Le travail culturel de l’éducation populaire pour redynamiser la démocratie

Mettant en garde contre « une fatigue démocratique grandissante et dangereuse », le sociologue belge Luc Carton annonce la fin « d’une démocratie confinée dans les seules élections » rappelant que « pour déléguer sa responsabilité politique de citoyenne et de citoyen en toute confiance, il faut s’appuyer sur une vision partagée du monde entre électrices, électeurs et élu.e.s ». Or pour lui, « ce lien entre les deux faces de la représentation n’est plus disponible.  D’où notamment l’affaissement des partis politiques, leur fragmentation, leur atomisation, leur impuissance culturelle. D’où une difficulté comparable des grandes organisations sociales, syndicales ou mutualistes, de renouveler la légitimité du lien de représentation sociale, faute d’un travail culturel de grande intensité ».

Pour autant, il existe selon le chercheur « un immense désir de démocratie » qui n’est pas celui de déléguer à quelques-un.e.s, mais celui de d’« une démocratie à faire, à habiter du proche au lointain, un monde à se représenter en profondeur, largeur et longueur et couleurs, d’innombrables contradictions à analyser, délibérer et arbitrer, du commun à instituer ».

Lors des rencontres nationales de l’éducation populaire qui se sont déroulées à Poitiers du 17 au 19 mars 2022, Luc Carton a donc invité à « assumer la fin des hiérarchies [et] inaugurer l’égalité en actes ». Comme il l’a rappelé, puisqu’il avait été alors sollicité par Marie-George Buffet pour participer à la refondation de l’Éducation populaire fin des années 90, celle-ci « fut mise en frigo, jusqu’à ce jour » faute d’avoir « pris la mesure des menaces qui pèsent, de l’intérieur, sur la vitalité démocratique, ni sur son effectivité publique et politique ». Mais comme il le revendiquait déjà à l’époque, il s’agit aujourd’hui d’« un immense travail “culturel” pour élaborer, échanger et confronter nos représentations du monde est à entreprendre et démultiplier, dans toutes les circonstances de la vie sociale : dans les associations, dans les syndicats et mutuelles, dans l’économie plurielle, sociale et solidaire, dans les fonctions collectives et services publics, dans l’espace public même, spatial et immatériel ». Parce que « le cœur du conflit central aujourd’hui est de nature culturelle », cette éducation populaire (renouvelée) doit s’emparer « des droits humains, indivisibles dans leur principe et interdépendants dans leur mise en œuvre, et, en particulier, des droits culturels et des dimensions culturelles des droits humains ».

Ainsi, il s’agit pour Luc Carton approfondir et de redynamiser « l’expérience démocratique », de réinventer ses formes et ses forces, d’en proposer un « exercice continu par chacun, seul.e et en commun, en l’investissant massivement de culture, de travail sensible et intelligible : une démocratie culturelle comme régime général de la démocratie, bien au-delà d’une orientation des politiques culturelles ».

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La totalité de l’intervention de Luc Carton et les références bibliographique auxquelles il fait référence peuvent être consultées sur  : https://www.rencontres-education-populaire.fr/tribune-de-luc-carton_587.html

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