Le bien-être, tout de même

Y a-t-il indécence à parler de bien-être dans le contexte actuel, entre guerre et pandémie, entre inégalités et incertitudes, entre crise socio-économique et risques écologiques?

C’est peut-être justement parce que le climat est anxiogène que le sujet s’impose également dans l’actualité et tout particulièrement dans celle de l’Éducation. Peut-être parce qu’il ne sert à rien d’ajouter de la souffrance à la souffrance et qu’au contraire, puisqu’apprendre peut permettre de construire des solutions positives pour demain, les apprentissages devraient être accompagnés de bien-être tant pour les apprenant.e.s que pour celles et ceux qui enseignent, forment, accompagnent.

Aux deux définitions traditionnelles présentes dans la littérature scientifique internationale : l’hédonique dans laquelle le bien-être, dit subjectif, est « associé à la satisfaction et au plaisir et est souvent utilisé comme moyen d’évaluer le bonheur déclaré par un individu » et l’eudémonique, avec un bien-être, dit psychologique, relevant d’« un processus d’accomplissement ou de réalisation de soi, c’est-à-dire de ses potentiels », Gaëlle Espinosa ajoute « une troisième perspective, dite mixte, [qui] vient compléter ce schéma dichotomique dans la façon de penser et d’appréhender le bien-être ». La chercheuse précise que depuis quelques années, « il existe en effet aujourd’hui de plus en plus de travaux scientifiques s’inscrivant dans une perspective mixte du bien-être, tentant de concilier les perspectives hédonique et eudémonique ».

Or l’École a une mission essentielle dans la construction du bien-être des enfants et des adolescent.es qu’elle reçoit comme élèves comme de celui de ses personnels. Comment alors travailler la question du bien-être dans l’Éducation ?

Une première approche consiste à permettre « à l’élève de mieux comprendre son affectivité et ses émotions (et celles d’autrui) et permettre à l’enseignant de mieux comprendre l’affectivité et les émotions de ses élèves (et les siennes) ». Il s’agit de développer une communication fluide, à double sens, qui afin de faciliter, « en situation d’apprentissage, l’adaptation à la tâche à effectuer et sa réalisation ainsi que le développement de relations sociales apaisées ». Cela permet de rendre l’élève plus disponible pour les apprentissages scolaires mais aussi de « trouver les moyens d’aider l’élève, à vivre mieux et à mieux réussir, dans son expérience d’apprentissage à l’école ».

Une seconde démarche s’attache « à travailler au quotidien à la qualité des relations enseignant-élève et entre élèves, afin notamment de développer des relations sociales positives à l’école, c’est-à-dire des relations chaleureuses et satisfaisantes, dans lesquelles on se soucie du bien-être de l’autre, on est capable d’empathie, d’affection et d’intimité, de prendre et de donner ». Il s’agit de valoriser le développement des aptitudes sociales de l’élève articulées à ses aptitudes intellectuelles, « les unes nourrissant et permettant les autres, et vice versa ». « L’instauration d’un climat scolaire bon ou serein [est] favorable aux apprentissages de l’élève comme à l’exercice du métier de l’enseignant » rappelle Gaëlle Espinosa.

La question de l’influence du bien-être des élèves comme des personnels d’Éducation sur la réussite éducative ne se pose plus. Les recherches internationales (dont les focus PISA) ont mis en évidence cette relation. La question est donc à présent de permettre le développement du bien-être tant par l’amélioration du climat scolaire que par la prise en compte de l’affectivité et des émotions de chacun.e. Un apprentissage qui devrait être présent dans la formation initiale et continue des personnels éducatifs afin de les « outiller à l’instauration du bien-être à l’école pour l’ensemble des acteurs de l’institution scolaire ».

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L’article « Miser sur le bien-être : un pari gagnant » de Gaëlle Espinosa a été publié le 18 février 2022 sur le site des Cahiers pédagogiques : https://www.cahiers-pedagogiques.com/miser-sur-le-bienetre-un-pari-gagnant/

Il accompagne la sortie du numéro 575 de février 2022 des Cahiers pédagogiques consacré au « bien-être à l’école » : https://www.cahiers-pedagogiques.com/n-575-le-bienetre-a-lecole/

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