De fausses bonnes idées qui relancent les débats sur l’École

« On a vraiment besoin d’une confrontation d’idées. Et clairement, je serais en confrontation d’idées. En plus, mes idées ne sont pas basées juste sur des lectures, mais sur des décennies à enseigner. Est-ce que je dirais non [à la politique] par principe ? Non. Je dirais oui, par principe. Le seul dossier qui m’intéresse, c’est celui-là. Pas que je n’ai pas d’autres idées pour d’autres portefeuilles. J’en ai. Mais qu’est-ce qui nous éduque sur l’environnement, si ce n’est pas l’éducation ? Qu’est-ce qui nous mène à des décisions plus sages en économie, si ce n’est pas l’éducation ? »

Cette déclaration n’est pas celle de Jean-Michel Blanquer candidat à sa propre succession rue de Grenelle ou à quelque personnalité française en quête d’un portefeuille ministériel.

Ce sont les propos d’un artiste bien connu des Québecois.e.s, Grégory Charles, animateur, musicien, chanteur, accompagnateur de la tournée mondiale de Céline Dion. Mais aussi ancien moniteur dans des camps scientifiques, vulgarisateur aux Débrouillards, enseignant auprès de raccrocheurs, professeur à Virtuose, à Mélomaniaques et à Star Académie, fondateur de l’Académie Gregory, où il forme des centaines de pianistes. Cet homme-orchestre, passionné par l’éducation, vient de lancer un pavé dans la marre scolaire en critiquant le système éducatif du Québec et en proposant une série de « solutions » à contre-courant qui font débat.

Ainsi l’artiste préconise la séparation des filles et des garçons au lycée, une reprise des cours en août mais un mois de janvier sans école, l’intégration des colonies de vacances (camp d’été au Québec) dans le système scolaire, une sur-notation pour les bons élèves, la fin de la gratuité scolaire…

Les réponses des spécialistes ne se sont pas faites attendre. Si chacun peut reconnaître un décrochage scolaire plus important chez les garçons que chez les filles, rien ne démontre que la fin de la mixité apporte une réponse adaptée. Bien au contraire, car en fait, « les recherches montrent qu’il y a plus de différences au sein d’un genre qu’il y en a entre les genres », explique Isabelle Plante, professeure à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les différences de genre à l’école. Aussi, séparer en fonction du genre, revient à priver « certains élèves de ce dont ils ont réellement besoin »,

De même, fermer les écoles durant tout le mois de janvier pour lutter contre la fatigue des élèves ne reviendrait-il pas à ce que, « faute de cours, les jeunes se retrouvent au service de garde pendant un mois ? » interroge Sylvain Martel du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, alors même que «M. Charles dit que les écoles ne doivent pas être vues comme des garderies ».

Quant à la gratuité de l’École publique, parce que l’éducation comme un spectacle, perd de son attrait « s’il est vendu à un prix dérisoire », il s’agit d’une valeur essentielle au Québec et rien ne vient alimenter la justification que c’est le fait de payer une école privé qui améliore les résultats des élèves.

Bien d’autres sujets soulevés par Grégory Charles suscitent des réactions. Or, au-delà de leur contenu même, cela présente plusieurs intérêts :

– celui tout d’abord de relancer le débat indispensable sur un système éducatif à la peine sur certains points. « On a vraiment besoin d’une confrontation d’idées », lance l’artiste qui contribue ainsi à sa mise en œuvre ;

– ensuite, son message s’adresse également à la classe dirigeante. Il ne blâme aucun parti politique en particulier, mais « reproche toutefois aux élus, collectivement, de sous-investir en éducation » alors que « ça devrait être notre priorité aaaaaabsolue » répète-t-il ;

– enfin son appel à agir soulève aussi la question de la participation des enseignant.e.s et de l’ensemble des personnels d’Éducation à être impliqué.e.s dans l’évolution du système scolaire. «Il y a au-dessus de 150 000 enseignants au Québec. Ils doivent bien avoir quelque chose à dire là-dessus», réagit Josée Scalabrini, de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Au sortir d’une campagne électorale qui a largement négligé l’essentiel des questions éducatives, ces trois dimensions ne peuvent que résonner en France où un débat de fond impliquant l’ensemble des professionnels de l’Éducation serait plus qu’indispensable.

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Pour en savoir davantage :

https://www.lapresse.ca/contexte/2022-04-24/education/le-cri-du-coeur-de-gregory-charles.php

https://www.journaldemontreal.com/2022/04/26/education-les-idees-de-gregory-charles-vont-a-contre-courant

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