Pap Ndiaye sera-t-il un ministre « médiatique, pacificateur », en dehors « du sérail des conservateurs » ?

La présidente du conseil d’administration du Palais de la Porte-Dorée et cofondatrice de l’agence de communication BETC, Mercedes Erra expliquait au monde.fr, lors de la nomination de Pap Ndiaye pour diriger le Musée de l’histoire de l’immigration, qu’« un an avant la présidentielle, le président a voulu un changement symbolique au musée. Un directeur médiatique, pacificateur, qui sortirait du sérail des conservateurs. » Est-ce la même démarche qui a conduit Emmanuel Macron et Élisabeth Borne à choisir l’historien comme ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse ? Dans ce cas, la démarche ne serait pas sans rappeler celle qui a conduit en 2000 Lionel Jospin à faire succéder Jack Lang au très controversé Claude Allègre, pourfendeur et potentiel « dégraisseur » du « mammouth ». A l’époque bien des choses séparaient les deux socialistes et face aux critiques de son prédécesseur Jack Lang avait finir par sortir de sa réserve pour rappeler  que « notre école sort à peine d’une crise qui l’a secouée, parfois meurtrie et blessée. Ces derniers temps, elle a encore été injustement décriée parfois par ceux qui prétendent la réformer »* et qu’il convenait donc de traiter la communauté éducative avec « respect et considération ». Dans la même veine Jean-Luc Mélenchon – qui voit aujourd’hui « une audace, [dans] la nomination d’un grand intellectuel, Monsieur Pap Ndiaye »- à l’époque (encore) socialiste et ministre délégué à l’Enseignement professionnel avait ajouté que « le moment n’est peut-être pas le mieux venu de dire aux professeurs qu’ils ne sont bons à rien ». Il faut dire que deux ans plus tard le monde.fr titrait encore « Éducation : après la tornade Allègre, Jack Lang a tenté de pacifier le monde enseignant »**. La crise entre le monde éducatif et le ministre de l’Éducation nationale avait effectivement été sévère.

Comparaison n’est certes pas raison, mais si elle est différente la crise de confiance actuelle n’en est pas moins aussi forte. Les résultats de la 10e édition du baromètre UNSA des métiers de l’Éducation*** sont là pour le rappeler. S’agit-il donc avec Pap Ndiaye de pacifier ce que Jean-Michel Blanquer a (pour le moins) crisper ? Le nouveau ministre veut-il comme Jack Lang mener des « transformations avec les professeurs et non pas contre eux » et se donnera-t-il pour le faire le droit de mener une « poursuite ajustée ou infléchie » des réformes engagées par son prédécesseur ?

De son programme pour l’École et plus globalement pour l’Éducation rien n’est encore connu, si ce ne sont les quelques généralités évoquées par le nouveau ministre lors de sa prise de fonction. On sait par contre les travaux et les prises de position de l’historien et universitaire spécialiste d’histoire sociale des États-Unis et des minorités et auteur, entre autre, pour la France de La Condition noire : essai sur une minorité française (Paris, Gallimard, 2009). Sur ces sujets la différence est évidente avec un Jean-Michel Blanquer « connu pour sa rigidité, notamment sur la laïcité, [alors que Pap Ndiaye] l’est pour son caractère consensuel et diplomate. L’un lutte avec ferveur contre le « wokisme », l’autre considère qu’il s’agit d’un « épouvantail plus qu’une réalité » » comme le précise Juliette Geay pour France Inter.

Dans une récente tribune dans « Jeune Afrique »****, Pap Ndiaye concluait son analyse des liens entre l’Afrique et les États-Unis en s’interrogeant ainsi : « du côté américain, quelle pourrait être la stratégie de mise en valeur des liens renouvelés et croissants entre les Africains-Américains et l’Afrique ? Bien entendu, cette question se pose également aux pays européens concernés. Je n’ai pas de réponse à ces questions, mais ce dont je suis certain, c’est qu’elles sont cruciales pour la diaspora elle-même : car de la situation de l’Afrique en général dépend en partie le sort des populations noires du monde ». Un message qui certes concerne la géo-politique et la diplomatie, mais qui passe aussi par les approches éducatives et culturelles – prenant en compte la réalité des minorités et les diversités – que le nouveau ministre pourrait participer à développer et qui rompraient avec les injonctions de son prédécesseur… une manière d’être « pacificateur » et hors « du sérail des conservateurs« .

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* https://www.lesechos.fr/2000/09/rentree-scolaire-jack-lang-replique-a-claude-allegre-et-defend-sa-methode-750890

** https://www.lemonde.fr/archives/article/2002/05/08/education-apres-la-tornade-allegre-jack-lang-a-tente-de-pacifier-le-monde-enseignant_4236019_1819218.html

*** https://www.unsa-education.com/article-/vous-aimez-les-chiffres-accedez-a-lensemble-des-resultats-du-barometre-unsa-par-metier-age-et-territoire/

**** https://www.jeuneafrique.com/mag/1094273/politique/tribune-apres-trump-les-africains-americains-resserreront-ils-leurs-liens-avec-lafrique/

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