Repenser la place et la fonction du politique en éducation formelle et non-formelle

Il est encore trop tôt pour pouvoir analyser les premiers résultats de l’élection présidentielle. L’analyse sera à mener en profondeur après le deuxième tour et certainement avec l’éclairage des élections législatives qui suivront. Pour autant, la campagne a montré et continue à mettre en évidence que certains sujets de société et d’importance auront largement été absents d’une partie des programmes mais surtout d’une majorité des discussions et des débats. Ainsi, et malgré le contexte, la santé, l’éducation, la culture et l’écologie auront été des parents pauvres de la campagne du premier tour. Ces sujets sont pourtant essentiels. S’ils sont peu traités politiquement (alors qu’ils sont extrêmement politiques), il est également intéressant de s’interroger sur la place de ses sujets dans les programmes scolaires et la manière dont ils sont abordés.

Au travers du sujet de l’écologie et du développement durable, le numéro 63 de la revue « Éducation et socialisation » questionne les « perspectives épistémologiques, socio-historiques et curriculaires » de l’éducation au politique. Dans l’article introductif de ce dossier  « Quelle éducation au politique pour les questions environnementales et de développement ? » Angela Barthes, Lucie Sauvé et Frédéric Torterat, écrivent :

« En somme, comment repenser le politique en éducation ? Dans quelle mesure est-il opportun de repolitiser l’éducation face aux grands enjeux actuels de sociétés ? Il importe en effet de repenser plus globalement la place et la fonction du politique en éducation formelle et non-formelle, principalement face à la nécessaire prise en charge par l’éducation des grands enjeux actuels de la société. Ces questions, souvent posées dans le cadre des « éducations à » (au développement durable, à la santé, à la biodiversité, à la citoyenneté…), traversent également des courants tels que l’enseignement des questions socialement vives ou les « controversial issues » (Levinson, 2017). Ces courants rejoignent par ailleurs l’éducation au temps de l’Anthropocène (Wallendhorst et Pierron, 2019, Lange et Kebaili, 2019) et au temps des transitions et urgences climatiques (Gibert, 2020), qui impliquent la prise en compte des enjeux globaux de société dans les enseignements transversaux de toutes sortes. De telles préoccupations rejoignent aussi des axes de réflexion exprimés dans certaines didactiques comme celles de l’histoire, de la géographie ou des sciences de la vie et de la terre, mais également dans les enseignements agricoles ou certaines filières des cycles supérieurs. Parallèlement, elles constituent autant d’incitations à réinterroger, dans une dimension plus ontologique, l’impolitisme (Rosanvallon, 2006), la prospective (Barthes, Blanc-Maximin, Dorier, 2019) et la repolarisation des situations éducatives.

Plus concrètement encore, il convient aujourd’hui de revenir sur les curriculums formels et non formels susceptibles de structurer non pas une, mais des éducations au politique dans différents pays comme le montre ce dossier. Cela suppose l’examen des prescriptions, l’identification des apports d’une éducation au politique dans différents milieux d’enseignement-apprentissage et la mise au jour des vécus d’enseignants, de formateurs ou d’apprenants. Sont également concernées ici, les réflexions et les études pragmatiques portant sur les contre-modèles à une éducation au politique pour peu qu’ils soient pensés comme tels. Mentionnons par exemple, les dispositifs qui favorisent la technicisation des questions politiques plutôt que leur examen complexe ou les cours de morale culpabilisantes privilégiant les bonnes pratiques environnementales ».

La formation des citoyens n’est certes pas le seul levier qui conditionne les débats électoraux et les propositions dans les programmes des candidat.e.s. Pour autant, l’École comme l’éducation non-formelle, et tout particulièrement l’éducation populaire, ont vocation à fournir aux citoyen.ne.s les connaissances et les éléments de compréhension qui leur permettent de faire des choix de société et d’avenir. La manière dont les sujets sociétaux sont abordés, la place qui leur sont donnée, les analyses critiques qui en sont proposées dans les lieux d’Éducation ont un rôle essentiel dans la construction de la citoyenneté. La participation électorale des jeunes et au-delà leur difficulté de se situer dans l’univers politique, d’y trouver leur place, de s’y engager mettent en évidence que la place et la fonction du politique en éducation formelle et non-formelle est à renforcer, ce qui pourrait constituer une nouvelle base de travail dans la construction des programmes scolaires à venir.

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