L’éducation à la citoyenneté manque de force et d’articulation

Si l’École reste le creuset de la formation à la citoyenneté, un récent rapport de la Cour des Comptes met en évidence que « cette initiation essentielle manque de force ». Ainsi, « l’ancienne instruction civique, introduite en 1882 a été profondément refondue pour épouser les évolutions du corps social ; dans l’approche d’aujourd’hui, l’acquisition de compétences élargies et l’apprentissage par des pédagogies actives sont centrales. C’est le sens du « parcours citoyen » qui se déploie, depuis 2015, de la maternelle à la terminale. Il comporte des enseignements, en particulier l’enseignement moral et civique dispensé sous cette appellation tant dans le primaire que dans le secondaire, et des apprentissages plus diffus, souvent pluridisciplinaires et axés sur des pédagogies actives ».

Pour autant, selon le rapport, cet apprentissage est « bridé par de nombreux freins »  liés à la fois à l’organisation scolaire (« monodisciplinarité des professeurs, contrainte des programmes, faible poids de l’enseignement moral et civique (EMC) dans les emplois du temps, absence d’horaire et de programme pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI), dispositif d’évaluation très incomplet, manque de considération de la part des inspecteurs et d’une partie des personnels d’encadrement et de direction ») ainsi qu’à « l’insuffisante formation initiale et continue des enseignants sur ces sujets et de l’organisation inadaptée des échelons académiques et départementaux pour les soutenir ».

L’enquête de terrain de la Cour a constater « ici ou là des réalisations exemplaires, organisées et mises en œuvre par des équipes d’enseignants et de personnels non enseignants actifs et motivés ». Réalisations trop rares révélatrices des « difficultés à faire cheminer les élèves d’aujourd’hui dans le parcours citoyen ».

De même, il apparaît dans les observations de la Cour des Comptes qu’en dehors de l’École, l’éducation à la citoyenneté organisée par l’État est caractérisée par « une offre éparpillée de dispositifs d’engagement [qui] n’attire qu’une fraction des jeunes » ( journée défense et citoyenneté, service militaire adapté propre à l’outre-mer, service civique, projet de service national universel…) Et « alors que les structures traditionnelles (partis, syndicats) ne les [les jeunes] attirent plus, les nouvelles formules d’engagement ne semblent répondre qu’imparfaitement à leurs aspirations ». Or « l’action de l’État dans le domaine de la formation à la citoyenneté est relayée et prolongée par celle de nombreux partenaires. Le monde associatif, et singulièrement le secteur de l’éducation populaire, participe de longue date à la formation à la citoyenneté. Il travaille en concertation avec les collectivités territoriales, qui sont également très actives, qu’elles interviennent en appui à la formation scolaire ou par des initiatives spécifiques ». C’est donc, au total et sans pouvoir le quantifier précisément, « un foisonnement d’actions en faveur de la citoyenneté, tantôt coordonnées (principalement dans la sphère scolaire), tantôt désordonnées ». Aussi la Cour plaide pour « une véritable politique de formation à la citoyenneté [qui] reste à construire en reliant les périodes de formation et d’engagement ainsi qu’en organisant un pilotage ouvert et documenté ». Il s’agit également de se doter d’une documentation solide qui permettra d’élaborer des outils de pilotage et de « désigner au sein de l’État un pilote qui puisse mettre en œuvre une politique publique co-construite avec les différents partenaires, notamment les collectivités territoriales et les associations d’éducation populaire ».

En conclusion, la rapport de la Cour des Compte regrette que la politique d’éducation à la citoyenneté « souffre d’un empilement de ses dispositifs, d’une mobilisation insuffisante des principaux acteurs appelés à la mettre en œuvre, de difficultés pour toucher certains publics ayant de réels besoins mais demeurant difficilement accessibles, d’un manque de ciblage des objectifs évaluables à atteindre et d’une absence de chiffrage de certains dispositifs » et «estime que l’efficience de l’éducation à la citoyenneté serait mieux assurée :

– si l’articulation entre les dispositifs qui la composent était fluidifiée ;

– si l’investissement des différents partenaires était coordonné et renforcé ;

– si des objectifs vérifiables en termes de publics cibles et de résultats à atteindre étaient donnés à l’organisation d’ensemble ;

– si, enfin, l’ensemble des coûts que son déploiement implique était connu ».

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Le rapport de la Cour des Compte peut être consulté ici : La formation à la citoyenneté | Cour des comptes (ccomptes.fr)

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