Le « bâti scolaire« , un enjeu éducatif et sociétal

Un support numérique ministériel

Le 31 mai, le ministère de l’Éducation nationale a ouvert un site dédié au « bâti scolaire » Bâtir l’école ensemble | Bâti Scolaire (education.gouv.fr) avec comme ambition, « pour mieux apprendre, dessinons une École plus sûre, plus verte, plus ouverte, favorisant l’inclusion et le bien-être de tous ». S’appuyant sur les travaux menés depuis trois ans par la « cellule bâti scolaire » au sein du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et considérant que les espaces scolaires accompagnent les mutations et les nouveaux enjeux de l’École (« nouvelles pratiques pédagogiques, transition écologique, préoccupations de santé, d’hygiène, de sécurité, volonté d’inclusion… »), ce support numérique « a pour objectif de proposer une banque de ressources partagées et de valoriser les projets répondant à ces enjeux. Les espaces scolaires y sont principalement visités sous l’angle des usages. »

Des enjeux identifiés

Une brochure permet de présenter ces enjeux, regroupés en 5 chapitres :

  • Des espaces pour apprendre et enseigner
    • Il s’agit de prendre en considération les différents temps d’apprentissage de l’élève qu’ils soient individuels, collectifs ou collaboratifs
  • Des écoles favorisant le bien-être de tous
    • Il s’agit de prendre en compte la corrélation entre le bien-être à l’école, l’épanouissement personnel et la réussite scolaire
  • Des espaces scolaires sains et sûrs
    • Il s’agit de se soucier de l’état des bâtiments et des équipements, des conditions de sécurité, d’hygiène et de mise en sûreté en cas de risque majeur
  • Des écoles et établissements écologiques
    • Il s’agit de faire des écoles et établissements des lieux exemplaires dans la lutte contre le changement climatique et en faveur de la biodiversité.
  • Un ancrage et une ouverture sur le territoire
    • Il s’agit inscrire les écoles et les établissements scolaires dans leurs territoires

Ces objectifs louables, pour l’essentiel mis en évidence depuis déjà longtemps par des travaux de recherche, les demandes des personnels éducatifs, des familles et des élèves eux-mêmes, restent à concrétiser au-delà des exemples mis en avant – et qui ont le mérite de montrer que cela est possible.

Pour aller (encore) plus loin

Deux illustrations disent l’ampleur de ce qu’il est indispensable d’entreprendre.

Des situations toujours critiques, en particulier en Outre-mer

La rapport du CNESCO sur la qualité de vie à l’école (2017) pointait « que 92 % des établissements sont interpellés sur des problèmes liés à la température des salles, 75 % sur la luminosité et 55 % sur l’insonorisation ». C’est en outre-mer que la situation est la plus critique. Les établissements ne sont pas conçus pour permettre de travailler par trop grande chaleur, les nouvelles construction à Mayotte ou en Guyane ne suffisent pas accueillir le flux des élèves en collège par exemple, sans parler des normes anti-sismiques qui ne sont pas respectées par de nombreux établissements de la Réunion ou des Antilles. Si un catalogue des « bonnes pratiques » peut être utile, il ne peut être satisfaisant s’il n’est pas accompagner d’une véritable mise en œuvre d’un plan de réhabilitation et de construction adaptées, surtout là où les moyens des collectivités territoriales ne permettent pas d’agir assez vite et assez fortement.

L’égalité fille – garçon

Dans la brochure ont peut lire : « Les espaces, notamment lorsqu’ils sont destinés à la récréation, sont conçus de manière à intégrer les enjeux de l’égalité filles-garçons et des relations entre « petits » et « grands ». Ils favorisent la mixité et une occupation partagée et équilibrée des espaces ». Cette approche est très limitative.Si de nombreux travaux ont mis en évidence comment la cours de récréation ou les toilettes pouvaient être des lieux de difficulté voire de souffrance pour les filles, il est indispensable d’étendre cette analyse aux autres espaces des établissements scolaires. Un travail commandité par le Centre Henri Aigueperse (et financé par l’IRES) conduit par l’agence Phare et le Centre Hubertine Auclert montre clairement la dimension genrée des espaces scolaires, à commencer par les salles de classes elles-mêmes, particulièrement dans les établissements du second degré. Le rapport établit deux résultats majeurs permettant d’interroger le lien entre le genre et l’espace scolaire au collège et au lycée.

« D’abord, l’espace préexiste aux interactions sociales et la manière dont sont agencés les espaces est un opérateur de ces interactions. Dans cette perspective, l’espace est défini comme un « dispositif spatial », le bâti (et les règles d’usages explicites et implicites qui lui sont associées) n’étant pas envisagé comme un environnement neutre mais plutôt comme un agencement spatial normatif, qui répond aux objectifs de l’institution scolaire. Autrement dit, les élèves « font avec l’espace », envisagé à la fois comme une contrainte et comme une ressource. Ce prisme invite à analyser comment s’imbriquent et se (co)produisent les normes sociales (par exemple les normes de socialisation entre pairs) et les normes spatiales exprimées dans l’espace scolaire.

Ensuite,l’espace scolaire ne doit pas être pensé comme un tout homogène, mais comme l’articulation de différents types d’espaces. Muriel Monnard envisage ainsi l’espace scolaire comme un « archipel de micro-lieux » qu’elle propose de distinguer selon deux axes, correspondant à des normes contradictoires qui coexistent au sein de l’institution scolaire. Certains lieux, comme la bibliothèque et la salle de classe, s’inscrivent dans les normes de la culture scolaire, marquée par des valeurs d’élitisme (mérite, travail) et d’obéissance ; dans d’autres espaces, comme la cour, la cantine, ou de manière encore plus exacerbée, les escaliers et couloirs, c’est la culture « jeune dominante » qui prévaut, marquée par les codes de la virilité et de la désobéissance ».

Des éléments qui seraient largement indispensables d’inclure dans les réflexions menées et diffusées par le Ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse pour faire des écoles et des établissements scolaires des constructions capables de porter à la fois des objectifs éducatifs et des enjeux de société.

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Le rapport commandité par le Centre Henri Aigueperse est disponible ici :

Il a vocation à devenir un guide pour les professionnels et les élus et sera proposé à la prochaine rentrée par le Centre Hubertine Auclert.

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