Quand les sciences éclairent les dynamiques d’apprentissage

En conclusion d’un article dense et érudit intitulé « Apprentissage et intelligences du vivant », publié dans la revue Éducation et sociétés (vol. 48, no. 2, 2022, pp. 115-147), André Petitat écrit :

 « Une nouvelle dynamique globale d’apprentissage se présente, qui est probablement grosse d’une nouvelle rupture dans l’évolution de l’espèce humaine et de ses rapports au vivant et au non-vivant ».

La démonstration du chercheur suisse qui le conduit à conclure ainsi par l’hypothèse d’une nouvelle relation des humains au vivant et au non-vivant vecteur d’une évolution des démarches d’apprentissage, s’appuie sur une double lecture scientifique : à la fois celle des évolutions historiques des apports des sciences aux apprentissages et celle de l’éclairage des similitudes et des différences entre les êtres vivants d’une part et le non-vivant d’autre part.

A cette évocation, les transformations dues aux évolutions numériques s’imposent. Elles sont certes très importantes, mais l’article montre qu’elles s’inscrivent dans une bien plus longue histoire de bouleversements et que s’il y a « du nouveau du côté de l’apprentissage », de nombreuses sciences nécessitent d’être mobilisées afin d’éclairer les actuelles connaissances, sans cesse évolutives, des mécanismes d’apprentissage.  Ainsi, l’auteur précise que « l’épigénétique a bousculé les représentations de l’inné et de l’acquis ; les neurosciences cognitives ont mis sur la touche le comportementalisme classique ; l’éthologie a révélé l’existence chez les animaux d’apprentissages sociaux et de cultures ; la psychologie de l’enfant est parvenue à mieux cerner la précocité de certains apprentissages et l’articulation du sensorimoteur et du symbolique ; enfin, les humains viennent de se doter de machines numériques capables de nouvelles formes d’apprentissage, ce qui a pour effet de changer leurs rapports au monde. Voilà qui interroge nos représentations habituelles ».

André Petitat n’hésite pas à faire référence aux « capacités d’apprentissage de certains unicellulaires [qui] intriguent les chercheurs », à citer les résultats des recherches en éthologie, à évoquer la « plasticité phénotypique », comme l’ « existence de transferts inter-espèces de savoir-faire génétiques », évitant à chaque lignée de vie la contrainte « de tout inventer ou réinventer par elle-même par le biais de hasards mutationnels ».

Au travers de « la catégorie d’artéfact qui englobe toutes les créations des êtres vivants, matérielles, immatérielles ou comportementales, internes ou externes, depuis les prouesses protéiniques des bactéries jusqu’aux exploits digitaux de l’espèce humaine d’aujourd’hui », l’auteur propose « une extension, de même généralité que celle du vivant dans son ensemble » qui peut apparaître sans doute exagérée, mais qu’il évoque « ici dans un but critique : aider à dépasser la vision anthropocentrique erronée faisant des humains les porteurs quasi-exclusifs de capacité et d’inventivité techniques », de même que d’apprentissage social.

L’article ouvre ainsi à une réflexion plus large, qui interroge les traditionnels clivages entre acquis et inné, entre le vivant et la technique et demande à redéfinir « les notions d’artéfact, d’outil, d’information et d’algorithme », dans une approche interdisciplinaire Pour l’auteur, il s’agit ainsi de participer à l’élaboration d’« une interprétation des rapports entre révolution numérique et apprentissage, à l’échelle de l’évolution ».

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