Pour repenser le collège

Un récent rapport du Conseil de l’enfance et de l’adolescence (adopté en mai 2021 et qui vient d’être diffusé) est consacré à « La traversée adolescente des années collège« . S’il s’attache à une étude large de la situation des adolescent.e.s, il consacre une partie dédiée aux conditions de vie des jeunes au collège. Et le constat est critique. Le rapport est critique. Le rapport note en effet :

« Entre l’école qui éveille à la vie en société et le lycée qui façonne l’avenir, le collège est le lieu de l’éclosion adolescente et de l’appréhension souvent aiguë de la compétition et de la confiance en soi. Au collège, la construction du sens de la vie individuelle rencontre la fragilité d’une institution elle-même chargée d’une mission éducative qui ne cesse d’être lestée. Ceci sans que les outils, pour l’aborder dans toutes ses dimensions, ne soient vraiment donnés : le corps enseignant, qui fut jadis bivalent, entre primaire et secondaire, est devenu commun avec celui du lycée ; la formation ne prépare guère à une pédagogie qui intègre les transformations propres à cette tranche d’âge et le poids accordé au groupe […] Et comme l’école est nécessairement poreuse aux représentations sociales, le collège peine à révéler et traduire en « orientation positive » pour tous, la variété des possibles qui s’offrent aux jeunes, quels que soient leurs appétences et leurs talents. Dans tous les sens du terme, et malgré de nombreuses évolutions, le collège reste l’espace-temps du passage et de l’apprentissage des espoirs et des limites de la liberté ».

Depuis plusieurs années, pour des raisons d’apprentissage et de lutte contre l’échec scolaire, la priorité des politiques d’éducation a été consacrée au primaire. C’est pourtant le collège qui cumule aujourd’hui à la fois de grandes difficultés et des enjeux essentiels. Certes, « le bien-être des 11-15 ans est plutôt vécu comme positif par eux-mêmes, mais il se dégrade entre 11 et 15 ans, et surtout pour les filles. Les adultes qui interagissent avec les adolescents se doivent d’être conscients de cette dégradation et interroger la manière de la réduire chacun à son niveau. Cette attention redouble vis-à-vis des élèves qui se trouvent momentanément ou de façon plus durable, en difficulté ».

Attentif à la période particulière que vivent les adolescent.e.s et à leurs besoins, le rapport met en évidence « un enjeu global d’ouverture du collège : capacité à accueillir et à valoriser toutes les formes de savoir, et toutes les habiletés, sans renoncer à mettre en œuvre le socle de connaissances, capacité à accueillir l’erreur, le tâtonnement, l’expérimentation, et à valoriser la curiosité et la persévérance, capacité à recevoir dans ses murs d’autres activités, en dehors des heures de cours et capacité enfin à encourager la participation des élèves aux décisions qui les concernent ». Pour cela, le Conseil de l’enfance et de l’adolescence recommande à la fois de repenser une « école plus juste et ouverte sur le monde » (en encourageant et valorisant la solidarité, l’engagement et la réussite collective et en favorisant l’expression de solutions collectivement construites ; en aménageant des temps de parole permettant d’aider les élèves à acquérir les comportements adaptés pour permettre l’expression posée de chacun, la possibilité d’exprimer le désaccord et les émotions et, le cas échéant, l’émergence de solutions ou de mobilisation collective ; en soutenant et facilitant les initiatives d’expression et de participation des adolescents aux décisions concernant le bien-être au collège ; en valorisant leurs engagements dans des activités fondées sur les valeurs d’intérêt général, des projets collectifs artistiques, scientifiques, inclusifs, y compris sur un plan associatif, ONG, politiques de proximité) et de « réinvestir des itinéraires de développement professionnel des personnels dans les différents métiers de l’éducation du collège » afin de penser un espace-temps scolaire où l’élève est davantage responsabilisé dans la construction de la confiance en soi et de l’épanouissement personnel et collectif, afin d’être « en meilleure capacité de relever le défi de l’autonomie face aux apprentissages, et aux tâches du « métier d’élève » » et « d’élargir la compréhension de l’éclosion de la personnalité des adolescents dans leur environnement et au sein d’un groupe », mais aussi de pouvoir « réévaluer les modes de transmission pédagogique, et équilibrer ainsi la pression des enseignements disciplinaires » et « joindre une position d’éducation et une position d’accompagnement des préadolescents dans ce passage si particulier et qui coïncide avec les années collège ».

Un vaste chantier entièrement à mener après un quinquennat qui a commencé par la suppression de la réforme du collège.

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La rapport du Conseil de l’enfance et de l’adolescence peut être consulté ici : La traversée adolescente des années collège | France Stratégie (strategie.gouv.fr)

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