent qu’épisodiquement, mais ont déjà protesté (pétition, manifestation, boycott, grève illégale) ; les « électeurs » qui désignent les citoyens qui votent systématiquement, mais s’abstiennent de protester ; les « polyparticipants » qui votent systématiquement et ont déjà protesté ; les «non-participants» qui ne votent pas systématiquement et n’ont jamais protesté ».

La lecture du graphique ci-contre montre que, chez les plus jeunes, nés en 1991 et après, la protestation constitue la modalité de participation et d’expression politique la plus couramment pratiquée alors qu’à l’inverse, les générations les plus âgées, plus en retrait sur des formes de participation alternative, restent très attachées au vote et à la participation électorale.

Pour autant, l’analyse ne peut s’arrêter à ces constats. Deux, au moins, doivent être ajoutés.

Tout d’abord, constater avec l’étude européenne de l’INJEP que c’est davantage avec les générations les plus âgées que le rupture est davantage réelle. Jeunes et générations «intermédiaires», donnent « ainsi à voir une généralisation progressive des modalités de participation alternatives des attitudes politiques et un progressif remplacement générationnel avec le déclin des purs électeurs ». Pour les auteurs « ce renouvellement des formes de participation et des modes d’action, moins institutionnels et plus protestataires, va progressivement «donner le ton» de la politique française ».

Par ailleurs, comme le remarque Eugénie Dostie-Goulet « la prise en compte de la participation non électorale ne résout pas le problème de la représentation des jeunes dans les institutions politiques, d’autant plus qu’il appert de plus en plus que les jeunes ne choisissent pas l’un ou l’autre des types de participation, mais qu’ils sont plus susceptibles de faire l’un lorsqu’ils font déjà l’autre ». Et elle constate « que les deux types de participation ont deux importants points en commun : l’éducation et l’intérêt pour la politique ».

Il est donc vraisemblable que ce soit sur ces deux leviers que le renouveau démocratique puisse se réaliser :

– le développement d’une éducation « politique », qui permettent à la fois la connaissance des mécanismes démocratiques, des enjeux électoraux, des clivages partisans et de leurs histoires, mais aussi la participation à d’autres formes d’engagements ponctuels (manifestations, pétitions, …) ou durables (associatifs, syndicaux…)

– la reconstruction d’un intérêt politique qui passe par des formes de participation, de proximité, de renouvellement des femmes et des hommes politiques, d’évaluation des politiques menées, de limitation des mandats électifs.., d’une revivification démocratique donc.

Un commentaire sur “Des jeunes moins citoyen.nes ou une démocratie à revivifier ?

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  1. Un autre facteur qui n est pas du tout pris en compte : environ 1/3 des jeunes 18-30ans sont mobiles ( pour leurs études, début de carrière, etc) et qui dit mobilité interegionale voir internationale dit qu il est aussi plus compliqué de voter (surtout s il le bureau de vote est rattaché au domicile parental) ou pour faire les changements de bureau de vote ( assez pénible quand vous changez de logements tout les deux ans). De plus, ces jeunes ne se sentent pas légitime pour voter dans la région de leur parents où ils ne vivent plus.

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